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Marc 16:9-20 : la finale de Marc

Les douze derniers versets de Marc : finale longue, finale courte, ou arrêt en 16:8.

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

Le texte

L’Évangile de Marc se présente dans les manuscrits sous quatre formes :

  1. Arrêt en 16:8 : les femmes s’enfuient du tombeau « et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur » (ephobounto gar).
  2. Finale longue (16:9-20) : apparitions à Marie de Magdala, aux deux disciples, aux Onze ; envoi en mission ; signes (chasser les démons, parler de nouvelles langues, saisir des serpents, boire un poison sans mal, imposer les mains aux malades) ; ascension.

Jésus, étant ressuscité le matin du premier jour de la semaine, apparut d’abord à Marie de Magdala, de laquelle il avait chassé sept démons. (Segond 1910, 16:9)

  1. Finale courte (quelques lignes) : les femmes rapportent brièvement à Pierre ce qu’on leur a dit ; puis Jésus envoie par les disciples « la proclamation sacrée et incorruptible du salut éternel ». Elle n’a pas de numéro de verset.
  2. Les deux finales, la courte puis la longue, dans quelques manuscrits.

Un manuscrit, le Codex Washingtonianus (W, IVe-Ve siècle), insère en plus après 16:14 un dialogue entre les disciples et le Christ ressuscité, appelé « logion de Freer » ; Jérôme de Stridon en connaissait une partie.

Les témoins

Arrêt en 16:8

  • Grecs : Codex Sinaiticus et Codex Vaticanus (IVe siècle), les deux plus anciens manuscrits complets de Marc. Dans Vaticanus, le copiste a laissé une colonne entière vide après 16:8, la seule de ce genre dans le Nouveau Testament du manuscrit ; on y voit soit la place réservée à une finale connue mais non copiée, soit une simple fin de livre. Dans Sinaiticus, la feuille qui contient la fin de Marc est une feuille refaite par un autre copiste (scribe D selon Milne et Skeat, 1938), ce qui a donné lieu à des débats sur ce que portait la feuille primitive. Le minuscule 304 (XIIe siècle) se termine aussi en 16:8, mais c’est un manuscrit à commentaire et son témoignage est discuté.
  • Versions : le palimpseste syriaque du Sinaï, découvert par Agnes Smith Lewis (fin du IVe ou début du Ve siècle) ; un manuscrit sahidique du Ve siècle conservé à Barcelone (P. Palau Rib. 182, édité par H. Quecke en 1972) ; une partie importante des plus anciens manuscrits arméniens (étude d’E. C. Colwell, 1937) ; les plus anciens manuscrits géorgiens (Adich, 897 ; Opiza, 913 ; Tbeth, 995).
  • Pères : Eusèbe de Césarée, Questions à Marinus (vers 320-330), répond que les copies « exactes » s’arrêtent en 16:8, tout en proposant une manière d’harmoniser 16:9 si on l’accepte ; Jérôme de Stridon, Lettre 120 à Hédibia (vers 406-407), reprend Eusèbe en disant que presque tous les manuscrits grecs n’ont pas cette finale, mais il l’inclut dans la Vulgate. Origène et Clément d’Alexandrie ne la citent pas (argument du silence).

Finale courte

  • Seule : le vieux-latin k (Bobbiensis, IVe-Ve siècle), témoin de la Vetus Latina africaine.
  • Avec la longue : L (VIIIe siècle), Ψ, 083, 099, 0112, 274 (en marge), 579 ; syriaque harkléenne (en marge) ; des manuscrits coptes sahidiques et bohaïriques ; la plupart des manuscrits éthiopiens.

Finale longue

  • Grecs : Codex Alexandrinus et Codex Ephraemi Rescriptus (Ve siècle), Codex Bezae (dont les v. 15-20, en grec, sont d’une main plus tardive), Codex Washingtonianus, Codex Koridethi, famille 13 et la quasi-totalité des manuscrits grecs qui contiennent la fin de Marc (on parle couramment de plus de 1 600 ; chiffre à vérifier). Certains minuscules (dont plusieurs de la famille 1) la font précéder d’une note ou d’astérisques signalant qu’elle manque dans des copies anciennes.
  • Versions : la plupart de la Vetus Latina, la Vulgate, l’Ancienne syriaque curetonienne (fragment de 16:17-20), la Peshitta, le Diatessaron de Tatien le Syrien (vers 170) d’après ses témoins, le bohaïrique, le gothique, la Bible éthiopienne (guèze).
  • Pères : Irénée de Lyon, Contre les hérésies III, 10, 5 (vers 180), cite 16:19 en disant : « à la fin de l’Évangile, Marc dit… » ; Justin Martyr (Première Apologie 45, vers 155) a une formule proche de 16:20, dont la dépendance est discutée ; Hippolyte, les Constitutions apostoliques, Augustin.

