En bref
The Apocalypse Code est le livre où Hank Hanegraaff, président du Christian Research Institute et animateur de The Bible Answer Man, attaque le dispensationalisme populaire, surtout celui de Tim LaHaye et de la série Left Behind. Il ne se présente pas comme un exposé d’une école, mais comme une méthode : l’« eschatologie exégétique » (abrégée « e2 »), résumée par l’acronyme LIGHTS. Appliquée à l’Apocalypse, cette méthode le conduit à lire le discours sur le mont des Oliviers et une grande partie de l’Apocalypse comme accomplis autour de 70, d’où le classement du livre parmi les prétéristes partiels par ses adversaires (Ice, Geisler, Riddlebarger) comme par son défenseur Steve Gregg. Le livre compte parce qu’il a porté cette lecture devant un large public évangélique et qu’il a suscité plusieurs livres et recensions de réponse.
Éditions
- 2007 : Nashville, Thomas Nelson (marque W Publishing Group), relié ; xxvii + 300 p. ; bibliographie p. 239-270 et index ; ISBN 0849901847 / 9780849901843 (notice archive.org). Mise en vente en avril 2007 selon une notice de bibliothèque. Les libraires donnent 300, 308 ou 336 pages selon l’édition.
- 2010 : réédition brochée chez Thomas Nelson, ISBN 9780849919916 (Goodreads).
- Une édition numérique et une traduction espagnole, El código del Apocalipsis, sont vendues par le CRI.
- Pas de texte libre : l’exemplaire numérisé d’archive.org est à accès restreint.
- Le titre fait écho à Apocalypse Code (1997) de Hal Lindsey, dont Hanegraaff discute la présentation dans ses pages préliminaires (p. xv-xvi, selon Ice).
Plan
D’après la table des matières reproduite par la notice d’archive.org, le livre suit l’acronyme LIGHTS, un chapitre par principe, après un chapitre de méthode :
- « Exegetical Eschatology: Method vs. Model »
- « Literal Principle: Reading the Bible as Literature »
- « Illumination Principle: Faithful Illumination vs. Fertile Imagination »
- « Grammatical Principle: “It Depends on the Meaning of the Word Is” »
- « Historical Principle: Historical Realities vs. Historical Revisionism »
- « Typology Principle: The Golden Key »
- « Scriptural Synergy: The Code Breaker »
L’introduction (pages en chiffres romains, jusqu’à p. xxvii) présente la critique de LaHaye et de Lindsey ; l’acronyme est exposé p. 3-10 (Ice).
LIGHTS : L pour literal (lire la Bible selon son genre littéraire, « littéral » ne voulant pas dire « littéraliste »), I pour illumination (l’Esprit éclaire l’Écriture, contre l’imagination), G pour grammatical, H pour historical (contexte historique), T pour typology (les types de l’Ancien Testament accomplis en Christ), S pour scriptural synergy (l’Écriture explique l’Écriture). Un article du CRI sur l’interprétation biblique donne une autre version du même acronyme (T pour teaching ministry, S pour scriptural harmony) ; la version du livre est celle des titres de chapitres.
Thèse et arguments
Résumé d’après les comptes rendus (Ice, Geisler, Riddlebarger) et la présentation du CRI ; le livre lui-même n’a pas été lu.
- Méthode contre modèle. Hanegraaff oppose une méthode d’interprétation à un « modèle » eschatologique adopté d’avance ; il dit vouloir donner au lecteur des outils plutôt qu’un schéma. La clé de l’Apocalypse, selon lui, est le reste de l’Écriture, non l’actualité ni les tableaux prophétiques (présentation du CRI).
- Le « littéral ». Les dispensationalistes se disent littéralistes, mais ne prennent pas au sens propre les indications de temps de l’Apocalypse : « car le temps est proche » (Ap 1:3, traduction de Pierre Savignac) ; voir Apocalypse 1.1-3. Hanegraaff juge vide la définition du littéralisme de LaHaye (Geisler).
- La typologie, « clé d’or ». Le Christ accomplit les promesses de la terre faites à Abraham, le trône de David et le temple (p. 170, 201, 224-225 selon Ice et Geisler). Dieu n’a qu’un peuple de l’alliance ; la vraie Église est le vrai Israël (réponse de Hanegraaff à Ice, 2009). Voir Israël, 1948 et la théologie du remplacement.
- Daniel 9. Les soixante-dix semaines sont lues comme des périodes de jubilés plutôt que comme des années comptées à la lettre (p. 194, selon Ice). Voir Daniel 9.24-27.
- L’Apocalypse et 70. Le livre est daté d’avant 70 ; le temple d’Ap 11:1-3 est encore debout quand Jean reçoit la vision ; la Babylone d’Ap 17-18 est la Jérusalem apostate ; Néron et les césars accomplissent la figure de la bête d’Ap 13, et l’identification du « 666 » à Néron est dite « absolument certaine » (p. 146, selon Geisler ; Riddlebarger). Voir Date de l’Apocalypse et Destruction de Jérusalem (70).
