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Eugene Nida

Eugene Nida est l'inventeur de l'« équivalence dynamique », la méthode qui traduit le sens supposé d'une phrase plutôt que ses mots.

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

Eugene Nida est l’inventeur de l’« équivalence dynamique », la méthode qui traduit le sens supposé d’une phrase plutôt que ses mots. Pendant plus de quarante ans responsable des traductions à l’American Bible Society et figure centrale des Sociétés bibliques unies, il a formé des milliers de traducteurs dans le monde. Presque toutes les Bibles « en langage courant » du XXe siècle, en anglais, en français et dans des centaines de langues missionnaires, portent sa marque.

Provenance et confession

Eugene Albert Nida naît à Oklahoma City le 11 novembre 1914 ; sa famille s’installe à Long Beach, en Californie, quand il a cinq ans. Les sources consultées ne disent pas le métier ni la confession de ses parents. De langue anglaise, il étudie les lettres classiques à l’Université de Californie à Los Angeles (B.A. summa cum laude, 1936), puis le grec du Nouveau Testament à l’University of Southern California (maîtrise, 1939), et la linguistique à l’Université du Michigan (doctorat, 1943). Il se forme aussi au Summer Institute of Linguistics, lié aux Wycliffe Bible Translators, et assure en 1939 un intérim pastoral à la Calvary Church de Santa Ana. Il est ordonné ministre de la Northern Baptist Convention en 1943 (Langendoen, 2013). Son parcours reste celui d’un protestant évangélique qui fait carrière dans les institutions interconfessionnelles des Sociétés bibliques. Aucune appartenance à une loge ou à un cercle n’est documentée.

Vie

Né à Oklahoma City en 1914, Nida étudie à l’Université de Californie à Los Angeles, puis obtient un doctorat en linguistique à l’Université du Michigan (1943). Il travaille d’abord avec les Wycliffe Bible Translators et le Summer Institute of Linguistics de Cameron Townsend. Il entre à l’American Bible Society en 1943 et y dirige le secteur des traductions jusqu’à sa retraite en 1984 (secrétaire associé pour les versions jusqu’en 1946, puis secrétaire exécutif pour les traductions ; Langendoen, 2013). Ministre baptiste ordonné, il voyage dans plus de quatre-vingts pays pour conseiller des équipes de traduction. Il meurt à Madrid le 25 août 2011.

Influence sur la Bible et la doctrine

Les faits.

  • Toward a Science of Translating (1964) oppose l’« équivalence formelle » (rendre la forme et le contenu du texte source) à l’« équivalence dynamique » (produire chez le lecteur moderne le même effet que chez le premier lecteur).
  • The Theory and Practice of Translation (1969, avec Charles Taber) en fait une méthode d’enseignement. Plus tard, avec Jan de Waard (From One Language to Another, 1986), il parle d’« équivalence fonctionnelle ».
  • Sa méthode inspire la Today’s English Version ou Good News Bible (NT 1966, Robert Bratcher), la Bible en français courant (1982), Parole de Vie (2000) et des centaines de traductions missionnaires.
  • Il défend l’accord de 1968 entre les Sociétés bibliques et le Secrétariat du Vatican pour l’unité des chrétiens sur la traduction interconfessionnelle.
  • Exemple de traitement : dans la Good News Bible, Mt 24:34 se lit « all these things will happen before the people now living have all died » (tout cela arrivera avant que les gens qui vivent maintenant soient tous morts), et non une « race » ; l’équivalence dynamique tranche ainsi elle-même, dans le texte, une question que les traductions formelles laissent au lecteur.
  • Nida a aussi écrit que des notions comme le sang du sacrifice pouvaient être adaptées à la culture du lecteur ; la Good News Bible remplace souvent « sang » par « mort » dans les passages sur l’œuvre du Christ, ce qui a suscité de vives critiques.

Interprétation. L’idée de Nida est simple et séduisante : un texte qu’on ne comprend pas ne nourrit personne. Elle a rendu la Bible lisible pour des peuples sans tradition écrite. Mais elle déplace l’autorité : ce n’est plus le texte qui dit, c’est le traducteur qui décide de ce que le texte « veut dire ». Toute interprétation entre alors dans le texte même, sans que le lecteur puisse la voir. Pour quiconque étudie le sens exact des mots (genea, « bientôt », « proche »), quelle que soit sa lecture, c’est une limite réelle de la méthode, même quand le résultat est juste.

Financement et réseaux

  • Documenté : salarié de l’American Bible Society, il travaille au sein des Sociétés bibliques unies, financées par les dons des Églises et des fidèles ; ses livres paraissent chez Brill (Leyde) et dans la collection Helps for Translators des UBS.
  • Allégué : des auteurs « King James seule » l’accusent d’avoir sciemment affaibli la doctrine du sang et de la divinité du Christ ; ils citent ses écrits, mais l’intention est une interprétation.
  • Non démontré : aucun financement par des banquiers ou des fondations politiques n’est attesté.

Signaux d’alerte

  • 5. Texte affaibli ou modifié (allégué par des auteurs « King James seule », notamment D. A. Waite, Defending the King James Bible, 1992) : Nida aurait sciemment affaibli la doctrine du sang et de la divinité du Christ. Le fait documenté est que des traductions faites selon sa méthode (la Good News Bible de Robert Bratcher) rendent souvent « sang » par « mort » ; ce sont des choix de traduction annoncés par la méthode, non des changements du texte source sans base manuscrite, et l’intention reste une interprétation.

Le signal 4 ne s’applique pas : l’équivalence dynamique est une théorie présentée ouvertement comme nouvelle, dans des livres publiés. Conclusion : rien de suspect sur l’homme ; ce qui mérite examen, c’est l’effet de sa méthode sur chaque traduction, passage par passage.

Pourquoi cette note

Deux étoiles : linguiste de talent et missionnaire infatigable, Nida a servi la diffusion de la Bible. Mais sa méthode a installé partout l’idée qu’on peut traduire sans s’attacher aux mots, et elle a ouvert la porte aux paraphrases. Le fruit à long terme est un texte plus lisible et moins sûr.

Voir aussi

Sources

  • Eugene A. Nida, Toward a Science of Translating, Leyde, Brill, 1964.
  • Eugene A. Nida et Charles R. Taber, The Theory and Practice of Translation, Leyde, Brill, 1969.
  • Jan de Waard et Eugene A. Nida, From One Language to Another, Nashville, Thomas Nelson, 1986.
  • Philip C. Stine, Let the Words Be Written: The Lasting Influence of Eugene A. Nida, SBL, 2004.
  • D. Terence Langendoen, « Eugene Albert Nida », Language, vol. 89, n° 1, 2013 (naissance, études, ordination de 1943, carrière à l’ABS jusqu’en 1984).
  • D. A. Waite, Defending the King James Bible, Bible For Today, 1992 (allégations ; passage exact à vérifier).