La version éthiopienne. On a longtemps écrit que plusieurs manuscrits éthiopiens s’arrêtent en 16:8. Bruce Metzger a examiné 65 manuscrits éthiopiens (« The Ending of the Gospel according to Mark in Ethiopic Manuscripts », 1972) : aucun ne s’arrête en 16:8 ; la plupart donnent la finale courte suivie immédiatement de la longue. (Rapporté d’après des résumés de l’article ; le détail des chiffres est à vérifier sur le texte.)

D’où vient la finale, ou pourquoi elle manque

Explications du texte critique.

  • Style et vocabulaire. Les v. 9-20 contiennent un nombre notable de mots et tournures absents du reste de Marc ; la transition entre 16:8 et 16:9 est abrupte (le sujet change, Marie de Magdala est présentée comme si elle n’avait pas été nommée trois versets plus haut).
  • Composition à partir des autres Évangiles. La finale résume des épisodes de Luc 24 (les disciples d’Emmaüs), de Jean 20 (Marie de Magdala) et de Matthieu 28 (l’envoi) ; James Kelhoffer (Miracle and Mission, 2000) date sa composition de la première moitié du IIe siècle.
  • Plusieurs finales concurrentes. L’existence de la finale courte, du logion de Freer et de manuscrits sans finale montre, pour ce camp, que des copistes ont cherché à compléter un texte qui s’arrêtait en 16:8.
  • Intention ou accident ? Parmi ceux qui rejettent 9-20, certains pensent que Marc a voulu finir en 16:8 (fin ouverte, effet littéraire : J. Lee Magness, Sense and Absence, 1986) ; d’autres, qu’une finale primitive s’est perdue (N. Clayton Croy, The Mutilation of Mark’s Gospel, 2003).

Explications du texte traditionnel.

  • Ancienneté. Irénée cite la finale vers 180, avant les plus anciens manuscrits qui ne l’ont pas ; Tatien l’intègre au Diatessaron ; elle est attestée en Gaule, à Rome, en Syrie et en Égypte.
  • Universalité. Elle est dans presque tous les manuscrits grecs, dans la plupart des versions et dans les lectionnaires de l’Église.
  • Explication de l’omission. Un exemplaire endommagé (dernier feuillet perdu) ou une coupure liturgique (lectures de Pâques s’arrêtant en 16:8) aurait produit une famille de copies courtes en Égypte ; Eusèbe et Jérôme auraient connu cette famille. La colonne vide de Vaticanus prouverait que le copiste connaissait une finale.
  • Le vocabulaire. Les mots rares s’expliqueraient par le sujet nouveau (résurrection, mission), comme dans d’autres passages de Marc.

Dans les traductions

TraductionTraitement
King James 1611dans le texte
Bible de Martindans le texte
Bible d’Ostervalddans le texte
Bible Segond 1910dans le texte
Bible Darbydans le texte (note à vérifier)
Bible de Jérusalemdans le texte, avec note sur son authenticité et sa canonicité (à vérifier pour la formulation)
Traduction œcuménique de la Bibledans le texte, avec note (à vérifier)
Segond 21dans le texte, entre crochets
Bible du Semeurdans le texte, entre crochets, avec note
Nouvelle Bible Segonddans le texte, entre crochets, séparé de 16:8
New International Versiondans le texte, précédé d’une mention : les plus anciens manuscrits ne l’ont pas
English Standard Versiondans le texte, entre doubles crochets, avec la même mention
Nestle-Aland (grec)entre doubles crochets ; finale courte donnée aussi
Bible éthiopienne (guèze)finale longue, le plus souvent précédée de la finale courte

Aucune grande traduction moderne ne supprime le passage : toutes l’impriment, en le signalant ou non.

Ce qu’en disent les deux camps

Défenseurs de l’authenticité. John William Burgon, The Last Twelve Verses of the Gospel According to S. Mark (1871), reste l’ouvrage de référence de ce camp : il discute un à un les témoins (Eusèbe, Jérôme, Vaticanus) et soutient que l’omission vient d’une coupure liturgique. Edward F. Hills (1956) le suit. Maurice Robinson (dans Perspectives on the Ending of Mark: 4 Views, 2008) défend la finale au nom de la transmission byzantine. Nicholas P. Lunn (The Original Ending of Mark, 2014) et James Snapp Jr. (Authentic: The Case for Mark 16:9-20, 2016) ont repris le dossier, notamment sur le vocabulaire et les citations patristiques du IIe siècle.

