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En bref
Le cessationnisme enseigne que les dons miraculeux ou de révélation (apostolat, prophétie, parler en langues, guérisons et miracles comme signes) ont cessé avec la fin de l’âge apostolique et la clôture du canon du Nouveau Testament. Dieu peut toujours guérir en réponse à la prière, mais il ne donne plus ces dons à des personnes comme signes accréditant une révélation nouvelle. La position est répandue chez les réformés, les presbytériens conservateurs, une partie des baptistes et des dispensationalistes. Elle s’oppose au continuationnisme du Pentecôtisme et parler en langues et des charismatiques.
Origine et généalogie
Premières attestations documentées : le constat.
- Jean Chrysostome, Homélies sur la première épître aux Corinthiens 29 (Antioche, vers 390-397), sur 1 Co 12 : le passage est très obscur, parce que les faits dont il parle « arrivaient alors et n’arrivent plus maintenant ». C’est un constat, pas une théorie.
- Augustin d’Hippone, De la vraie religion 25, 47 (vers 390) : les miracles n’ont pas été autorisés à durer jusqu’à nos jours ; Homélies sur la première épître de Jean 6, 10 : les langues étaient un signe adapté à leur temps. Nuance documentée : Augustin corrige plus tard sa position (Rétractations I, 13, 7, vers 426-427) et rapporte de nombreuses guérisons contemporaines à Hippone (La Cité de Dieu XXII, 8). Les deux camps le citent.
- Les deux Pères ne nient pas les miracles de leur temps, mais constatent la disparition des dons de la Pentecôte.
Précurseurs revendiqués par les continuationnistes (contre le cessationnisme) : la Didachè 11 (prophètes itinérants), Justin (Dialogue avec Tryphon 82 : les dons prophétiques sont encore chez nous), Irénée (Contre les hérésies II, 32, 4 ; V, 6, 1), Tertullien montaniste. Les cessationnistes répondent que ces témoignages décroissent nettement après le IIe siècle.
La Réforme. Contre les miracles invoqués par Rome pour prouver sa doctrine, Jean Calvin écrit dans l’épître au roi François Ier (préface de l’Institution, 1536) que les miracles ont servi à sceller l’Évangile une fois pour toutes ; voir aussi Institution IV, 19, 18 sur l’onction des malades. La Confession de Westminster (1646), chapitre I, 1, affirme que les anciennes manières par lesquelles Dieu révélait sa volonté « ont maintenant cessé » (those former ways… being now ceased), au sujet de la révélation. John Owen et Jonathan Edwards (Charity and Its Fruits, sermons de 1738, publiés en 1852) défendent des formes de la thèse.
Forme systématique. Benjamin Breckinridge Warfield, professeur au séminaire de Princeton, donne les Thomas Smyth Lectures au séminaire de Columbia (Caroline du Sud) en 1917, publiées sous le titre Counterfeit Miracles (New York, Scribner, 1918). Thèse : les dons de signes étaient « les lettres de créance des apôtres », transmis par l’imposition de leurs mains, et ont disparu avec ceux qui les avaient reçus d’eux. Il y examine les miracles patristiques, les miracles catholiques, Irving, la guérison par la foi et la Christian Science.
Diffusion récente. Richard B. Gaffin Jr., Perspectives on Pentecost (1979) ; John MacArthur, The Charismatics (1978), Charismatic Chaos (1992), conférence et livre Strange Fire (octobre 2013) ; Bibles d’étude dispensationalistes et réformées. Débat contradictoire : Wayne Grudem (dir.), Are Miraculous Gifts for Today? Four Views (1996).
Chronologie.
- vers 390 : Augustin, De la vraie religion 25, 47.
- vers 390-397 : Chrysostome, Homélie 29 sur 1 Corinthiens.
- vers 426-427 : Augustin nuance (Rétractations).
- 1536 : Calvin, épître à François Ier.
- 1646 : Confession de Westminster I, 1.
- 1918 : Warfield, Counterfeit Miracles.
- 1979 : Gaffin, Perspectives on Pentecost.
- 2013 : Strange Fire.
Ce que dit la doctrine
- Les apôtres et les prophètes du Nouveau Testament forment le fondement de l’Église, posé une fois pour toutes.
- Les dons de signes servaient à authentifier ce fondement et la révélation écrite ; le canon achevé, leur fonction cesse.
