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Bible de Castellion

Traduction de Sébastien Castellion, humaniste savoyard brouillé avec Jean Calvin, publiée à Bâle en latin (1551) puis en français (1555).

Fiche de recherche, sources indiquées. Évaluation proposée, pas encore confirmée. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

Traduction de Sébastien Castellion, humaniste savoyard brouillé avec Jean Calvin, publiée à Bâle en latin (1551) puis en français (1555). C’est la première Bible française qui cherche délibérément la langue parlée du peuple plutôt que le calque des mots hébreux et grecs. Méprisée par Genève, elle est redécouverte au XIXe siècle et rééditée en 2005 (Bayard).

Histoire

Faits documentés. Castellion, recteur du collège de Genève, se brouille avec Calvin vers 1544 (sur le Cantique des cantiques, qu’il tient pour un poème profane, et sur la descente du Christ aux enfers). Il part pour Bâle, où il vit pauvrement comme correcteur chez l’imprimeur Jean Oporin, puis devient professeur de grec. La Bible latine paraît chez Oporin en 1551, dédiée au roi Édouard VI d’Angleterre. La Bible française paraît en 1555 chez Jean Hervage (Johann Herwagen), dédiée au roi Henri II. Après l’exécution de Michel Servet (1553), Castellion publie le De haereticis an sint persequendi (1554), plaidoyer pour la tolérance, ce qui fait de lui l’adversaire déclaré de Calvin et de Théodore de Bèze, qui attaquent violemment sa traduction.

Financement. Documenté : impression commerciale par des imprimeurs bâlois. Allégué : rien de notable. Non démontré : aucun commanditaire ; Castellion vivait dans la pauvreté.

Texte source et méthode

Traduit de l’hébreu et du grec. Castellion dit avoir eu « principalement égard aux idiots » (aux gens sans instruction) et avoir usé d’un langage « le plus entendible » possible (avertissement de 1555, cité par Gomez-Géraud, Camenae n° 3) ; il forge des mots populaires plutôt que de reprendre le vocabulaire d’Église : il remplace des termes savants ou latins par des équivalents familiers (par exemple « rongner » pour circoncire, « laver » pour baptiser, « brulage » pour holocauste, selon la recension de Francis Higman des éditions Droz de La Genèse (2003) et des Livres de Salomon (2008), Project MUSE). C’est une traduction dynamique avant la lettre. Il signale en note les passages qu’il ne comprend pas, au lieu de les deviner, ce qui est rare et honnête.

Passages témoins

PassageTraitement
Mt 24:34« génération » ou terme équivalent (à vérifier sur l’édition de 1555 ou celle de Bayard).
Ap 1:1À vérifier.
1 Jn 5:7-8À vérifier ; Castellion connaissait les doutes d’Érasme sur ce verset.
Mc 16:9-20Présent (à vérifier).
1 Tm 3:16À vérifier.
Ap 22:19Probablement « livre de vie », selon le grec d’Érasme (à vérifier).

Notes, livres et doctrine

Contient les apocryphes et même un complément de l’histoire juive tiré de Josèphe pour combler l’intervalle entre les Testaments (à partir de la seconde édition latine, 1554, puis dans la Bible française de 1555, selon Gomez-Géraud). Les notes de Castellion sont surtout explicatives. Sa doctrine de la tolérance et ses doutes sur la prédestination calviniste sont des faits historiques ; des auteurs l’ont aussi rapproché, à tort ou à raison, des courants antitrinitaires de Bâle (fait discuté par les historiens, non une position de Castellion clairement établie).

Ce qu’on lui reproche

  • Profaner le texte sacré par des mots profanes. Reproche de Jean Calvin et de Théodore de Bèze. Dans la Bible latine (1551), Castellion remplace des termes d’Église par du latin classique, par exemple lotio pour le baptême et genius pour l’ange ; dans la Bible française (1555), il forge des mots populaires. Bèze attaque sévèrement la version française. Pourquoi : Castellion veut une Bible « entendible » aux simples, sans jargon d’Église ; il s’en explique dans ses préfaces et dans sa Defensio suarum translationum Bibliorum (Bâle, Oporin, 1562). Réponse : Mélanchthon et d’autres humanistes ont salué la Bible latine ; des historiens modernes (Buisson, Gomez-Géraud) y voient une tentative pionnière de traduction pour le peuple.
  • Un français jugé vulgaire et peu harmonieux. Le premier conflit avec Calvin porte déjà sur sa traduction du Nouveau Testament. Pourquoi : choix délibéré de la langue parlée. Réponse : la redécouverte du XIXe siècle (Buisson, 1892) et la réédition de 2005 jugent ce français savoureux plutôt que fautif.
  • Lire le Cantique des cantiques comme un poème d’amour profane. C’est l’une des causes de sa rupture avec Calvin (1544), qui lui refuse le ministère pastoral. Passage : le Cantique. Pourquoi : Castellion le tient pour un chant humain, non pour une allégorie. Réponse : il ne demande pas pour autant de l’ôter de la Bible ; la question touche l’interprétation, non la traduction.
  • Mêler à la Bible un texte non biblique. La seconde édition de la Bible latine (1554), puis la Bible française (1555), ajoutent un complément tiré de Josèphe pour combler l’intervalle entre les Testaments. Qui l’a reproché précisément : à vérifier. Pourquoi : donner au lecteur la suite de l’histoire juive. Réponse : Castellion précise qu’il ne l’a pas ajouté « afin que ce que j’y ai ajouté soit tenu pour sainte écriture », mais pour aider à entendre l’Écriture (cité par Gomez-Géraud).

Versets ajoutés ou retirés

Pourquoi cette note

Qualités : traduite des originaux, indépendante de tout pouvoir, honnête sur ses incertitudes, accessible au peuple. Réserves : liberté de langue qui frôle parfois la paraphrase, et vocabulaire inventé qui déroute et éloigne le lecteur des mots de l’original. Sa faible diffusion est un fait historique, non un critère de la note. 3/5. L’homme, défenseur de la liberté de conscience, mérite sans doute mieux que sa traduction selon ce barème.

Voir aussi

Sources

  • Ferdinand Buisson, Sébastien Castellion, sa vie et son œuvre (1515-1563), Paris, Hachette, 1892.
  • Sébastien Castellion, La Bible nouvellement translatée, Bayard, 2005 (préface de Pierre Gibert et Jacques Roubaud, notes de Marie-Christine Gomez-Géraud).
  • P.-M. Bogaert (dir.), Les Bibles en français, Brepols, 1991.
  • Hans R. Guggisberg, Sebastian Castellio, 1515-1563: Humanist and Defender of Religious Toleration in a Confessional Age, Ashgate, 2003.
  • Frédéric Delforge, La Bible en France et dans la francophonie, Publisud / Société biblique française, 1991.
  • Philip Schaff, History of the Christian Church, t. VIII, ch. « Calvin and Castellio » (ccel.org), sur lotio, genius et le jugement de Calvin, de Bèze et de Mélanchthon.
  • Marie-Christine Gomez-Géraud, article sur la Bible de Castellion, Camenae n° 3, novembre 2007 (saprat.fr), consulté le 2026-10-27.
  • Francis Higman, recension de Sébastien Castellion, La Genèse (1555) (Droz, 2003) et Les Livres de Salomon (Droz, 2008), Project MUSE (muse.jhu.edu/article/369423), consultée le 2026-10-27 (revue et année à préciser).