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En bref
L’Israël britannique (ou « anglo-israélisme ») soutient que les peuples britanniques, et plus largement anglo-saxons, nordiques et parfois américains, descendent physiquement des « dix tribus perdues » du royaume d’Israël déportées par l’Assyrie en 722 av. J.-C. Les promesses faites à Éphraïm et Manassé s’accompliraient donc dans l’Empire britannique et les États-Unis, et le trône britannique serait la continuation du trône de David. Le mouvement a compté des adhérents dans les élites victoriennes et édouardiennes ; il a influencé Herbert W. Armstrong et, sous une forme racialiste, le mouvement américain Christian Identity.
Origine et généalogie
Première attestation documentée.
- John Sadler (1615-1674), juriste et parlementaire anglais, The Rights of the Kingdom (Londres, 1649), est cité comme la première publication suggérant une généalogie israélite des Britanniques (rapprochements de lois et de coutumes). Le titre et la date sont donnés par les historiens du mouvement ; la teneur exacte de son argument reste à vérifier dans l’original.
- Richard Brothers (1757-1824), ancien officier de la marine britannique né à Terre-Neuve, se proclame « neveu du Tout-Puissant » et « prince des Hébreux », annonce en 1794-1795 (A Revealed Knowledge of the Prophecies and Times) qu’une grande partie des habitants des îles Britanniques sont des « Hébreux cachés » qu’il conduira à Jérusalem. Arrêté en 1795 pour avoir prédit la mort du roi, il est déclaré fou et interné jusqu’en 1806.
- John Wilson (1799-1870), conférencier écossais, donne des conférences rassemblées dans Our Israelitish Origin (Londres, 1840), première exposition systématique : les tribus perdues seraient passées par la Scythie et seraient devenues les peuples germaniques et anglo-saxons.
Diffusion.
- Edward Hine (1825-1891), employé de banque converti à 15 ans par une conférence de Wilson, publie Identification of the British Nation with Lost Israel (1871 ; titres variables selon les éditions, souvent cité comme Forty-Seven Identifications), vendu à de très nombreux exemplaires ; il fonde une association en 1878 ou 1880 (à vérifier) et fait une tournée aux États-Unis (1884-1888).
- Edward Wheler Bird et d’autres fondent la Metropolitan Anglo-Israel Association (1878) ; la British-Israel-World Federation est constituée à Londres en 1919.
- Pyramidologie : Charles Piazzi Smyth, astronome royal d’Écosse (Our Inheritance in the Great Pyramid, 1864), sans être lui-même un chef du mouvement, inspire des lectures britanniques-israélites de la Grande Pyramide.
- La pierre de Scone : la pierre du couronnement des rois écossais puis britanniques est identifiée par le mouvement à la pierre de Béthel, oreiller de Jacob (Gn 28:18) ; c’est une tradition légendaire sans base documentaire.
- XXe siècle : Herbert W. Armstrong (Worldwide Church of God), The United States and British Commonwealth in Prophecy (brochure dès les années 1940, éd. 1967) ; l’Église abandonne cette doctrine après sa mort (1986), en 1995 environ. Aux États-Unis, une branche racialiste devient Christian Identity (Wesley Swift, années 1940-1950 ; Aryan Nations), que le mouvement britannique d’origine désavoue.
Chronologie.
- 722 av. J.-C. : déportation d’Israël par l’Assyrie (2 R 17).
- 1649 : Sadler, The Rights of the Kingdom.
- 1794-1795 : Richard Brothers.
- 1840 : Wilson, Our Israelitish Origin.
- 1864 : Piazzi Smyth, pyramidologie.
- 1871 : Hine, Identification.
- 1919 : British-Israel-World Federation.
- 1940-1967 : Armstrong.
- Vers 1995 : abandon par la Worldwide Church of God.
Ce que dit la doctrine
- Les dix tribus du Nord n’ont pas disparu : elles ont migré vers l’Europe du Nord-Ouest.
- Éphraïm est la Grande-Bretagne, « multitude de nations » (Gn 48:19), et Manassé les États-Unis.
- La lignée de David s’est continuée par une princesse de Juda (fille de Sédécias) emmenée en Irlande par Jérémie, selon une légende propre au mouvement.
- Les promesses de prospérité et de puissance (Gn 49:22-26 ; Dt 33:13-17) se sont accomplies dans l’Empire britannique.
