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The Spirit of Prophecy

Livre fondateur du prétérisme complet moderne, publié en 1971 par un ministre des Églises du Christ de Warren (Ohio) : toute la prophétie, seconde venue, jugement, fin du monde et résurrection compris, s'accomplit à la chute du « monde juif » en 70, la loi étant l'ombre matérielle des réalités spirituelles qui arrivent alors. Il a provoqué une série de réfutations dans les Églises du Christ et le débat Nichols-King de 1973.

En bref

The Spirit of Prophecy (« L’esprit de la prophétie ») est le premier livre de Max R. King, alors ministre de l’Église du Christ de Parkman Road, à Warren (Ohio). Paru en 1971, il soutient que toutes les prophéties de l’Écriture se sont accomplies à la chute de Jérusalem en 70 : la seconde venue du Christ, le jour du jugement, la fin du monde et la résurrection des morts. La clé de lecture est le rapport entre la loi et la vérité : sous la loi, les réalités de Dieu existaient sous forme matérielle, comme modèles ; elles arrivent sous forme spirituelle quand le « monde » de l’ancienne alliance passe. C’est le texte qui a donné sa forme au Prétérisme complet moderne. Dès 1973, il a suscité des réfutations écrites dans les Églises du Christ et un débat public de quatre soirs avec Gus Nichols. L’auteur l’a refait entièrement en 2002.

Éditions

  • 1re édition, 1971. Le livre est publié à Warren (Ohio) ; Bill Reeves écrit en 1973 que King l’a « publié » lui-même, sans nommer d’éditeur. L’introduction est de C. D. Beagle, beau-père de King, connu dans la vallée de l’Ohio ; il y présente l’ouvrage comme le livre le plus éclairant jamais écrit sur la prophétie biblique (Truth Magazine, 1973, repris par la Parkway Church of Christ). La notice biographique du débat de 1973 confirme le lien : King a épousé en 1950 Navella J. Beagle. Le nombre de pages n’est pas établi ; King cite lui-même sa page 385 pendant le débat de 1973.
  • Tirage. Selon son fils Tim King (2023), environ 10 000 exemplaires de la première édition avaient circulé avant la refonte.
  • 2e édition, 2002. Bimillennial Press, Colorado Springs ; 452 pages ; bibliographie et index ; ISBN 0-9641388-6-7 et 0-9641388-7-5 ; LCCN 2002006144 (notice d’archive.org). La présentation de l’éditeur parle d’une édition « entièrement mise à jour et réécrite », conçue comme une introduction de lecture rapide à l’eschatologie, avec questions d’étude, résumés de chapitres et un post-scriptum de Tim King sur la vision « transmillénaire » (Goodreads). Tim King dit avoir ajouté ce texte comme chapitre 14.
  • Un exemplaire de la 2e édition est numérisé sur archive.org, en prêt contrôlé seulement (texte non accessible librement).

Plan

1re édition (1971). La table des matières n’a pas été trouvée. On en connaît quelques repères par l’auteur et ses critiques :

  • Les chapitres deux et trois portent, selon King lui-même, tout l’édifice : le contraste entre la loi (forme matérielle, ombre) et la vérité (forme spirituelle). Il reproche en 1973 aux recenseurs de ne jamais les avoir discutés (débat Nichols-King, p. 52).
  • Les chapitres trois et quatre exposent la règle qui distingue les prophéties à accomplissement littéral de celles à accomplissement spirituel (King, citant sa p. 385, débat, p. 61-62).
  • Pages citées par les critiques : la seconde venue et la fin du judaïsme (p. 83, 105), le monde « réservé pour le feu » de 2 P 3:7 (p. 131), le royaume et la Pentecôte (p. 138-140), le grand jour du jugement (p. 180), la résurrection (p. 194-225 environ, d’après Reeves).

