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Carlo Maria Martini

Carlo Maria Martini est le jésuite qui a siégé au comité éditorial du Greek New Testament des Sociétés bibliques unies et, par là, du Nestle-Aland, le texte grec qui sert de base à presque toutes les Bibles protestantes modernes.

En bref

Carlo Maria Martini est le jésuite qui a siégé au comité éditorial du Greek New Testament des Sociétés bibliques unies et, par là, du Nestle-Aland, le texte grec qui sert de base à presque toutes les Bibles protestantes modernes. Spécialiste du Codex Vaticanus, recteur de l’Institut biblique pontifical, puis archevêque de Milan et cardinal, il est le symbole du rapprochement entre les Sociétés bibliques protestantes et Rome dans l’établissement du texte.

Provenance et confession

Carlo Maria Martini naît à Turin le 15 février 1927 (certaines notices disent Orbassano, près de Turin), deuxième des trois enfants de l’ingénieur Leonardo Martini et d’Olga Maggia, dans une famille de la bourgeoisie turinoise. De langue italienne et de confession catholique, il fréquente l’Istituto Sociale, collège jésuite de Turin, et entre dans la Compagnie de Jésus le 25 septembre 1944, à dix-sept ans. Il étudie la théologie à la faculté de Chieri et est ordonné prêtre le 13 juillet 1952 par le cardinal Maurilio Fossati, archevêque de Turin. Il obtient ensuite un doctorat en théologie à l’Université grégorienne et un doctorat en Écriture sainte à l’Institut biblique pontifical (1966). Son appartenance religieuse est publique et connue de tous ses collègues : jésuite, puis archevêque de Milan (1979) et cardinal (1983). Aucune conversion ni rupture ; aucune appartenance à une loge, un club ou un cercle n’est documentée.

Vie

Né à Turin en 1927, Martini entre dans la Compagnie de Jésus en 1944 et est ordonné prêtre en 1952. Il obtient un doctorat en théologie à la Grégorienne (1958, thèse sur le problème historique de la Résurrection), puis un doctorat en Écriture sainte à l’Institut biblique pontifical (1966), avec une thèse sur les rapports entre le papyrus Bodmer XIV-XV (P75) et le Codex Vaticanus (Il problema della recensionalità del codice B alla luce del papiro Bodmer XIV). Il devient recteur de l’Institut biblique pontifical (1969-1978), puis brièvement de l’Université grégorienne (1978-1979). Jean-Paul II le nomme archevêque de Milan en 1979 ; il est créé cardinal en 1983. Retiré à Jérusalem après 2002, il revient en Italie, malade, et meurt à Gallarate le 31 août 2012.

Influence sur la Bible et la doctrine

Les faits.

  • Martini rejoint le comité du Greek New Testament des UBS pour la deuxième édition (1968), aux côtés de Kurt Aland, Matthew Black, Bruce Metzger et Allen Wikgren. Il reste membre pour les éditions suivantes, dont la 3e (1975) et la 4e (1993), et son nom figure parmi les éditeurs du Nestle-Aland 26 (1979) et 27 (1993).
  • Ce comité décidait des leçons par vote. Un jésuite a donc voté, avec des protestants, sur le texte que lisent aujourd’hui les Églises évangéliques.
  • Sa thèse soutient que le texte du Vaticanus n’est pas une recension tardive, puisqu’il est déjà présent dans P75 vers 200. C’est un argument réel en faveur de l’ancienneté de ce type de texte.
  • Comme archevêque, il est connu pour ses positions ouvertes sur des questions morales et ecclésiales ; dans un entretien publié après sa mort (Corriere della Sera, septembre 2012), il dit que l’Église a « deux cents ans de retard ».

Interprétation. La présence de Martini est un fait public, mentionné dans les préfaces : il n’y a pas de complot caché. Elle montre que le texte grec des Bibles évangéliques modernes est un produit interconfessionnel, dans la ligne de l’accord de 1968 entre les Sociétés bibliques et le Vatican. Les avis divergent : des protestants attachés à l’indépendance de leurs Bibles à l’égard de Rome y voient une alliance difficile à justifier ; d’autres, et les Sociétés bibliques elles-mêmes, y voient le signe que l’établissement du texte est une affaire de compétence savante, non de confession. Sur le plan scientifique, l’argument de P75 est sérieux : il prouve qu’un texte proche du Vaticanus existait vers 200, non qu’il est à lui seul le plus fidèle à l’original.

Financement et réseaux

  • Documenté : Martini est financé, comme tout jésuite, par sa Compagnie et par les institutions pontificales qu’il dirige ; le comité UBS est financé par les Sociétés bibliques.
  • Allégué : des auteurs « King James seule » et des sites conspirationnistes présentent Martini comme un agent placé par les jésuites pour corrompre la Bible protestante, voire comme un candidat « libéral » à la papauté préparé à cette fin. Aucune source ne montre un mandat de ce genre.
  • Non démontré : qu’il ait imposé des leçons particulières contre l’avis des autres ; les votes individuels du comité ne sont pas publiés en détail.

Signaux d’alerte

  • 8. Double allégeance (allégué par des auteurs « King James seule » et des sites conspirationnistes, sans source précise vérifiée) : Martini aurait été placé par les jésuites pour corrompre le texte des Bibles protestantes. Le fait documenté est sa présence, publique, d’un prêtre jésuite dans un comité interconfessionnel. Être catholique ou jésuite ne suffit pas à cocher ce signal : il faudrait une source montrant qu’il a servi dans ce travail une autre fidélité que le texte, par exemple des instructions de son ordre ou du Vatican sur des leçons précises. Aucune source connue ne le montre, et les votes individuels du comité ne sont pas publiés.

Conclusion : rien de suspect documenté sur l’homme. Le seul point qui mériterait une enquête plus poussée est le détail des votes du comité UBS de 1968 à 1993, s’il devenait accessible dans les archives des Sociétés bibliques.

Pourquoi cette note

Trois étoiles (note recalculée lors de la relecture de neutralité ; elle était de deux, fondée sur un jugement confessionnel). Critères du barème : transparence et honnêteté bonnes (appartenance publique, nom imprimé dans les préfaces, thèse publiée) ; indépendance : membre d’un comité financé par les Sociétés bibliques, prêtre d’un ordre connu, sans influence démontrée de cet ordre sur ses votes ; fidélité au texte discutée : il a contribué à un texte critique fondé surtout sur les manuscrits alexandrins, choix savant que contestent les défenseurs du texte byzantin. Un apport réel, dont l’effet sur la transmission reste débattu.

Voir aussi

Sources

  • C. M. Martini, Il problema della recensionalità del codice B alla luce del papiro Bodmer XIV, Rome, Institut biblique pontifical, 1966.
  • The Greek New Testament, 2e éd., UBS, 1968, et 3e éd., 1975 (liste des éditeurs).
  • Bruce M. Metzger, A Textual Commentary on the Greek New Testament, UBS, 1971 (préface).
  • Salle de presse du Saint-Siège, biographie du cardinal Martini.
  • Entretien avec Georg Sporschill, Corriere della Sera, 1er septembre 2012.
  • Fondazione Carlo Maria Martini, biographie (fondazionecarlomariamartini.it) : parents, entrée chez les jésuites (1944), ordination (1952).