- Dieu continue de guérir et d’agir de façon providentielle ; ce qui a cessé, c’est l’attribution de dons de signes à des individus et la révélation nouvelle.
- Il existe des formes « strictes » et des formes « ouvertes mais prudentes » (Grudem, Four Views).
Arguments de ses partisans
- Le fondement : l’Église est édifiée « sur le fondement des apôtres et des prophètes » (Ep 2:20) ; un fondement ne se pose qu’une fois.
- Les signes de l’apôtre : « Les preuves de mon apostolat ont éclaté au milieu de vous… par des signes, des prodiges et des miracles » (2 Co 12:12) ; He 2:3-4 parle au passé de la confirmation par des miracles.
- La foi transmise une fois pour toutes (Jude 3) ; l’avertissement d’Ap 22:18 contre l’ajout au livre.
- 1 Co 13:8-10 : prophéties et langues cesseront « quand ce qui est parfait sera venu », lu par certains comme le canon achevé (lecture minoritaire même chez les cessationnistes, beaucoup l’appliquant au retour du Christ).
- L’histoire : déclin des dons après l’âge apostolique, constaté par Chrysostome.
- La pratique : des langues modernes qui ne sont pas des langues humaines, des prophéties qui ne se réalisent pas (Dt 18:22).
Critiques de ses opposants
- Aucun texte ne dit que les dons cesseront avec les apôtres ; 1 Co 13:10-12 (« face à face ») vise plus naturellement le retour du Christ, lecture reconnue par plusieurs cessationnistes eux-mêmes (Gaffin).
- Les dons sont donnés à l’Église jusqu’à ce que tous parviennent à l’unité et à la stature du Christ (Ep 4:11-13) ; les Corinthiens attendent le retour du Christ sans manquer d’aucun don (1 Co 1:7).
- Les Pères du IIe siècle (Justin, Irénée) attestent des dons ; Augustin a corrigé sa propre thèse.
- Warfield aurait bâti un argument historique influencé par le rationalisme de son époque et par la polémique anticatholique (critique de Jon Ruthven, On the Cessation of the Charismata, 1993).
- Les témoignages contemporains de guérisons et de prophéties dans les Églises du Sud global (Craig S. Keener, Miracles, 2011).
- Jack Deere, ancien professeur du Dallas Theological Seminary, a raconté son abandon du cessationnisme (Surprised by the Power of the Spirit, 1993).
Textes clés
Ac 2:43 ; 1 Co 1:7 ; 12:28-31 ; 13:8-12 ; 14:1-5 ; 2 Co 12:12 ; Ep 2:20 ; 4:11-13 ; He 2:3-4 ; Jude 3 ; Ap 22:18.
Bibles d’étude qui la portent. La MacArthur Study Bible (1997) présente une lecture cessationniste des dons (notes sur 1 Co 12-14) ; la Scofield Reference Bible et la Bible Scofield en français annotent dans un sens proche pour les dons de signes, dans le cadre du Dispensationalisme (à vérifier note par note).
Voir aussi
- Pentecôtisme et parler en langues · Nouvelle réforme apostolique · Sola scriptura · Inerrance biblique
- Augustin d’Hippone · Jean Calvin · Dallas Theological Seminary
Sources
- Jean Chrysostome, Homélies sur la première épître aux Corinthiens 29, 1 (PG 61).
- Augustin, De vera religione 25, 47 ; In epistulam Ioannis 6, 10 ; Retractationes I, 13, 7 ; De civitate Dei XXII, 8.
- Justin, Dialogue avec Tryphon 82 ; Irénée, Contre les hérésies II, 32, 4 ; Didachè 11.
- Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, épître au roi (1536) ; IV, 19, 18.
- Confession de foi de Westminster (1646), chapitre I, 1.
- Benjamin B. Warfield, Counterfeit Miracles, New York, Scribner, 1918.
- Richard B. Gaffin Jr., Perspectives on Pentecost, Presbyterian and Reformed, 1979.
- Wayne Grudem (dir.), Are Miraculous Gifts for Today? Four Views, Zondervan, 1996.
- John MacArthur, Strange Fire, Nelson, 2013.
- Jon Ruthven, On the Cessation of the Charismata, Sheffield Academic Press, 1993.
- Craig S. Keener, Miracles: The Credibility of the New Testament Accounts, Baker, 2011.