- Le discours sur le mont des Oliviers s’adresse d’abord aux disciples et s’accomplit en grande partie en 70 (Riddlebarger, qui l’accorde) ; voir Matthieu 24.34.
- Ce qui reste à venir. Hanegraaff tient le retour corporel du Christ, la résurrection des corps et le jugement final pour futurs ; Geisler dit s’accorder avec lui sur ces points.
- Les conséquences. Selon la présentation du CRI, une mauvaise lecture de l’Apocalypse produit une mauvaise théologie, mais aussi une mauvaise politique, notamment au Proche-Orient ; le livre demande si les deux tiers des Juifs doivent périr dans un holocauste final, comme le suppose selon lui le scénario dispensationaliste.
- La cible : LaHaye. Ice, dans une conférence, dit que le livre nomme LaHaye environ 350 fois. Hanegraaff y reproche au dispensationalisme de LaHaye une lecture raciale d’Israël et une attente du temple rebâti qu’il juge proche du blasphème (p. xx-xxiii, 189, 225, selon Ice) ; il rapproche le dispensationalisme du darwinisme (p. 37, 69, selon Geisler, qui y voit une exagération).
L’arrière-plan est personnel : en 2004, LaHaye avait protesté publiquement contre la publication par Tyndale, l’éditeur de Left Behind, du roman prétériste de Hanegraaff et Sigmund Brouwer, The Last Disciple ; il qualifiait ce roman de « nonsense » dans le Dallas Morning News (Christianity Today, février 2005). Hanegraaff dit avoir été dès lors étiqueté « prétériste » et hérétique (réponse de 2009).
Réception
- Thomas Ice (Thomas Ice, Pre-Trib Research Center) : recension dans le Chafer Theological Seminary Journal 13/1 (printemps 2008), reprise en ligne (archive de Liberty University, 2009). Selon lui, LIGHTS n’est pas une méthode : l’illumination est une vérité théologique, la typologie n’est pas un outil d’exégèse, la « synergie » n’est que l’analogie de la foi. Il voit dans le livre une attaque contre LaHaye plus qu’une exégèse, une théologie du remplacement « anti-Israël », et relève des erreurs de fait (sur Darby, qui attendait le retour des Juifs en Palestine dans l’incrédulité, et sur Lord Balfour, p. xxii et 183). Il ne recommande pas le livre. Il publie aussi dans le National Liberty Journal un article titré « Hanegraaff Calls Tim LaHaye a Racist and Blasphemer ».
- Mark Hitchcock et Thomas Ice, Breaking the Apocalypse Code: Putting the Bible Answer Man to the Test (sous-titre de la boutique du Pre-Trib Research Center ; Open Library donne Setting the Record Straight About the End Times) : livre de réponse (Costa Mesa, The Word for Today, 2007, 240 p., avant-propos de Chuck Smith), qui juge la méthode, son application et la position réelle de Hanegraaff, et traite de Babylone, d’Israël moderne et des deux témoins. Hanegraaff et Hitchcock ont débattu de la date de l’Apocalypse le 10 décembre 2007 (voir Prétérisme partiel).
- Norman Geisler : recension en plusieurs parties (normangeisler.com). Accord sur les doctrines essentielles et sur plusieurs principes (le littéral n’est pas le littéraliste ; la partie s’interprète par le tout ; importance de la typologie). Désaccords : homme de paille (LaHaye pris pour tout le prémillénarisme), culpabilité par association, sophisme génétique sur Darby (p. 40-41), exagérations (dispensationalisme et darwinisme ; prétribulationisme « blasphématoire », p. 63-64 ; « 666 » certain), spiritualisation des promesses de la terre et du trône (2 S 7 ; Gn 15 ; Rm 11:29), lecture non littérale d’Ap 20, et datation tardive de l’Apocalypse. Geisler dit aussi que le livre lui attribue à tort une date avant 70 (p. 154-157). Il a ensuite répondu à la défense de Hanegraaff par Steve Gregg : appliquée jusqu’au bout, cette herméneutique mène au prétérisme complet.
- Thomas A. Howe (proche de Geisler), What the Bible Really Says? Breaking the Apocalypse Code : analyse point par point des arguments de Hanegraaff, d’abord publiée par l’auteur (2007, 201 p.), puis chez Wipf and Stock (2009, 212 p.).
- Kim Riddlebarger (amillénariste réformé) : salue la réfutation de Hagee, LaHaye et Lindsey, l’argument de « bientôt » et le Christ comme centre herméneutique, et la réponse à l’accusation d’antisémitisme ; mais il rejette la date avant 70, la Babylone-Jérusalem, l’accomplissement total de la bête en Néron et surtout l’idée d’une « venue » du Christ en 70. Il juge le ton condescendant, les procédés (« e2 », LIGHTS) contre-productifs, et ne donnerait le livre qu’à un lecteur déjà en train de quitter le dispensationalisme.
- Dillon Burroughs (dispensationaliste) le décrit comme une suite d’attaques personnelles contre LaHaye, au service du prétérisme de son roman.
