Critère de la note : fiabilité comme base de traduction, c’est-à-dire soin de la copie, accord avec les autres témoins anciens et avec la tradition de l’Église, absence d’ajouts et de retranchements propres. L’ancienneté compte, mais elle ne suffit pas.
En bref
Le Codex Bezae est un manuscrit bilingue : le grec à gauche, le latin à droite, ligne par ligne. Il contient les Évangiles et les Actes, avec un texte qui s’écarte plus qu’aucun autre des autres manuscrits grecs : ajouts, omissions, paraphrases. Il porte le nom de Théodore de Bèze, qui l’a offert à l’Université de Cambridge en 1581. C’est aussi le plus ancien manuscrit grec qui contienne la femme adultère (Jn 7:53-8:11).
Histoire
Faits documentés.
- Copié vers 400 selon la datation la plus reçue (D. C. Parker) ; le lieu de copie est discuté (Béryte, aujourd’hui Beyrouth, a été proposée par Parker ; d’autres proposent l’Occident latin).
- Au IXe siècle, il est à Lyon, où des mains médiévales le complètent ; il était à l’abbaye Saint-Irénée de Lyon. Il est emporté lors du pillage de la ville par les troupes protestantes en 1562 et parvient à Bèze.
- Robert Estienne en a cité des leçons dans l’Édition de Stephanus 1550 (sous la lettre β), d’après une collation faite en Italie.
- 1581 : Bèze l’offre à l’Université de Cambridge, en écrivant qu’il vaut mieux le garder que le publier, à cause de ses divergences.
- 1793 : fac-similé typographique de Thomas Kipling ; 1864 : édition de Frederick Henry Ambrose Scrivener ; 1899 : fac-similé photographique ; aujourd’hui entièrement numérisé par la Cambridge University Library.
Fiabilité : arguments
Pour.
- Témoin ancien, qui conserve une forme de texte connue aussi par la Vetus Latina, certains Pères (Irénée) et des versions syriaques : le texte « occidental » est attesté dès le IIe siècle.
- Il garde la femme adultère, la finale de Marc (en partie de première main, la fin, 16:15-20, sur un feuillet suppléé) et plusieurs leçons longues que les manuscrits alexandrins n’ont pas.
Réserves.
- Son texte des Actes est beaucoup plus long que celui des autres manuscrits (près d’un dixième de plus selon les estimations courantes) ; il contient des additions inconnues ailleurs, comme, en Lc 6:5, une parole de Jésus à un homme qui travaille le sabbat.
- À l’inverse, il omet des passages de la fin de Luc que les autres manuscrits portent (les « non-interpolations occidentales » de Westcott et Hort).
- Le grec et le latin se sont influencés l’un l’autre ; la part du copiste est difficile à mesurer.
- Les éditeurs de toutes écoles (critiques comme byzantins) s’accordent à ne pas en faire une base de texte.
Passages témoins
| Passage | Traitement |
|---|---|
| Mt 24:34 | « cette génération » |
| Ap 1:1 et 22:10 | absents (pas d’Apocalypse) |
| 1 Jn 5:7-8 | non conservé |
| Mc 16:9-20 | présent : 16:9-14 de première main ; 16:15-20 sur un feuillet suppléé par une main plus tardive (feuillets de remplacement copiés à Lyon au IXe siècle selon la notice de Cambridge) |
| Jn 7:53-8:11 | présent : le plus ancien manuscrit grec qui le contienne |
| 1 Tm 3:16 | absent (pas d’épîtres de Paul ; voir le Codex Claromontanus) |
| Ap 22:19 | absent |
| Ac 8:37 | lacune (Ac 8:29-10:14 manquent) |
Financement
- Documenté : don de Bèze à Cambridge (1581) ; éditions financées par l’Université de Cambridge ; numérisation par la Cambridge University Library.
- Allégué : aucune allégation sérieuse.
- Non démontré : sans objet.
Pourquoi cette note
Deux étoiles : un témoin ancien, utile pour l’histoire du texte et pour la femme adultère, mais un texte libre, chargé d’ajouts et d’omissions propres, que ni les éditeurs critiques ni les défenseurs du texte byzantin ne retiennent comme base.
Voir aussi
- Théodore de Bèze · Édition de Bèze 1598 · Édition de Stephanus 1550 · Frederick Henry Ambrose Scrivener
- Vetus Latina · Codex Sinaiticus · Codex Vaticanus · Codex Washingtonianus · Texte de Westcott et Hort · Mouvement de critique textuelle
Sources
- Cambridge University Library, MS Nn.2.41, Cambridge Digital Library (cudl.lib.cam.ac.uk), images et notice.
- F. H. A. Scrivener (éd.), Bezae Codex Cantabrigiensis, Cambridge, Deighton, Bell, 1864.
- D. C. Parker, Codex Bezae: An Early Christian Manuscript and its Text, Cambridge University Press, 1992.
- D. C. Parker et C.-B. Amphoux (dir.), Codex Bezae: Studies from the Lunel Colloquium, June 1994, Leyde, Brill, 1996.
- Eldon Jay Epp, The Theological Tendency of Codex Bezae Cantabrigiensis in Acts, Cambridge University Press, 1966.
- Josep Rius-Camps et Jenny Read-Heimerdinger, The Message of Acts in Codex Bezae, 4 vol., Londres, T&T Clark, 2004-2009.
- Bruce M. Metzger, A Textual Commentary on the Greek New Testament, 2e éd., 1994 (introduction au texte occidental des Actes).