En bref
Successeur de Jean Calvin à Genève, Bèze a publié neuf éditions du Nouveau Testament grec (dont quatre grandes, 1565, 1582, 1588-1589, 1598), accompagnées de sa traduction latine et d’annotations. Les traducteurs de la King James 1611 et de la Bible de Genève anglaise s’en sont servis plus que de toute autre. Il a possédé et donné à Cambridge le Codex de Bèze. Il a aussi introduit dans le texte au moins une conjecture sans appui manuscrit (Ap 16:5) et défendu la mise à mort des hérétiques.
Provenance et confession
Théodore de Bèze naît le 24 juin 1519 à Vézelay, dans une famille de petite noblesse ; son père est bailli de la ville, et un oncle, conseiller au Parlement de Paris, le fait instruire. Sa langue est le français ; il est formé très jeune au latin et au grec par l’helléniste Melchior Wolmar, à Orléans puis à Bourges, où il côtoie Calvin, et obtient une licence en droit à Orléans (1539). Tonsuré, il vit à Paris des revenus de deux bénéfices ecclésiastiques sans être prêtre. En 1544, il s’unit en secret à Claudine Denosse devant deux témoins, et garde ses bénéfices en cachant ses convictions ; en 1548, après une grave maladie, il rompt, part pour Genève et se marie publiquement. Il devient professeur de grec à Lausanne, puis pasteur et recteur à Genève. Aucune appartenance à une société ou un cercle n’est documentée.
Vie
- Né le 24 juin 1519 à Vézelay (Bourgogne), d’une famille noble. Élève de l’helléniste Melchior Wolmar à Orléans et Bourges, où il côtoie Calvin.
- Études de droit, vie mondaine à Paris, poèmes latins (Juvenilia, 1548). Après une grave maladie, il se convertit et part pour Genève (1548).
- Professeur de grec à Lausanne (1549-1558), puis recteur de l’Académie de Genève (1559).
- Il porte la parole protestante au colloque de Poissy (1561) et accompagne les armées huguenotes (1562-1563).
- Modérateur de la Compagnie des pasteurs après la mort de Calvin (1564-1580). Il meurt à Genève le 13 octobre 1605.
Influence sur la Bible et la doctrine
Faits documentés.
- Le texte grec de Bèze suit pour l’essentiel l’Editio Regia de Robert Estienne (1550), corrigé en un certain nombre de lieux. L’édition de 1598 est la principale source grecque de la King James.
- Il possédait deux grands manuscrits onciaux : le Codex de Bèze (D, Évangiles et Actes, Ve siècle environ), qu’il donna à l’université de Cambridge en 1581, et le Codex Claromontanus (Dp, épîtres de Paul). Il les cite dans ses notes mais s’en sert peu pour le texte, les jugeant trop singuliers.
- Ap 16:5 : là où les manuscrits grecs lisent « qui es et qui étais, le saint » (ho hosios), Bèze a imprimé « qui es, qui étais, et qui seras » (ho esomenos), par conjecture, en invoquant le parallèle d’Ap 1:4 et un vieux manuscrit qu’il n’a jamais identifié. La King James a suivi Bèze (« and shalt be »).
- Il a maintenu dans le texte la Comma Johanneum, déjà présente chez Érasme (depuis 1522) et Estienne, et défendu son authenticité.
- Il a participé aux révisions genevoises de la Bible française (1560, 1588) et aux notes de la Bible de Genève anglaise.
- Doctrine : prédestination supralapsaire, plus systématique que celle de Calvin ; De haereticis a civili magistratu puniendis (1554), réponse à Sébastien Castellion défendant la peine de mort contre les hérétiques ; Du droit des magistrats (1574), sur la résistance aux tyrans, après la Saint-Barthélemy.
Interprétation. Bèze est un savant de premier ordre et un défenseur infatigable des Églises réformées. Mais sa conjecture d’Ap 16:5 est précisément ce que le barème reproche aux éditeurs modernes : changer le texte sans manuscrit, par raisonnement. Que ce changement soit passé dans la King James mérite d’être dit clairement aux défenseurs du Textus Receptus. Son plaidoyer pour l’exécution des hérétiques est une autre ombre.
Financement et réseaux
- Documenté : il vivait de ses charges à Lausanne et Genève (Berne, puis la République de Genève) ; ses éditions étaient publiées par des imprimeurs genevois (Henri Estienne notamment).
- Allégué : rien de sérieux.
- Non démontré : aucun financement particulier de ses éditions.
Signaux d’alerte
- 1. Passé caché ou mensonger (documenté) : de 1544 à 1548, il garde des bénéfices catholiques tout en cachant ses convictions réformées et une union secrète (Schaff, d’après les sources genevoises). Il a lui-même raconté cette période dans sa Confession de la foi chrétienne (épître à Wolmar, 1560), ce qui en atténue la portée.
- 5. Texte affaibli ou modifié (documenté) : la conjecture d’Ap 16:5 (« et qui seras »), introduite sans manuscrit grec identifié, passée dans la King James.
- 7. Pouvoir politique servi (documenté) : aumônier de l’armée du prince de Condé (1562-1563) et auteur du Droit des magistrats (1574), qui justifie la résistance armée du parti huguenot.
- 1. Passé caché ou mensonger (allégué par Jérôme Bolsec, dans Histoire de la vie… de Théodore de Bèze, 1582) : débauche de jeunesse, tirée de ses poèmes latins ; Schaff y voit un libelle sans valeur historique.
Conclusion : trois signaux documentés, mais de nature différente : une dissimulation de jeunesse avouée, un engagement politique public, et une conjecture textuelle. C’est cette dernière qui mérite une enquête plus poussée : le « vieux manuscrit » qu’il invoque pour Ap 16:5 n’a jamais été identifié.
Pourquoi cette note
Trois étoiles : apport réel et durable (texte grec de la King James, conservation de deux grands manuscrits, révision des Bibles de Genève), mais une conjecture introduite dans le texte sacré, une Comma maintenue alors que les manuscrits grecs l’ignorent, et la défense de la mise à mort des hérétiques. On peut défendre quatre étoiles pour le service rendu au texte de la King James ; la conjecture d’Ap 16:5 retient à trois.
Voir aussi
- Textus Receptus
- Robert Estienne
- Érasme
- King James 1611
- Bible de Genève anglaise
- Jean Calvin, Sébastien Castellion
- Lancelot Andrewes
Sources
- Irena Backus, The Reformed Roots of the English New Testament: The Influence of Theodore Beza on the English New Testament, Pittsburgh, 1980.
- Alain Dufour, Théodore de Bèze, poète et théologien, Genève, Droz, 2006.
- Scott M. Manetsch, Theodore Beza and the Quest for Peace in France, Leyde, Brill, 2000.
- Bèze, Iesu Christi D. N. Novum Testamentum, Genève, 1598 (annotation sur Ap 16:5).
- Philip Schaff, History of the Christian Church, vol. 8, chap. 19 (sur Bèze, Claudine Denosse et le libelle de Bolsec).
- Théodore de Bèze, Confession de la foi chrétienne, Genève, 1559-1560 (épître à Melchior Wolmar, récit de sa conversion).