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Good News Bible

La Bible en anglais courant de l'American Bible Society (ABS), première grande application de la théorie de l'« équivalence dynamique » d'Eugene Nida.

En bref

La Bible en anglais courant de l’American Bible Society (ABS), première grande application de la théorie de l’« équivalence dynamique » d’Eugene Nida. Elle a servi de modèle aux Bibles « en langue courante » du monde entier, dont la Bible en français courant. Sa simplicité en a fait un succès mondial ; son traducteur principal a fini écarté de l’ABS pour ses positions sur l’inerrance.

Histoire

Documenté. L’ABS cherche dans les années 1960 une version pour les lecteurs dont l’anglais n’est pas la langue maternelle. Nida confie le Nouveau Testament à Robert G. Bratcher, ancien missionnaire baptiste du Sud au Brésil. Good News for Modern Man paraît en 1966, illustré par Annie Vallotton, et se vend à des millions d’exemplaires. L’Ancien Testament, traduit par un comité, complète la Good News Bible en 1976 ; une édition avec deutérocanoniques suit en 1979 ; révision en 1992.

En mars 1981, devant un séminaire de la Christian Life Commission de la Convention baptiste du Sud à Dallas, Bratcher déclare que seules l’ignorance volontaire ou la malhonnêteté intellectuelle peuvent expliquer qu’on tienne la Bible pour inerrante ; ses propos sont repris jusque dans le New York Times (Baptist News Global, 2010). Des donateurs conservateurs suspendent leurs dons à l’ABS, qui traverse une crise financière ; Bratcher quitte l’ABS mais continue comme consultant des Sociétés bibliques unies.

Texte source et méthode

Nouveau Testament : The Greek New Testament des Sociétés bibliques unies (comité incluant Kurt Aland, Bruce Metzger et plus tard Carlo Maria Martini). Méthode dynamique : on traduit le sens présumé plutôt que les mots, en vocabulaire limité. Conséquence : le traducteur tranche à la place du lecteur partout où le texte est ouvert.

Passages témoins

PassageTraitement
Mt 24:34Reformulé de façon très explicite : tout arrivera avant que les gens vivant alors soient tous morts. Le traducteur tranche pour le sens « contemporains » et le rend explicite dans le texte, là où le grec dit seulement « cette génération » : choix typique de l’équivalence dynamique, qui ferme les autres lectures.
Ap 1:1Événements qui doivent arriver « très bientôt ».
1 Jn 5:7-8Comma absent.
Mc 16:9-20Imprimé entre crochets, avec la finale courte, et une note sur les manuscrits ; Jn 7:53-8:11 entre crochets.
1 Tm 3:16Reformulé : « He appeared in human form », sans « Dieu » (BibleGateway, texte de 1992).
Ap 22:19« arbre de vie ».
Ac 8:37En note.

Notes, livres et doctrine

Choix de traduction discuté : dans plusieurs passages, le « sang » du Christ est rendu par sa « mort », ce que des critiques conservateurs ont lu comme un affaiblissement de la doctrine de l’expiation ; au regard du barème, c’est surtout une interprétation substituée au mot du texte. La révision de 1992 a rétabli « blood » dans plusieurs passages (voir ci-dessous). Isaïe 7:14 traduit par « jeune femme », avec une note qui explique que l’hébreu n’est pas le terme propre pour « vierge » et que Mt 1:23 cite la Septante (BibleGateway). Peu de notes doctrinales, mais une glose continue dans le texte même.

Financements

  • Documenté : projet de l’American Bible Society, financé par ses donateurs et ses ventes, au sein des Sociétés bibliques (UBS). La crise de 1981 montre la dépendance de l’ABS envers ses donateurs évangéliques.
  • Allégué : des auteurs « King James seulement » rattachent l’ABS à des réseaux œcuméniques ou à de grandes fortunes américaines (l’ABS a eu des administrateurs fortunés depuis le XIXe siècle).
  • Non démontré : aucun financement ciblé de la Good News Bible par une banque ou une fondation politique n’est documenté. Voir Financements - documenté et allégué.

