Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.
En bref
André Chouraqui, juif né en Algérie, avocat, écrivain et adjoint au maire de Jérusalem, a traduit seul toute la Bible hébraïque, le Nouveau Testament et le Coran en français. Sa Bible Chouraqui (1974-1977) est la plus étrange et l’une des plus littérales du français : elle cherche à faire entendre l’hébreu sous chaque mot, quitte à forger des mots nouveaux. Elle a ouvert à beaucoup de lecteurs francophones l’arrière-plan hébraïque des Écritures, y compris du Nouveau Testament.
Provenance et confession
André Chouraqui naît le 11 août 1917 à Aïn Témouchent, en Algérie alors française, fils d’Isaac Chouraqui et de Meleha Meyer, tous deux issus de familles juives d’origine espagnole installées en Afrique du Nord depuis plusieurs siècles. Il grandit entre le français, langue de l’école, et une tradition juive séfarade. De 1934 à 1939, il étudie le droit à Paris et suit, de 1937 à 1939, des cours d’hébreu et d’araméen au Séminaire israélite de France (les dates varient selon les sources) ; il obtient un doctorat en droit (droit international public, Université de Paris) en 1948. Il reste juif toute sa vie, sans conversion ; son engagement est celui du dialogue entre les trois religions abrahamiques. Ses appartenances documentées sont publiques : l’Alliance israélite universelle, dont il est secrétaire général adjoint (1947-1953) puis délégué permanent (1953-1982) sous la présidence de René Cassin, et la Fraternité d’Abraham, qu’il cofonde en 1967. Il est aussi un homme politique israélien (conseiller de Ben Gourion, adjoint au maire de Jérusalem). Aucune appartenance à une loge n’est documentée.
Vie
Né en 1917 à Aïn Témouchent (Algérie), dans une famille juive d’origine espagnole, Chouraqui étudie le droit à Paris et l’hébreu. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il participe à la Résistance en France (zone sud, réseau Garel, 1942-1944). Après la guerre, il est juge dans le ressort de la cour d’appel d’Alger (1945-1947), puis secrétaire général adjoint de l’Alliance israélite universelle (1947-1953). Il s’installe en Israël en 1958, devient conseiller de David Ben Gourion, puis adjoint au maire de Jérusalem sous Teddy Kollek (1965-1969). Il s’engage dans le dialogue entre juifs, chrétiens et musulmans. Il meurt à Jérusalem le 9 juillet 2007.
Influence sur la Bible et la doctrine
Les faits.
- Sa Bible paraît chez Desclée de Brouwer en 26 volumes (1974-1977), puis en un volume (1985). Il traduit ensuite le Coran (1990).
- La méthode cherche la racine hébraïque de chaque mot : la Genèse s’appelle « Entête », le Lévitique « Il crie », les Nombres « Au désert », le Deutéronome « Paroles », Dieu « Elohîms » ; les phrases suivent l’ordre et le rythme hébreux.
- Pour le Nouveau Testament, il suppose un fond hébreu ou araméen sous le grec et le rend avec le vocabulaire de l’Ancien Testament : Jésus s’appelle « Iéshoua », le Christ « le messie », les apôtres « les envoyés ».
- Sa traduction de l’Ancien Testament se fonde sur le Texte massorétique ; pour le Nouveau, sur le texte grec critique (édition exacte à vérifier).
- Les passages témoins du Nouveau Testament n’ont pas encore été relevés pour cette fiche (à vérifier sur un exemplaire).
Interprétation. Le grand mérite de Chouraqui est de rappeler que la Bible, y compris l’Apocalypse et les discours de Jésus, est pensée en hébreu, et que les mots ont un poids que les traductions élégantes effacent. Pour un lecteur qui veut sentir le texte, c’est un instrument précieux. Ses limites sont réelles : un seul homme, des néologismes difficiles, et une hypothèse sémitique sous le grec du Nouveau Testament qui n’est pas démontrée et qui risque de remplacer le texte grec réel par un texte supposé. Sa démarche est celle d’un juif engagé dans le rapprochement entre les trois religions, et il l’a toujours dite ouvertement : le lecteur sait d’où parle le traducteur.
Financement et réseaux
- Documenté : publication par Desclée de Brouwer, maison catholique ; aucune commandite d’Église.
- Allégué : aucune allégation connue au sujet de la traduction.
- Non démontré : rien n’indique un financement extérieur.
Signaux d’alerte
Aucun signal documenté. Le signal 7 a été examiné : Chouraqui a occupé des fonctions politiques en Israël, mais aucune source ne montre que sa traduction ait servi un État ou un mouvement politique, ni qu’elle ait été commandée ou financée par eux. Le signal 8 non plus : sa confession juive et son engagement interreligieux sont publics, non cachés. Conclusion : rien de suspect ; les réserves sur sa Bible relèvent de la méthode (hébreu supposé sous le grec, néologismes), non de l’homme.
Pourquoi cette note
Trois étoiles : un travail d’une grande fidélité à la forme hébraïque, original et indépendant, qui sert la compréhension du texte. Mais sa lecture du Nouveau Testament à travers un hébreu reconstruit et ses néologismes en font un outil d’étude plus qu’une Bible sûre pour l’Église.
Voir aussi
- Bible Chouraqui · Texte massorétique · Septante · Bible de Jérusalem · Bible Osty
- Émile Osty · Roland de Vaux · Manuscrits de la mer Morte
Sources
- André Chouraqui, La Bible, Paris, Desclée de Brouwer, 1974-1977 ; édition en un volume, 1985.
- André Chouraqui, L’amour fort comme la mort : une autobiographie, Paris, Robert Laffont, 1990.
- Notices nécrologiques, Le Monde, juillet 2007.
- Article « Chouraqui André (1917-2007) », Encyclopædia Universalis ; notice de l’Organisation sioniste mondiale (Alliance israélite universelle, études).