- Réplique de Hanegraaff (equip.org, 12 juin 2009), à l’article d’Ice : il nie avoir traité LaHaye de raciste ou de blasphémateur ; il dit en critiquer les implications théologiques ; il affirme le droit à l’existence de l’État d’Israël tout en rejetant un État racialement exclusif ; il refuse l’étiquette de « théologie du remplacement », qu’il appelle l’arme ultime pour faire taire.
- Steve Gregg a défendu la position de Hanegraaff (réponse de Geisler, non datée). Aucune réponse écrite de LaHaye au livre lui-même n’a été trouvée.
Ce qu’on en sait et comment
Le livre n’a pas été lu. On connaît la table des matières (notice d’archive.org), la description de l’éditeur (CRI) et le contenu par quatre recensions (Ice, Geisler, Riddlebarger, résumé de Burroughs), toutes critiques, et par la réplique de Hanegraaff à Ice. Les pages citées viennent de Ice et de Geisler. Le portrait de la thèse est donc vu surtout à travers ses adversaires ; seule la réplique de 2009 donne la voix de l’auteur.
À vérifier
- Le texte du livre : la position exacte sur Ap 20 (millénium) et sur la « venue » de 70, que Riddlebarger lui attribue.
- La date de la recension de Riddlebarger et de la série de Geisler.
- La différence entre l’acronyme LIGHTS du livre et celui de l’article du CRI (T = teaching ministry, S = scriptural harmony).
- Le chiffre d’environ 350 mentions de LaHaye (affirmation d’Ice dans une conférence).
- Si les rééditions (2010, numérique) ont modifié le texte.
Voir aussi
- Hank Hanegraaff · Steve Gregg · Thomas Ice
- Prétérisme partiel · Les grands débats publics
- Date de l’Apocalypse · Apocalypse 1.1-3 · Israël, 1948 et la théologie du remplacement
- Autres ouvrages : Before Jerusalem Fell · The Days of Vengeance · Last Days Madness · Revelation - Four Views
Sources
- Internet Archive, notice The Apocalypse Code (Thomas Nelson, 2007 ; table des matières, pagination, ISBN), https://archive.org/details/apocalypsecodefi0000hane
- Goodreads, éditions de The Apocalypse Code, https://www.goodreads.com/work/editions/268114-the-apocalypse-code-find-out-what-the-bible-really-says-about-the-end-t
- CRI, « CRI Resource: The Apocalypse Code », https://www.equip.org/?p=158981
- CRI, « “LIGHTS” on Your Path through the Bible », https://www.equip.org/articles/l-i-g-h-t-s-to-the-word-of-god/
- Hank Hanegraaff, « Response to National Liberty Journal article on The Apocalypse Code by Thomas Ice », 12 juin 2009, https://www.equip.org/articles/article-by-thomas-ice/
- Thomas Ice, « A Review of Hank Hanegraaff’s The Apocalypse Code », https://pre-trib.org/dr-thomas-ice/message/a-review-of-hank-hanegraaff-s-the-apocalypse-code/read ; archive Liberty University (2009), https://digitalcommons.liberty.edu/pretrib_arch/100 ; Chafer Theological Seminary Journal 13/1 (2008), https://www.galaxie.com/article/ctsj13-1-06
- Thomas Ice, « Some Highs and Lows in the History of Hermeneutics » (conférence ; Breaking the Apocalypse Code ; mentions de LaHaye), https://www.deanbible.org/index-of-topics-2/message/6-some-highs-and-lows-in-the-history-of-hermeneutics
- Open Library, notice de Breaking the Apocalypse Code (Costa Mesa, The Word for Today, 2007, 240 p., LCCN 2010292218, ISBN 1597510351), https://openlibrary.org/books/OL25107530M
- Pre-Trib Research Center, Breaking the Apocalypse Code, https://www.pre-trib.org/store/item/17-breaking-the-apocalypse-code
- Norman Geisler, « A Review of Hank Hanegraaff’s The Apocalypse Code », https://normangeisler.com/?p=475 ; « A Response to Steve Gregg’s Defense of Hank Hanegraaff’s Partial Preterism », https://normangeisler.com/?p=479
- Goodreads, Thomas A. Howe, What the Bible Really Says? Breaking the Apocalypse Code, https://www.goodreads.com/work/editions/6433963-what-the-bible-really-says-breaking-the-apocalypse-code
- Kim Riddlebarger, « “The Apocalypse Code” — Hank Hanegraaf », https://kimriddlebarger.com/hanegraaf-apolcalypse-code
- Dillon Burroughs, « Examining Hank Hanegraaff’s The Apocalypse Code », https://jashow.org/articles/examining-hank-hanegraaffs-the-apocalypse-code
- Jim Jones, « LaHaye’s Tribulation », Christianity Today, février 2005, https://www.christianitytoday.com/?p=4423
- Fiches de ce recueil : Hank Hanegraaff, Les grands débats publics, Prétérisme partiel