
Dans Cette génération ne passera point, nous avons vu que Jésus fixe un délai à l’accomplissement de ses paroles : la génération de ceux qui l’écoutent. Ce n’est pas une phrase isolée. Bien avant le discours du mont des Oliviers, il l’avait déjà dit, d’une manière encore plus personnelle.
Les citations bibliques sont celles de la Bible Louis Segond (1910).
La promesse
Car le Fils de l’homme doit venir dans la gloire de son Père, avec ses anges ; et alors il rendra à chacun selon ses œuvres. Je vous le dis en vérité, quelques-uns de ceux qui sont ici ne mourront point, qu’ils n’aient vu le Fils de l’homme venir dans son règne.
— Matthieu 16:27-28
Marc (9:1) et Luc (9:27) rapportent la même parole. Trois évangiles, la même promesse.
Lisons-la lentement :
- « ceux qui sont ici » : les personnes debout devant Jésus, ce jour-là. Le grec dit littéralement « quelques-uns de ceux qui se tiennent ici ».
- « quelques-uns » : pas tous. Jésus laisse entendre que la plupart seront morts, mais que certains vivront encore.
- « qu’ils n’aient vu le Fils de l’homme venir » : ce qu’ils verront, c’est sa venue, celle du verset précédent, avec ses anges, pour rendre à chacun selon ses œuvres.
Le verset 27 n’est pas un détail. « Rendre à chacun selon ses œuvres », c’est exactement ce que Jésus annonce à la fin de l’Apocalypse : « Voici, je viens bientôt, et mon salaire est avec moi, pour rendre à chacun selon ce qu’est son œuvre » (Apocalypse 22:12). Il s’agit de la même venue.
« Mais c’était la Transfiguration ! »
L’explication la plus courante est que la promesse se serait accomplie six jours plus tard, quand Pierre, Jacques et Jean voient Jésus transfiguré sur la montagne (Matthieu 17:1-8).
Le passage est magnifique, mais il ne répond pas à la promesse :
- On ne promet pas à quelqu’un qu’il « ne mourra point » avant un événement prévu dans six jours. La formule n’a de sens que pour un délai long, où la plupart des auditeurs mourront et quelques-uns survivront.
- À la Transfiguration, Jésus ne vient pas « avec ses anges » et ne « rend à chacun selon ses œuvres ». Les deux versets forment un tout.
- Jésus lui-même, en descendant de la montagne, demande aux trois disciples de ne parler de cette vision à personne « jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit ressuscité » (Matthieu 17:9). Il ne la présente pas comme l’accomplissement de sa venue.
« Vous n’aurez pas achevé… »
Une autre parole va dans le même sens. En envoyant ses douze disciples prêcher, Jésus leur dit :
Je vous le dis en vérité, vous n’aurez pas achevé de parcourir les villes d’Israël que le Fils de l’homme sera venu.
— Matthieu 10:23
Le cadre est Israël, et la mission est celle des disciples eux-mêmes. La venue du Fils de l’homme est annoncée avant qu’ils aient fini.
Le disciple qui devait « demeurer »
À la toute fin de l’évangile de Jean, Pierre demande à Jésus ce qu’il adviendra du disciple bien-aimé. Jésus répond :
Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi.
— Jean 21:22
L’évangéliste précise aussitôt que le bruit courut que ce disciple ne mourrait pas, et corrige : Jésus n’a pas dit qu’il ne mourrait pas, mais « si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne » (21:23). Autrement dit, les premiers chrétiens jugeaient parfaitement plausible que la venue de Jésus ait lieu du vivant d’un apôtre. La tradition rapporte d’ailleurs que Jean, le dernier survivant des Douze, vécut jusqu’à un âge avancé.
Des apôtres qui attendent pour bientôt
Si l’on referme les évangiles pour ouvrir les lettres des apôtres, le ton ne change pas. Il s’intensifie.
| Auteur | Ce qu’il écrit |
|---|---|
| Paul | « nous les vivants, restés pour l’avènement du Seigneur » (1 Thessaloniciens 4:15) |
| Paul | « le temps est court […] car la figure de ce monde passe » (1 Corinthiens 7:29-31) |
| Paul | « le Seigneur est proche » (Philippiens 4:5) |
| Paul | « la nuit est avancée, le jour approche » (Romains 13:12) |
| Hébreux | « encore un peu, un peu de temps : celui qui doit venir viendra, et il ne tardera pas » (Hébreux 10:37) |
| Jacques | « l’avènement du Seigneur est proche […] voici, le juge est à la porte » (Jacques 5:8-9) |
| Pierre | « la fin de toutes choses est proche » (1 Pierre 4:7) |
| Jean | « petits enfants, c’est la dernière heure » (1 Jean 2:18) |
Paul s’inclut lui-même parmi ceux qui seront encore vivants : « nous les vivants ». Jacques dit que le juge est déjà « à la porte ». Jean ne dit pas « la dernière heure approche » : il dit « c’est la dernière heure ».
Ces hommes avaient entendu Jésus, ou ceux qui l’avaient entendu. Ils ne parlaient pas d’un avenir lointain. Ils écrivaient à des communautés précises pour leur dire de tenir bon, parce que la fin d’un âge était à leur porte.
Trois lectures possibles, encore
On revient toujours au même carrefour :
- Jésus et les apôtres se sont trompés. C’est la conclusion de nombreux historiens sceptiques : l’Église primitive attendait une fin du monde qui n’est jamais venue.
- Les mots ne veulent pas dire ce qu’ils disent. « Ici », « bientôt », « proche », « la dernière heure » seraient à comprendre à l’échelle de Dieu, pour qui mille ans sont comme un jour.
- Ils avaient raison, et ce qu’ils attendaient est arrivé dans leur génération.
La troisième lecture est la seule qui prenne à la fois les mots au sérieux et Jésus au sérieux. Elle oblige à regarder de près l’événement qui a mis fin, sous les yeux de cette génération, au monde du Temple : 70 apr. J.-C. : le jour où tout a changé.
Pour aller plus loin :
- Bientôt : la même urgence au début et à la fin de l’Apocalypse
- Cette génération ne passera point
- 70 apr. J.-C. : le jour où tout a changé


