Fiche de recherche, sources indiquées. Évaluation proposée, pas encore confirmée. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.
En bref
La Bible des Églises réformées de langue française pendant deux siècles. C’est la Bible d’Olivétan révisée à Genève par Jean Calvin et ses successeurs, jusqu’à l’édition de référence de 1588, « revue par les pasteurs et professeurs de l’Église de Genève ». Elle est la base de la Bible de Martin et de la Bible d’Ostervald. À ne pas confondre avec la Bible de Genève anglaise (1560), sa cousine.
Histoire
Faits documentés. Dès 1546, Calvin corrige le Nouveau Testament d’Olivétan ; d’autres révisions suivent (1551, 1553, 1560), avec la collaboration de Théodore de Bèze et l’apport typographique de Robert Estienne, réfugié à Genève en 1550. Estienne introduit dans sa Bible française de 1553 la division en versets qu’il venait d’appliquer au grec (1551). En 1588, la Compagnie des pasteurs publie une révision complète, menée surtout par Bèze et l’hébraïsant Corneille Bertram, avec Simon Goulart et d’autres. Cette édition restera le texte courant des huguenots jusqu’au XVIIIe siècle.
Financement. Documenté : la Compagnie des pasteurs et le Conseil de Genève encadrent les révisions ; les imprimeurs genevois (Estienne, Jean Crespin, puis d’autres) les publient à leurs frais, comme un commerce, ce qui explique les nombreuses éditions. Allégué : rien de notable. Non démontré : aucun financement extérieur à Genève et aux Églises réformées.
Texte source et méthode
Ancien Testament révisé sur l’hébreu ; Nouveau Testament révisé sur le grec reçu, en particulier les éditions d’Estienne (1550) et de Bèze (1565 et suivantes). Méthode formelle, mot à mot, avec mots ajoutés parfois signalés. La langue, rugueuse en 1535, est polie de révision en révision.
Passages témoins
| Passage | Traitement |
|---|---|
| Mt 24:34 | « cette génération » (comme toute la tradition réformée). |
| Ap 1:1 | « bientôt » (à vérifier sur l’édition de 1588). |
| 1 Jn 5:7-8 | Présent, conforme au grec de Bèze. |
| Mc 16:9-20 | Présent, sans signe. |
| 1 Tm 3:16 | « Dieu a été manifesté en chair », selon Bèze. |
| Ap 22:19 | « livre de vie », leçon de Bèze et du Textus Receptus. |
Notes, livres et doctrine
Les apocryphes sont présents dans les premières éditions, séparés et précédés d’un avertissement ; ils disparaissent de nombreuses éditions ultérieures. Les éditions genevoises portent des sommaires et des notes marginales de doctrine réformée (prédestination, rejet de la messe, papauté identifiée à l’Antéchrist dans certaines notes sur l’Apocalypse, lecture historiciste). Voir Historicisme.
Ce qu’on lui reproche
- Des « dépravations » du texte au service de Genève. C’est le grand réquisitoire catholique : le jésuite Pierre Coton, confesseur d’Henri IV puis de Louis XIII, publie à Paris en 1618 Genève plagiaire, ou vérification des dépravations de la parole de Dieu qui se trouvent ès Bibles de Genève. Il relève des passages où, selon lui, la traduction plie le texte à la doctrine réformée (la liste précise des versets est à vérifier dans l’ouvrage). Pourquoi ces choix : les réviseurs genevois disent traduire sur l’hébreu et le grec et non sur la Vulgate, ce qui explique une partie des écarts relevés. Réponse : Bénédict Turrettini, Défense de la fidélité des traductions de la S. Bible faites à Genève (Genève, 1618-1620), puis Théodore Tronchin, Coton plagiaire (1620).
- Les notes marginales confessionnelles. Reproche catholique, et aujourd’hui de lecteurs de toutes confessions : sommaires et notes enseignent la prédestination et, dans certaines éditions, identifient la papauté à l’Antéchrist dans l’Apocalypse. Pourquoi : la lecture historiciste de l’Apocalypse est alors celle des réformateurs (voir Historicisme). Réponse : ce sont des notes et non le texte ; elles disparaissent de beaucoup d’éditions ultérieures.
- Suivre le grec imprimé de Bèze, y compris ses leçons faibles. Reproche des critiques textuels modernes (par exemple Bruce Metzger, A Textual Commentary on the Greek New Testament) : la Comma johannique et « livre de vie » en Ap 22:19 viennent de la tradition latine et non des manuscrits grecs anciens ; pour Ap 22:16-21, Érasme, faute de manuscrit grec complet, avait retraduit le latin. Pourquoi : en 1588, ces éditions imprimées étaient le seul grec disponible. Réponse : les défenseurs du Textus Receptus (par exemple Edward F. Hills) soutiennent que la providence a conservé le bon texte dans la tradition reçue.
Versets ajoutés ou retirés
D’après le grec de Bèze qu’elle suit et le texte de sa descendante, la Bible de Martin (l’édition de 1588 elle-même n’a pas été consultée) :
- 1 Jean 5-7-8 - la Comma johannique : présent.
- Marc 16-9-20 - la finale de Marc : présent, sans signe.
- 1 Timothée 3-16 - Dieu manifesté : « Dieu ».
- Apocalypse 22-19 - livre de vie ou arbre de vie : « livre de vie ».
- Apocryphes présents à part dans les premières éditions, absents de beaucoup d’éditions ultérieures.
Pourquoi cette note
Qualités : traduction fidèle et littérale des originaux, sur les meilleures éditions imprimées de l’époque ; œuvre collective, révisée sur plusieurs décennies, financée par les Églises et le commerce. Réserves : notes marginales confessionnelles (calvinisme, identification de la papauté à l’Antéchrist dans une lecture historiciste de l’Apocalypse) ; ce sont des notes et non le texte, mais elles orientent la lecture, et le barème les compte comme il compterait des notes catholiques, futuristes ou prétéristes. 4/5.
Voir aussi
- Jean Calvin · Théodore de Bèze · Robert Estienne
- Bible d’Olivétan · Bible de Martin · Bible d’Ostervald
- Bible de Genève anglaise · Textus Receptus · Historicisme
Sources
- P.-M. Bogaert (dir.), Les Bibles en français, Brepols, 1991.
- B. T. Chambers, Bibliography of French Bibles, t. I et II, Droz, 1983-1994.
- Max Engammare, études sur les Bibles genevoises (Bulletin de la Société de l’histoire du protestantisme français), à préciser.
- Frédéric Delforge, La Bible en France et dans la francophonie, Publisud / Société biblique française, 1991.
- Daniel Lortsch, Histoire de la Bible en France, Paris, Société biblique britannique et étrangère, 1910.
- Article « Traductions de la Bible en français », Wikipédia (consulté le 2026-10-27).
- Pierre Coton, Genève plagiaire, ou vérification des dépravations de la parole de Dieu qui se trouvent ès Bibles de Genève, Paris, 1618.
- Bénédict Turrettini, Défense de la fidélité des traductions de la S. Bible faites à Genève, Genève, 1618-1620 (deux ou trois volumes selon les notices) ; Théodore Tronchin, Coton plagiaire, 1620 (Dictionnaire historique de la Suisse ; Wikipédia anglaise « Bénédict Turrettini », consultés le 2026-10-27).
- Bruce M. Metzger, A Textual Commentary on the Greek New Testament, United Bible Societies, 1971 (2e éd. 1994), sur 1 Jn 5:7-8 et Ap 22:19.
- Edward F. Hills, The King James Version Defended, 1956, pour la défense du texte reçu.