Partisans du texte critique. Bruce Metzger (Textual Commentary, 1994) juge que le témoignage de Sinaiticus, de Vaticanus, des versions anciennes et d’Eusèbe, ajouté aux arguments de style, prouve que les v. 9-20 ne sont pas de Marc, tout en reconnaissant leur ancienneté. Kurt Aland a consacré plusieurs études à la question (« Bemerkungen zum Schluss des Markusevangeliums », 1969 ; « Der wiedergefundene Markusschluss? », 1970). Daniel B. Wallace (dans le même volume de 2008) défend l’arrêt en 16:8. J. K. Elliott y soutient une finale perdue, Darrell Bock une position intermédiaire. Les éditions Nestle-Aland, Greek New Testament (UBS) et SBLGNT l’impriment entre doubles crochets.

Positions intermédiaires. Beaucoup de commentateurs, et plusieurs Églises, tiennent la finale pour canonique (reçue par l’Église comme Écriture depuis le IIe siècle) tout en la jugeant non marcienne. Le concile de Trente (4e session, 8 avril 1546) a reçu comme canoniques les livres « entiers avec toutes leurs parties », formule que l’Église catholique applique à cette finale ; le décret ne nomme pas le passage et ne tranche pas la question de l’auteur.

Enjeu

C’est le plus long passage disputé des Évangiles avec la femme adultère. Ce qui en dépend :

  • le récit des apparitions dans Marc (les autres Évangiles les racontent tous) ; la résurrection elle-même est annoncée en 16:6 dans tous les manuscrits ;
  • les signes de 16:17-18 (langues, serpents, poison), seul texte biblique qui en parle sous cette forme ; certains mouvements religieux s’y appuient ;
  • 16:16 (« celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé »), utilisé dans les débats sur le baptême ;
  • la manière dont l’Évangile se termine : sur la peur et le silence, ou sur la mission.

Voir aussi

Codex Sinaiticus · Codex Vaticanus · Codex Alexandrinus · Codex Washingtonianus · Agnes Smith Lewis · Eusèbe de Césarée · Jérôme de Stridon · Tatien le Syrien · Diatessaron · Bible éthiopienne (guèze) · Bible arménienne · John William Burgon · Bruce Metzger · Constantin von Tischendorf · Textus Receptus · Texte majoritaire · Jean 7-53 à 8-11 - la femme adultère · Versets disputés - vue d’ensemble

Sources

  • John William Burgon, The Last Twelve Verses of the Gospel According to S. Mark Vindicated Against Recent Critical Objectors and Established, Oxford et Londres, 1871.
  • Bruce M. Metzger, A Textual Commentary on the Greek New Testament, 2e éd., 1994, sur Mc 16:9-20 ; « The Ending of the Gospel according to Mark in Ethiopic Manuscripts », dans J. Reumann (éd.), Understanding the Sacred Text, Valley Forge, 1972.
  • David Alan Black (éd.), Perspectives on the Ending of Mark: 4 Views (D. B. Wallace, M. A. Robinson, J. K. Elliott, D. L. Bock), Nashville, 2008.
  • James A. Kelhoffer, Miracle and Mission: The Authentication of Missionaries and Their Message in the Longer Ending of Mark, Tübingen, 2000.
  • N. Clayton Croy, The Mutilation of Mark’s Gospel, Nashville, 2003 ; J. Lee Magness, Sense and Absence, Atlanta, 1986.
  • Nicholas P. Lunn, The Original Ending of Mark: A New Case for the Authenticity of Mark 16:9-20, Cambridge, James Clarke, 2014 ; James Snapp Jr., Authentic: The Case for Mark 16:9-20, 2016.
  • Kurt Aland, « Bemerkungen zum Schluss des Markusevangeliums », dans E. E. Ellis et M. Wilcox (éd.), Neotestamentica et Semitica, Édimbourg, 1969, p. 157-180 ; « Der wiedergefundene Markusschluss? », Zeitschrift für Theologie und Kirche 67, 1970, p. 3-13.
  • Hans Quecke, Das Markusevangelium saïdisch, Barcelone, 1972 (P. Palau Rib. 182).
  • H. J. M. Milne et T. C. Skeat, Scribes and Correctors of the Codex Sinaiticus, Londres, 1938.
  • E. C. Colwell, « Mark 16:9-20 in the Armenian Version », Journal of Biblical Literature 56, 1937.
  • Eusèbe, Questions à Marinus ; Jérôme, Lettre 120 ; Irénée, Contre les hérésies III, 10, 5.
  • Nestle-Aland 28 et UBS5, apparats ; textes comparés : Segond 1910, Martin, Darby, King James, Ostervald, Segond 21, Semeur, NBS, ESV, consultés en 2026.
  • Discussion sur les manuscrits éthiopiens : lists.ibiblio.org (liste GMark, 2001), résumé de Metzger 1972.