2e édition (2002), d’après la notice de catalogue :

  1. Understanding Bible prophecy (Comprendre la prophétie biblique)
  2. The law and the truth (La loi et la vérité)
  3. Abraham had two sons (Abraham eut deux fils)
  4. Daniel’s seventy weeks (Les soixante-dix semaines de Daniel)
  5. The last days (Les derniers jours)
  6. The Second Coming (La seconde venue)
  7. The eternal kingdom (Le royaume éternel)
  8. The last judgment (Le jugement dernier)
  9. The end of the world (La fin du monde)
  10. The resurrection of the dead (La résurrection des morts)
  11. The fall of Jerusalem (La chute de Jérusalem)
  12. The book of Revelation (Le livre de l’Apocalypse)
  13. The plan of redemption (Le plan de la rédemption)
  14. The transmillennial view (La vision transmillénaire, par Tim King)

Thèse et arguments

Résumé d’après les passages cités par King lui-même en 1973 et par ses critiques ; le livre n’a pas été lu directement.

  • La loi, ombre des réalités spirituelles. Le tabernacle, le sacerdoce, les sacrifices, le temple, le trône, le royaume, Israël et Jérusalem existaient sous la loi en forme matérielle ; ils arrivent en forme spirituelle dans le Christ. Le passage de l’un à l’autre n’est pas achevé à la Pentecôte : il l’est à la fin de l’âge juif, quand « les cieux et la terre » de l’ancienne alliance passent (King, débat, p. 52-53).
  • Les deux fils d’Abraham. Le chapitre sur Ga 4 lit l’allégorie d’Agar et de Sara comme les deux alliances qui coexistent jusqu’à ce que l’esclave soit « chassée ». Reeves accuse King de forcer l’allégorie de Paul.
  • Le texte de temps. Les prophéties de la fin sont rattachées à la génération de Jésus : « cette génération ne passera point, que tout cela n’arrive » (Mt 24:34). Selon la citation qu’en donne la Westside Church of Christ, King écrit qu’aucun texte ne permet de prolonger la seconde venue au-delà de la chute du judaïsme (p. 105).
  • La fin du monde. Le monde voué à la destruction dans la prophétie est le monde juif, non la terre matérielle (p. 83) ; le monde « réservé pour le feu » de 2 P 3:7 est ce monde juif (p. 131). Voir Langage apocalyptique et décréation.
  • Le jugement. Le « grand jour du jugement » de la prophétie a eu lieu à la fin de ce monde, pour achever la rédemption commencée à la croix ; mais King précise que le jugement de Dieu continue d’agir aujourd’hui (p. 180, lu par lui pendant le débat). Il affirme aussi en 1973 croire à un enfer réel et renvoie à son livre.
  • La résurrection. Selon Reeves, King lit 1 Co 15:21-58 comme la montée du système chrétien après la chute du judaïsme, avec une application secondaire à la mort ; Jn 5:28-29 ne parle pas de tombeaux littéraux ; Ph 3:21 ne vise pas le corps physique (voir 1 Corinthiens 15).
  • Le règne et la Pentecôte. Selon un critique, King écrit que le Christ n’est pas venu dans son royaume avec puissance à la Pentecôte (p. 138), qui n’est que le commencement du royaume (p. 139).
  • Le millénium. Le point est flou dans les sources. Nichols reproche à King, en 1973, de faire tenir les « mille ans » d’Ap 20 dans environ deux ans (de la rédaction de l’Apocalypse, vers 68, à 70) ; King répond que son livre traite clairement la question et demande d’abord si les mille ans sont un symbole. Kurt Simmons écrit que le livre reconnaît deux périodes de mille ans, comparées aux deux pôles (p. 347), et fait de Gog et Magog la révolte juive contre Rome (p. 353). Dans son livre suivant, King fixe le millénium aux quarante ans qui précèdent 70 (voir The Cross and the Parousia of Christ).
  • Autres lectures (lecteur de Goodreads) : la bête d’Ap 17 rapprochée de Néron et de Vespasien, les deux témoins symboliques, l’homme du péché de 2 Th 2 identifié à Néron, l’arrêt des sacrifices en 66 rapproché de Dn 9:27 (voir Daniel 9.24-27).

