Critère de la note : fiabilité comme base de traduction, c’est-à-dire accord avec la masse des manuscrits, soin de l’édition, transparence sur les variantes, absence de leçon introduite sans appui.
En bref
L’Editio Regia (« édition royale ») de Robert Estienne (Stephanus en latin), imprimée à Paris en 1550 avec les caractères grecs du roi François Ier, est une des formes classiques du Textus Receptus. Elle suit pour l’essentiel la 4e et la 5e édition d’Érasme, mais elle est la première à indiquer en marge les leçons d’une quinzaine de manuscrits et de la Polyglotte d’Alcalá. En Grande-Bretagne, « le Stephanus 1550 » est resté le texte grec de référence jusqu’au XIXe siècle. Son édition de 1551, imprimée à Genève, introduit la numérotation des versets encore en usage.
Histoire
Faits documentés.
- Robert Estienne, imprimeur du roi pour l’hébreu, le latin et le grec, publie trois éditions du Nouveau Testament grec à Paris (1546, 1549, 1550). Les deux premières, petites (O mirificam), et la troisième, in-folio.
- L’édition de 1550 donne en marge les variantes de manuscrits désignés par des lettres grecques, collationnés en grande partie par son fils Henri : α désigne la Polyglotte d’Alcalá, β un manuscrit qu’on identifie au Codex Bezae.
- Ses éditions de la Bible latine ont valu à Estienne la censure des théologiens de la Sorbonne ; il s’installe à Genève vers 1550-1551 et y adopte la Réforme.
- 1551 : à Genève, édition en petit format avec le grec, la Vulgate et la traduction latine d’Érasme ; c’est là qu’apparaît la division en versets. Henri Estienne rapporte que son père la fit en voyage entre Paris et Lyon ; le détail exact du récit reste discuté.
- Théodore de Bèze part du texte d’Estienne pour ses propres éditions ; Frederick Henry Ambrose Scrivener utilise encore le Stephanus 1550 comme texte de comparaison dans ses collations au XIXe siècle.
Fiabilité : arguments
Pour.
- Il reproduit le texte byzantin reçu, attesté par la grande majorité des manuscrits grecs.
- Premier effort public pour montrer au lecteur les variantes : une forme de transparence nouvelle en 1550.
- Édition typographique soignée, devenue un repère commun pour les savants.
Réserves.
- Les variantes notées en marge n’ont presque jamais été introduites dans le texte : Estienne suit Érasme même quand ses manuscrits portent autre chose.
- Il garde les faiblesses de l’édition d’Érasme, en particulier dans les derniers versets de l’Apocalypse (retraduits du latin) et des leçons à faible appui grec (Comma de 1 Jn 5:7-8, Ac 8:37).
Passages témoins
| Passage | Traitement |
|---|---|
| Mt 24:34 | hê genea hautê, « cette génération » |
| Ap 1:1 et 22:10 | en tachei ; « le temps est proche » |
| 1 Jn 5:7-8 | Comma présente |
| Mc 16:9-20 | présent |
| Jn 7:53-8:11 | présent |
| 1 Tm 3:16 | « Dieu a été manifesté » (theos) |
| Ap 22:19 | « livre de vie » |
| Ac 8:37 | présent |
Financement
- Documenté : entreprise commerciale d’Estienne, imprimeur royal ; caractères gravés par Claude Garamont pour le roi (les « grecs du roi »).
- Allégué : aucune allégation sérieuse.
- Non démontré : une modification du texte pour une doctrine ; les leçons discutées viennent d’Érasme et de la tradition latine.
Pourquoi cette note
Harmonisation (2026-10-27). Les éditions imprimées du Nouveau Testament grec sont maintenant notées avec une même règle : les éditions du Textus Receptus (Érasme, Stephanus, Bèze, Elzevir, Scrivener) ont 3/5, parce qu’elles reposent sur un petit nombre de manuscrits tardifs et gardent quelques leçons sans aucun manuscrit grec connu (Ap 22:16-21 retraduit du latin par Érasme, conjecture de Bèze en Ap 16:5) ; les éditions modernes à apparat complet, critiques ou byzantine (Nestle-Aland, UBS, SBLGNT, Tyndale House, Robinson-Pierpont), ont 4/5. Cette règle porte sur la base manuscrite et la transparence, pas sur le choix entre les deux familles de textes : Pierre reste libre de la changer.
Quatre étoiles, comme le Textus Receptus dont il est une forme classique : un texte sûr dans sa substance, honnête dans sa présentation des variantes, avec les mêmes faiblesses d’édition héritées d’Érasme.
Voir aussi
- Robert Estienne · Érasme · Théodore de Bèze · Textus Receptus · Polyglotte d’Alcalá · Novum Instrumentum d’Érasme
- Édition de Bèze 1598 · Édition des Elzevir 1633 · Texte de Scrivener 1894 · Texte majoritaire · Codex Bezae
Sources
- Tês Kainês Diathêkês hapanta. Novum Iesu Christi D. N. Testamentum, Paris, Robert Estienne, 1550 (fac-similés numériques : Bibliothèque nationale de France, Gallica ; e-rara).
- Novum Testamentum, Genève, Robert Estienne, 1551.
- Elizabeth Armstrong, Robert Estienne, Royal Printer: An Historical Study of the Elder Stephanus, Cambridge University Press, 1954 ; rééd. Sutton Courtenay, 1986.
- F. H. A. Scrivener, A Plain Introduction to the Criticism of the New Testament, 4e éd., éd. E. Miller, Londres, Bell, 1894, t. 2.
- Bruce M. Metzger et Bart D. Ehrman, The Text of the New Testament, 4e éd., Oxford University Press, 2005, ch. 3.
- T. H. Darlow et H. F. Moule, Historical Catalogue of the Printed Editions of Holy Scripture, Londres, British and Foreign Bible Society, 1903-1911, t. 2.