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Philarète de Moscou

Métropolite de Moscou pendant quarante et un ans (1826-1867), Philarète (Drozdov) est l'homme de la Bible russe.

En bref

Métropolite de Moscou pendant quarante et un ans (1826-1867), Philarète (Drozdov) est l’homme de la Bible russe. Jeune recteur, il dirige la première traduction de la Société biblique russe (1816-1825) ; devenu métropolite, il défend pendant trente ans l’idée d’une Bible en russe, puis obtient en 1856-1858 la traduction officielle qui deviendra la Bible synodale russe (1876), dont il revoit lui-même le Nouveau Testament. Son Catéchisme (1823) a fixé pour l’Église russe le statut des livres « non canoniques ». L’Église russe l’a canonisé au concile des évêques de 1994.

Provenance et confession

Né le 26 décembre 1782 à Kolomna, près de Moscou, fils d’un diacre devenu prêtre, il grandit dans le clergé séculier. Il étudie au séminaire de Kolomna, où l’enseignement se fait en latin, puis au séminaire de la laure de la Trinité-Saint-Serge (1800-1803), où il enseigne ensuite le grec et l’hébreu. Moine en 1808 sous le nom de Philarète, il est appelé à Saint-Pétersbourg, devient recteur de l’académie de théologie en 1812, docteur en 1814 et évêque (de Revel, vicaire de Saint-Pétersbourg) en 1817. Orthodoxe toute sa vie. Il est membre de la Société biblique russe à partir de 1816, appartenance documentée. Aucune autre société ou loge n’est connue.

Vie

  • 1816-1825 : sous l’autorité du Synode et à la demande du tsar, il dirige à l’académie la traduction russe : Évangiles (1818), Nouveau Testament (1821), Psautier (1822).
  • 1823 : Catéchisme chrétien détaillé. En 1824, dans la réaction contre la Société biblique (Chichkov, Photius), le catéchisme est retiré parce qu’il donnait le Credo, le Notre Père et les commandements en russe ; il est réédité (1827) avec ces textes en slavon.
  • 1826 : archevêque de Moscou depuis 1821, il est élevé au rang de métropolite le 22 août 1826, jour du couronnement de Nicolas Ier, l’année où la Société biblique est fermée (12 avril) et la traduction russe arrêtée ; il se tait publiquement mais conserve son projet.
  • 1845 : mémoire sur « la dignité dogmatique et l’usage protecteur » de la Septante et du slavon : il y défend l’autorité de la Septante et du slavon dans l’Église, tout en admettant le recours à l’hébreu.
  • 1856-1858 : après la mort de Nicolas Ier, il rédige le projet de décision du Synode pour une traduction russe ; il répond, dans un rapport du 21 juillet 1857, aux objections du métropolite Philarète (Amfiteatrov) de Kiev et du procureur A. P. Tolstoï. Alexandre II approuve en 1858.
  • 1858-1867 : il revoit les traductions des académies, en particulier le Nouveau Testament (1860-1862).
  • 1861 : il rédige le manifeste de l’abolition du servage pour Alexandre II.
  • Il meurt le 19 novembre 1867, avant la parution de la Bible complète.

Influence sur la Bible et la doctrine

  • La Bible russe : principal artisan de la Bible synodale russe, et auteur de la règle qui la caractérise : l’hébreu massorétique comme base de l’Ancien Testament, en tenant compte du grec et du slavon. Il voulait concilier la fidélité à l’original hébreu et le respect de la Septante de l’Église.
  • Le canon : son Catéchisme reprend la liste d’Athanase ; les livres hors du canon hébreu y sont dits « non canoniques ». Voir Le canon orthodoxe.
  • L’autorité : il pose que seule l’Église peut autoriser une traduction ; la Bible russe naît donc sous le contrôle du Synode, et non d’une société privée.

Financement et réseaux

  • Documenté : revenus de sa charge épiscopale ; la traduction synodale est financée par le Synode et les académies.
  • Allégué : dans les années 1820, ses adversaires (Photius, Chichkov) l’accusent de complaisance pour une société biblique jugée protestante et mystique, et son catéchisme d’être trop proche des formulations protestantes.
  • Non démontré : aucune dépendance financière ou allégeance étrangère.

Signaux d’alerte

  • 7. Pouvoir politique servi (documenté) : membre du Synode, organe d’État de l’Église russe depuis Pierre le Grand, il rédige des actes impériaux (manifeste de 1861) et fait passer la traduction par l’approbation du tsar. Mais il a aussi tenu tête au pouvoir pendant trente ans sur la question de la Bible russe.

Conclusion : un signal documenté, inséparable de la place d’un métropolite dans l’Empire russe ; rien ne montre qu’il ait plié le texte à l’État.

Pourquoi cette note

Il a donné aux Russes leur Bible dans leur langue, sur l’original hébreu et grec, avec une méthode publique et argumentée, au prix de décennies d’opposition. Réserves : la méthode mixte (hébreu corrigé par la Septante) qu’il a fixée explique les inégalités de la Bible synodale, et il a accepté en 1824-1827 de retirer le russe de son catéchisme sous la pression. 4/5.

Voir aussi

Sources

  • Stephen K. Batalden, Russian Bible Wars: Modern Scriptural Translation and Cultural Authority, Cambridge University Press, 2013.
  • Philarète (Drozdov), Zapiska o dogmatitcheskom dostoïnstve i okhranitelnom oupotreblenii gretcheskogo semidessiati tolkovnikov i slavenskogo perevodov Sviachtchennogo Pissania, 1845 (publiée en 1858).
  • Philarète (Drozdov), Prostranny khristianski katekhizis, Saint-Pétersbourg, 1823.
  • Alexandre Men, Bibliologitcheski slovar, t. 2, Moscou, 2002.
  • Ilia A. Tchistovitch, Istoria perevoda Biblii na rousski iazyk, Saint-Pétersbourg, 1873.
  • Georges Florovsky, Pouti rousskogo bogoslovia, Paris, YMCA Press, 1937 ; trad. fr. Les voies de la théologie russe, Desclée de Brouwer, 1991 (chapitre sur Philarète).
  • OrthodoxWiki, « Philaret (Drozdov) of Moscow » ; Batalden, « Which text? Whose job? What language? », Christian History 146, 2023, consultés le 2026-10-27.