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En bref
Le mouvement « King James seulement » (King James Only) tient la King James 1611 (version autorisée anglaise) pour la seule Bible anglaise fiable, et rejette les traductions modernes fondées sur le texte grec critique. Il recouvre plusieurs positions, de la simple préférence pour le Textus Receptus jusqu’à l’idée que la traduction anglaise de 1611 est elle-même inspirée et corrige le grec. Il est surtout répandu chez les baptistes indépendants fondamentalistes des États-Unis ; on trouve des débats analogues en français autour de la Bible de Martin, de la Bible d’Ostervald et de la Bible Segond 1910.
Origine et généalogie
Précurseur. John William Burgon, doyen de Chichester, attaque la Revised Version (1881) et le Texte de Westcott et Hort dans The Revision Revised (1883). Burgon défend le texte traditionnel (byzantin) et non la King James comme telle : il admettait que le Textus Receptus devait être corrigé en certains endroits. Philip Mauro, juriste américain, publie Which Version? (1924), dans la même ligne.
Première attestation documentée de la thèse. Benjamin G. Wilkinson (1872-1968), professeur au Washington Missionary College (Takoma Park, Maryland), adventiste du septième jour, publie Our Authorized Bible Vindicated (1930). Il y trace une lignée de Bibles pures (Vieille Latine des Vaudois, Textus Receptus, King James) opposée à une lignée corrompue (Origène, Codex Vaticanus, Codex Sinaiticus, jésuites, Westcott et Hort). Le livre est publié à titre personnel ; la direction adventiste ne l’a pas adopté.
Diffusion.
- David Otis Fuller (1903-1988), pasteur baptiste de Grand Rapids (Michigan), publie Which Bible? (1970, 3e éd. 1972), recueil dont une partie importante reprend Wilkinson. Ses critiques (Doug Kutilek, James White) relèvent que l’appartenance adventiste de Wilkinson n’y est pas signalée ; Fuller fonde la Which Bible? Society. Suivent True or False? (1973) et Counterfeit or Genuine? (1975).
- Edward F. Hills, presbytérien diplômé de Harvard, publie The King James Version Defended (1956) : défense savante fondée sur la Préservation providentielle du texte. Hills ne soutient pas l’inspiration de la traduction anglaise.
- Jasper James Ray, God Wrote Only One Bible (1955), va plus loin : seule la Bible du Textus Receptus serait la parole de Dieu.
- Peter S. Ruckman (1921-2016), baptiste, Pensacola Bible Institute : The Christian’s Handbook of Manuscript Evidence (1970). Il enseigne que la King James est la parole de Dieu préservée et qu’elle peut corriger le grec et l’hébreu (« révélation avancée » est l’expression que lui prêtent ses critiques ; sa formulation exacte varie selon ses livres).
- D. A. Waite fonde la Dean Burgon Society (1978), qui défend le texte sous-jacent à la King James sans en faire une traduction inspirée.
- Gail Riplinger, New Age Bible Versions (1993) : les versions modernes seraient liées au mouvement Nouvel Âge et à l’occultisme. Le livre est critiqué par plusieurs défenseurs de la King James eux-mêmes (dont la Dean Burgon Society).
- Médias : tracts de Jack Chick, sites et prédicateurs baptistes indépendants.
Chronologie
- 1881-1883 : Revised Version et The Revision Revised.
- 1924 : Mauro, Which Version?
- 1930 : Wilkinson, Our Authorized Bible Vindicated.
- 1955-1956 : Ray ; Hills.
- 1970 : Fuller, Which Bible? ; Ruckman, Handbook.
- 1978 : Dean Burgon Society.
- 1993 : Riplinger, New Age Bible Versions.
- 1995 : James White, The King James Only Controversy (critique).
Ce que dit la doctrine
On distingue couramment (typologie de Doug Kutilek et James White, reprise par d’autres) :
- la préférence pour la King James (beauté, tradition) ;
- la défense du texte grec et hébreu sous-jacent (Textus Receptus, texte massorétique de Bomberg) ;
- le Textus Receptus seul, quelle que soit la langue ;
- la King James inspirée comme traduction ;
- la King James comme révélation qui corrige les originaux (Ruckman).
Points communs : refus du texte d’Alexandrie (Sinaiticus, Vaticanus) ; défense de passages omis ou mis entre crochets par les versions modernes (voir Marc 16-9-20 - la finale de Marc, 1 Timothée 3-16 - Dieu manifesté, 1 Jean 5-7-8 - la Comma johannique, Actes 8-37 - la confession de l’eunuque).