Arguments de ses partisans
- Les promesses non accomplies : Éphraïm doit devenir une « multitude de nations » (Gn 48:19), Israël doit habiter des « îles » (Es 49:1 ; Jr 31:10) et avoir un roi de la lignée de David pour toujours (2 S 7:16 ; Jr 33:17).
- La séparation des deux maisons : la Bible distingue la maison d’Israël et la maison de Juda (Jr 3:18 ; Ez 37:15-22) ; les Juifs ne sont donc pas tout Israël.
- Jc 1:1 s’adresse aux « douze tribus qui sont dans la dispersion ».
- Arguments linguistiques et culturels : par exemple « British » rapproché de l’hébreu berit (alliance) et ish (homme) ; les « Saxons » seraient les « fils d’Isaac ».
Critiques de ses opposants
- Historiens et linguistes : les rapprochements étymologiques sont sans fondement (l’anglais est une langue germanique, sans lien avec l’hébreu) ; les migrations supposées ne sont pas documentées ; la Jewish Encyclopedia (1901-1906) jugeait déjà la théorie dénuée de base.
- Génétique : les études de populations ne montrent pas d’origine proche-orientale particulière des Britanniques.
- Exégèse : la Bible montre des membres des dix tribus revenus et présents à l’époque du Nouveau Testament (Anne, de la tribu d’Aser, Lc 2:36 ; les « douze tribus » d’Ac 26:7) ; le Nouveau Testament définit Israël par la foi plutôt que par le sang (Rm 9:6-8 ; Ga 3:28-29).
- Théologiens de toutes écoles (réformés, dispensationalistes, catholiques) : la doctrine servirait la gloire d’une nation ou d’un empire (critique qui correspond au signal 7, « pouvoir politique servi », de la grille de ce recueil ; ses partisans répondent qu’ils décrivent un accomplissement, non un programme politique).
- Christian Identity : sa dérive raciste et antisémite est condamnée par les Églises et par une partie des britanniques-israélites eux-mêmes.
Textes clés
Gn 35:11 ; 48:14-20 ; 49:22-26 ; Dt 33:13-17 ; 2 S 7:10-16 ; 2 R 17 ; Es 49:1-6 ; Jr 3:18 ; 31:10 ; 33:17 ; Ez 37:15-28 ; Os 1:10 ; Jc 1:1 ; Lc 2:36 ; Ac 26:7.
Financement et réseaux
Documenté : le mouvement vit de cotisations, d’éditions et de conférences ; la British-Israel-World Federation publie des revues et des livres (Covenant Publishing, Londres). Des membres de l’aristocratie ont été patrons de la Fédération dans l’entre-deux-guerres (la princesse Alice, comtesse d’Athlone, en est la principale patronne de 1920 à sa mort en 1981). Allégué : l’adhésion de membres de la famille royale ou de hauts dirigeants politiques à la doctrine ; les allégations dépassent ce que les sources montrent. Non démontré : un financement par l’État britannique.
Voir aussi
- Théologie du remplacement · Sionisme chrétien · Historicisme
- Le Temple rebâti · Adventisme et 1844
- Signaux d’alerte (signal 7, appliqué ici à une doctrine)
Sources
- John Sadler, The Rights of the Kingdom, Londres, 1649.
- Richard Brothers, A Revealed Knowledge of the Prophecies and Times, Londres, 1794.
- John Wilson, Our Israelitish Origin, Londres, 1840.
- Edward Hine, Identification of the British Nation with Lost Israel, Londres, 1871.
- Charles Piazzi Smyth, Our Inheritance in the Great Pyramid, 1864.
- Herbert W. Armstrong, The United States and British Commonwealth in Prophecy, 1967.
- Jewish Encyclopedia, art. « Anglo-Israelism », 1901-1906.
- Michael Barkun, Religion and the Racist Right: The Origins of the Christian Identity Movement, University of North Carolina Press, 1994 (éd. révisée 1997).
- Tudor Parfitt, The Lost Tribes of Israel: The History of a Myth, Weidenfeld & Nicolson, 2002.
- John Wilson (historien), « British Israelism: The Ideological Restraints on Sect Organisation », dans Bryan Wilson (dir.), Patterns of Sectarianism, Heinemann, 1967.