Ce qu’on lui reproche

  • Le reproche : le « sang » du Christ remplacé par sa « mort ». Des évangéliques conservateurs, notamment des baptistes du Sud dans les années 1970-1980, reprochent d’avoir effacé le vocabulaire sacrificiel. Passages : Rm 3:25 ; Rm 5:9 ; Ep 1:7. Dans le texte actuel (révision de 1992, BibleGateway), Rm 3:25 garde « his sacrificial death » avec la note « by his blood », tandis que Rm 5:9 (« By his blood ») et Ep 1:7 (« by the blood of Christ ») ont rétabli le sang dans le texte, la mort sacrificielle passant en note ; le libellé exact de 1966 et 1976 n’a pas été vérifié sur un exemplaire. Pourquoi ce choix : le commentaire de traduction des Sociétés bibliques (Translator’s Handbook, repris sur tips.translation.bible) explique qu’en grec « sang » désigne souvent la mort violente, et qu’avec le sang du Christ le mot renvoie au sacrifice : d’où, selon les passages, « mort » ou « mort sacrificielle ». Réponse : Bratcher et Nida maintiennent qu’un lecteur moderne comprend mal « sang » seul ; les critiques répondent que le symbole lui-même fait partie du texte.
  • Le reproche : « jeune femme » en Isaïe 7:14. Mêmes critiques que pour la RSV. Pourquoi : sens courant de almah ; le NT garde « vierge » en Mt 1:23. Réponse : philologique, comme pour la RSV. Voir Ésaïe 7-14 - vierge ou jeune femme.
  • Le reproche : le traducteur ne croyait pas à l’inerrance. En mars 1981, Robert Bratcher déclare devant la Christian Life Commission (Dallas) que seules l’ignorance volontaire ou la malhonnêteté intellectuelle expliquent la croyance à l’inerrance ; des donateurs se retirent de l’American Bible Society, qui lui demande de partir ; il démissionne mais reste consultant des Sociétés bibliques unies. Pour ses critiques, ses convictions expliquent ses choix (« sang », Is 7:14). Réponse : ses collègues et la presse baptiste modérée (nécrologies de 2010) rappellent qu’il était un traducteur rigoureux et que le texte a été revu par un comité.
  • Le reproche : trancher à la place du lecteur. Les partisans de la traduction formelle (Leland Ryken, The Word of God in English, 2002) reprochent à l’équivalence dynamique d’éliminer les images et les ambiguïtés du texte. Passages : Mt 24:34 explicité ; 1 Tm 3:16 reformulé ; « justifier » rendu par « put right with God » (Rm 3:24, 5:9, texte actuel). Pourquoi : théorie d’Eugene Nida (Nida et Taber, 1969) : la fidélité se mesure à la réaction du lecteur, non à la forme des mots. Réponse : Nida répond qu’une traduction mot à mot incomprise est moins fidèle qu’une traduction claire.
  • Le reproche : le texte critique. Le courant « King James seulement » vise, comme pour les autres versions modernes, les omissions du texte des Sociétés bibliques unies (voir ci-dessous).

Versets ajoutés ou retirés

Pourquoi cette note

Traduction faite sur les langues originales par des spécialistes, avec des notes textuelles honnêtes (Mc 16, Jn 8, Ac 8:37). Mais l’équivalence dynamique poussée en fait presque une paraphrase : le traducteur explicite et tranche à la place du lecteur (« sang » rendu par « mort », Mt 24:34 reformulé, 1 Tm 3:16), dans un sens comme dans l’autre. D’où 2/5 selon le barème. Il faut reconnaître qu’elle a mis la Bible entre les mains de millions de gens qui ne lisaient pas l’anglais littéraire.

Voir aussi

Eugene Nida · Sociétés bibliques · Bible en français courant · Parole de Vie · Living Bible · Nestle-Aland · Mouvement de critique textuelle

Sources

  • Good News Bible: Today’s English Version, New York, American Bible Society, 1976 (préface).
  • Robert G. Bratcher, « The Nature and Purpose of the New Testament in Today’s English Version » The Bible Translator 22/3, juillet 1971, p. 97-107 (reproduit sur bible-researcher.com).
  • « Good News Bible translator dies, opposed inerrantists », The Christian Century, août 2010.
  • Peter J. Thuesen, In Discordance with the Scriptures, Oxford University Press, 1999.
  • Eugene A. Nida et Charles R. Taber, The Theory and Practice of Translation, Leyde, Brill, 1969.
  • Sociétés bibliques unies, Translator’s Handbook et commentaires de traduction sur Rm 3:25 et Ep 1:7 (tips.translation.bible), consultés le 2026-10-27.
  • « Good News Bible translator Bob Bratcher dies », Associated Baptist Press, juillet 2010 (repris par Baptist Standard et Word&Way).
  • Leland Ryken, The Word of God in English: Criteria for Excellence in Bible Translation, Wheaton, Crossway, 2002.