Arguments de ses partisans
- Promesse de préservation : « Toi, Éternel ! tu les garderas, Tu les préserveras de cette race à jamais » (Ps 12:8, Segond 1910) ; Mt 24:35 ; 1 P 1:23-25. Si Dieu a préservé sa parole, elle doit être accessible, et non à reconstituer.
- Le texte reçu par l’Église : le texte byzantin, majoritaire dans les manuscrits, a été lu par l’Église grecque pendant des siècles.
- Suspicion envers les sources critiques : Vaticanus conservé à Rome, Sinaiticus trouvé dans un monastère ; Westcott et Hort présentés comme peu orthodoxes (leurs lettres sur le spiritisme et Marie sont citées).
- Doctrines affaiblies : selon eux, les versions modernes atténuent la divinité du Christ (1 Tm 3:16) et la Trinité (1 Jn 5:7).
Critiques de ses opposants
- Historiques : la King James de 1611 contenait les apocryphes, des notes marginales sur des variantes, et a été révisée (1629, 1638, 1769) ; ses traducteurs disent dans leur préface (« The Translators to the Reader ») que même une traduction médiocre est la parole de Dieu et recommandent la variété des traductions.
- Textuelles : le Textus Receptus d’Érasme repose sur quelques manuscrits tardifs ; à Ap 22:16-21, Érasme a retraduit du latin ; il n’existe pas un seul Textus Receptus mais plusieurs éditions (Stephanus, Bèze, Elzevir ; le Texte de Scrivener 1894 reconstitue après coup le grec de la King James).
- Logiques : si la seule Bible fiable est anglaise, quelle était la Bible avant 1611, et quelle est-elle pour les non-anglophones ?
- Sur les auteurs : critiques (Kutilek, White, D. A. Carson, The King James Version Debate, 1979) relevant l’origine adventiste de la thèse de Wilkinson, les citations tronquées chez Riplinger, les excès polémiques de Ruckman.
- Réponse des partisans : l’appartenance de Wilkinson ne change rien aux preuves ; les révisions de 1629-1769 sont orthographiques et typographiques.
Textes clés
Ps 12:7-8 ; Ps 119:89 ; Es 40:8 ; Mt 5:18 ; 24:35 ; 1 P 1:23-25 ; Ap 22:18-19. Passages témoins : Mc 16:9-20 ; Jn 7:53-8:11 ; Ac 8:37 ; 1 Tm 3:16 ; 1 Jn 5:7-8 ; Ap 22:19.
Traductions qui la portent : la King James 1611 ; en français, les défenseurs du texte reçu recommandent la Bible de Martin, la Bible d’Ostervald ou des révisions récentes fondées sur le Textus Receptus ; la New King James Version (1982) suit le même texte grec, mais est rejetée par une partie du mouvement.
Financement et réseaux
Documenté : éditions privées et maisons militantes (Which Bible? Society de Fuller, Bible Baptist Bookstore de Ruckman, A. V. Publications de Riplinger, Bible For Today de Waite). Allégué : rien de notable. Non démontré : aucun commanditaire extérieur.
Voir aussi
- Préservation providentielle du texte · Textus Receptus · Texte majoritaire · Mouvement de critique textuelle · Inerrance biblique · Adventisme et 1844
- Edward F. Hills · John William Burgon · Brooke Foss Westcott · Fenton John Anthony Hort
Sources
- John William Burgon, The Revision Revised, 1883.
- Benjamin G. Wilkinson, Our Authorized Bible Vindicated, Washington D.C., 1930.
- Edward F. Hills, The King James Version Defended, 1956.
- David Otis Fuller (éd.), Which Bible?, Grand Rapids International Publications, 1970.
- Peter S. Ruckman, The Christian’s Handbook of Manuscript Evidence, 1970.
- G. A. Riplinger, New Age Bible Versions, A. V. Publications, 1993.
- D. A. Carson, The King James Version Debate, Baker, 1979 (critique).
- James R. White, The King James Only Controversy, Bethany House, 1995 ; 2e éd. 2009 (critique).
- Doug Kutilek, « Wilkinson’s Incredible Errors » (référence non retrouvée, à vérifier).
- « The Translators to the Reader », préface de la King James, 1611.