Réception

  • Dans les Églises du Christ, réfutations immédiates. Truth Magazine publie de janvier à février 1973 (vol. XVII, n° 9-16) une série de huit articles de Bill Reeves, « The Preterist View Heresy ». Reeves examine le livre, des conférences de King à l’Église de Brookwood Way à Mansfield (1970) et des exposés devant des groupes de prédicateurs (1971). Il trouve le livre fastidieux et répétitif, lui reproche de jouer sur les mots « spirituel », « littéral », « matériel » et « figuré », et de forger un vocabulaire (« divinité cachée », « royaume non livré »). Il rapproche la doctrine de l’erreur d’Hyménée et Philète, qui disaient « que la résurrection est déjà arrivée » (2 Tm 2:18 ; voir Hyménée et Philète). L’éditeur du magazine signale aussi un débat de King à Cuyahoga Falls (Ohio) et le soutien de C. D. Beagle et de deux de ses fils.
  • Le débat Nichols-King (Warren, 17-20 juillet 1973). Gus Nichols, de Jasper (Alabama), attaque le livre directement ; King le défend en le citant (p. 180, p. 385). Détails dans Les grands débats publics. Un autre débat, McGuiggan-King, est publié sans date par la Warren Letter Shop (bibliographie de la Westside Church of Christ).
  • Wayne Jackson, The A.D. 70 Theory: A Review of the Max King Doctrine (Courier Publications, Stockton, Californie ; 1990 selon Garland M. Robinson, 2005 selon Goodreads), tiré de conférences : le système de King est faux. D’autres réfutations suivent dans les Églises du Christ (Terry Varner, 1981 ; Robert R. Taylor, 1973-1974 ; A Study of the A.D. 70 Doctrine, dir. Mike Willis, Guardian of Truth, 2006, d’après des bibliographies). Encore en 2018, un prédicateur d’Indianapolis consacre une série au livre, qu’il dit être la lecture la plus difficile de sa vie.
  • Conséquences. Selon Tim King, le livre a eu peu d’écho hors de sa tradition ; ceux qui l’ont remarqué l’ont condamné, des gens ont rompu la communion avec l’assemblée locale et des membres de la famille ont pris leurs distances. Wayne Jackson parle d’une procédure disciplinaire contre les partisans.
  • Influence. Ses éditeurs disent que le livre a changé, dans les années 1970 et 1980, la manière de penser les « derniers jours » (présentation Goodreads, partisane). Le site de Presence International, cité en 2018, dit qu’il a fait sortir l’« eschatologie de l’alliance » de l’ombre. Duncan W. McKenzie écrit que le paradigme prétériste complet a été introduit à l’époque moderne par King dans les années 1970 (cité par Wikipédia). Une grande partie du prétérisme complet actuel vient de ce milieu (Don K. Preston, William Bell).

Ce qu’on en sait et comment

Le livre n’a été lu ni dans l’une ni dans l’autre édition. Ce qu’on en dit vient : (1) de la transcription du débat Nichols-King, où King cite et commente son livre (lue en grande partie, PDF de seektheoldpaths.com) ; (2) des notices de catalogue de la 2e édition (archive.org, table des chapitres) ; (3) de recensions critiques des Églises du Christ (Reeves 1973, Westside 2018, Robinson 2026) et d’un critique prétériste (Simmons) ; (4) du témoignage de Tim King (2023) et de deux lecteurs de Goodreads. Les numéros de page cités par ces auteurs n’ont pas été contrôlés sur le livre, et il n’est pas toujours clair de quelle édition ils relèvent.

À vérifier

  • L’éditeur et le nombre de pages de la 1re édition (1971) ; la table des matières de 1971.
  • La pagination « A-1… A-225 » employée par Reeves (renvoie-t-elle au livre ou à un recueil de conférences ?).
  • De quelle édition relèvent les pages citées par Kurt Simmons (p. 314-318, 347, 353).
  • Le contenu exact de la position de King sur le millénium en 1971 (deux ans, quarante ans, ou deux périodes) et ce qu’il en dit plus loin dans le débat de 1973.
  • La date du débat McGuiggan-King et celle du débat de Cuyahoga Falls.
  • La date de la 1re édition du livre de Wayne Jackson (1990 ou 2005, peut-être deux éditions).
  • L’ISBN 1-934049-07-7 (réimpression postérieure à 2002 ?).
  • L’issue du débat de 1973 et la suite des réfutations dans Gospel Advocate, Firm Foundation ou Spiritual Sword (non trouvées).

Voir aussi

Sources