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Inerrance biblique

L'inerrance biblique enseigne que l'Écriture, inspirée de Dieu, est sans erreur dans tout ce qu'elle affirme, y compris en matière d'histoire et de science, et non seulement en matière de foi et de mœurs.

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

L’inerrance biblique enseigne que l’Écriture, inspirée de Dieu, est sans erreur dans tout ce qu’elle affirme, y compris en matière d’histoire et de science, et non seulement en matière de foi et de mœurs. Dans sa forme évangélique moderne, l’inerrance s’applique aux manuscrits originaux (les « autographes »), aujourd’hui perdus, et non aux copies ni aux traductions. Elle se distingue de l’« infaillibilité » au sens restreint (l’Écriture ne trompe pas dans ce qu’elle enseigne pour le salut) et s’oppose aux lectures qui admettent des erreurs historiques ou scientifiques dans le texte.

Origine et généalogie

Conviction ancienne. Les Pères tiennent généralement l’Écriture pour véridique en tout. La formule la plus citée est d’Augustin d’Hippone, Lettre 82 à Jérôme de Stridon (vers 405), I, 3 : il ne croit fermement qu’aucun auteur des livres canoniques ait erré, et devant une apparente erreur il conclut que le manuscrit est fautif, que le traducteur s’est trompé ou que lui-même n’a pas compris. Les défenseurs de l’inerrance y voient l’essentiel de leur doctrine, y compris le recours au texte original.

Formulation moderne (première attestation du terme technique). Face à la critique allemande (voir Haute critique et hypothèse documentaire), les théologiens du séminaire de Princeton formulent la doctrine dans l’article d’Archibald Alexander Hodge et Benjamin B. Warfield, « Inspiration », The Presbyterian Review, vol. 2, avril 1881, p. 225-260 : l’Écriture est sans erreur dans les « autographes originaux », et une erreur ne peut être alléguée que si elle est démontrée dans le texte original. L’Assemblée générale presbytérienne la confirme par le « Portland Deliverance » (1892). Côté catholique, Léon XIII, Providentissimus Deus (18 novembre 1893), affirme que Dieu, auteur de l’Écriture, ne peut être l’auteur d’aucune erreur.

Fondamentalisme et « bataille pour la Bible ». L’inerrance devient un critère dans The Fundamentals (1910-1915) et dans les controverses presbytériennes des années 1920. Le Fuller Theological Seminary abandonne l’inerrance dans sa déclaration de foi (débat de 1962-1972). Harold Lindsell publie The Battle for the Bible (1976).

Codification. Le Conseil international sur l’inerrance biblique (ICBI) adopte la Déclaration de Chicago (26-28 octobre 1978), 19 articles d’affirmations et de négations, signée par près de 300 responsables évangéliques (James Montgomery Boice, R. C. Sproul, J. I. Packer, Francis Schaeffer, Carl F. H. Henry parmi d’autres). Article X : l’inspiration s’applique strictement aux autographes ; article XII : l’Écriture est exempte d’erreur, y compris dans ses affirmations historiques et scientifiques. Suit la Déclaration de Chicago sur l’herméneutique (1982).

Chronologie

  • vers 405 : Augustin, Lettre 82.
  • 1881 : Hodge et Warfield, « Inspiration ».
  • 1892 : Portland Deliverance.
  • 1893 : Providentissimus Deus.
  • 1965 : Vatican II, Dei Verbum 11 (l’Écriture enseigne sans erreur la vérité que Dieu a voulu consigner « pour notre salut »).
  • 1976 : Lindsell, The Battle for the Bible.
  • 1978 : Déclaration de Chicago.

Ce que dit la doctrine

  • Inspirée « plénièrement et verbalement », l’Écriture est vraie dans tout ce qu’elle affirme.
  • L’inerrance porte sur les autographes ; les copies sont fiables dans la mesure où elles les reproduisent fidèlement, ce que la critique textuelle établit.
  • Elle tient compte des genres littéraires, des approximations, des descriptions selon les apparences et des citations libres, qui ne sont pas des erreurs.
  • Les difficultés (harmonisation des Évangiles, chiffres des Chroniques) reçoivent des explications ou restent en attente de solution.

Arguments de ses partisans

  • Le caractère de Dieu : Dieu ne peut mentir (Tt 1:2 ; He 6:18) ; si l’Écriture est sa parole (2 Tm 3:16), elle est sans erreur.
  • L’attitude de Jésus : « l’Écriture ne peut être anéantie » (Jn 10:35, Segond 1910) ; pas un iota ne passera de la loi (Mt 5:18) ; il argumente sur un temps de verbe (Mt 22:32).
  • La pente glissante : admettre l’erreur en histoire ouvrirait la porte à l’erreur en doctrine (Lindsell).
  • L’Église ancienne : Augustin et la plupart des Pères, puis les Réformateurs, tenaient la même conviction.

Critiques de ses opposants

  • Nouveauté de la forme : Jack Rogers et Donald McKim (The Authority and Interpretation of the Bible, 1979) et Ernest Sandeen (The Roots of Fundamentalism, 1970) soutiennent que la doctrine des autographes inerrants est une construction princetonienne du XIXe siècle, influencée par le rationalisme écossais. John Woodbridge (Biblical Authority, 1982) leur répond en documentant la continuité avec les Pères et les Réformateurs.
  • Autographes invérifiables : une inerrance réservée à des originaux perdus serait, selon ses critiques (Bart Ehrman, Misquoting Jesus, 2005), impossible à vérifier ; ses partisans répondent que le texte original est reconstitué avec une grande précision.
  • Les difficultés : divergences de détail entre récits parallèles, chiffres, cosmologie ; ceux qui préfèrent « infaillibilité » limitent la garantie au message du salut (lecture courante de Dei Verbum 11).
  • Défenseurs de la King James : à l’inverse, ils reprochent à Chicago de ne garantir qu’un texte perdu et non la Bible que le croyant tient en main (voir King James seulement et Préservation providentielle du texte).

Textes clés

Nb 23:19 ; Ps 12:7 ; 19:8 ; 119:160 ; Pr 30:5 ; Mt 5:17-18 ; 22:29-32 ; Jn 10:35 ; 17:17 ; 2 Tm 3:16 ; Tt 1:2 ; He 6:18 ; 2 P 1:20-21.

Bibles qui la portent : les Bibles d’étude évangéliques (notes de l’English Standard Version dans l’ESV Study Bible, 2008 ; Bible d’étude Thompson ; Scofield Reference Bible) présupposent l’inerrance et harmonisent les difficultés dans leurs notes.

Voir aussi

Sources

  • Augustin, Lettre 82 (à Jérôme), I, 3.
  • A. A. Hodge et B. B. Warfield, « Inspiration », The Presbyterian Review 2 (avril 1881), p. 225-260.
  • Léon XIII, Providentissimus Deus, 1893 ; Vatican II, Dei Verbum, 11 (1965).
  • The Chicago Statement on Biblical Inerrancy, ICBI, 1978 ; Journal of the Evangelical Theological Society 21/4 (1978).
  • Harold Lindsell, The Battle for the Bible, Zondervan, 1976.
  • Jack B. Rogers et Donald K. McKim, The Authority and Interpretation of the Bible, Harper & Row, 1979.
  • John D. Woodbridge, Biblical Authority: A Critique of the Rogers/McKim Proposal, Zondervan, 1982.
  • Ernest R. Sandeen, The Roots of Fundamentalism, 1970.
  • Mark A. Noll, Between Faith and Criticism, 1986.