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Édition de Bèze 1598

Théodore de Bèze, successeur de Calvin à Genève, publie entre 1565 et 1604 une dizaine d'éditions du Nouveau Testament grec, dont quatre grandes in-folio (1565, 1582, 1588-1589, 1598).

Critère de la note : fiabilité comme base de traduction, c’est-à-dire accord avec la masse des manuscrits, soin de l’édition, absence de leçon introduite sans appui, transparence des choix.

En bref

Théodore de Bèze, successeur de Calvin à Genève, publie entre 1565 et 1604 une dizaine d’éditions du Nouveau Testament grec, dont quatre grandes in-folio (1565, 1582, 1588-1589, 1598). Elles reprennent le texte de Robert Estienne avec quelques changements, accompagnés de sa traduction latine et d’annotations. L’édition de 1598 est celle que les traducteurs de la King James 1611 ont le plus consultée ; Frederick Henry Ambrose Scrivener l’a prise comme base de sa reconstitution du grec de la King James (Texte de Scrivener 1894).

Histoire

Faits documentés.

  • Bèze possédait deux manuscrits anciens majeurs : le Codex Bezae (Évangiles et Actes, vers 400), obtenu après le sac de Lyon en 1562, et le Codex Claromontanus (épîtres de Paul). Il les cite dans ses notes, mais ne s’en sert presque pas pour le texte, car il les juge trop divergents ; il offre le Codex Bezae à l’Université de Cambridge en 1581.
  • Il utilise aussi la version syriaque (Peshitta), connue par l’édition de Tremellius (1569).
  • Ses changements par rapport à Estienne sont peu nombreux ; certains sont des choix entre leçons attestées, d’autres des conjectures.
  • Ap 16:5 : Bèze imprime « qui étais et qui seras » (ho esomenos) là où les manuscrits grecs connus portent « qui étais, le saint » (ho hosios). Il le dit lui-même dans ses notes : c’est une correction d’éditeur, fondée sur le parallèle d’Ap 1:4 et 1:8. La King James la reprend (and shalt be). Les défenseurs du texte reçu la justifient ; les critiques y voient une conjecture sans manuscrit.
  • Sa traduction latine et ses notes ont influencé la Bible de Genève anglaise (1560, puis le Nouveau Testament de Laurence Tomson, 1576).

Fiabilité : arguments

Pour.

  • Texte byzantin reçu, attesté par la masse des manuscrits.
  • Éditeur savant, connaisseur des manuscrits anciens et des versions, qui expose ses raisons dans ses notes.
  • Lien direct avec la Bible anglaise la plus lue.

Réserves.

  • Quelques leçons sans appui grec connu, dont la conjecture d’Ap 16:5, et les leçons héritées d’Érasme (Comma, Ac 8:37, fin de l’Apocalypse).
  • Il a eu entre les mains deux témoins anciens sans les intégrer : ses défenseurs y voient de la prudence ; les éditeurs critiques, une occasion manquée.
  • Les éditions successives de Bèze ne sont pas identiques ; parler du « texte de Bèze » demande de préciser l’année.

Passages témoins

PassageTraitement
Mt 24:34« cette génération »
Ap 1:1 et 22:10en tachei ; « le temps est proche »
1 Jn 5:7-8Comma présente
Mc 16:9-20présent
Jn 7:53-8:11présent
1 Tm 3:16« Dieu a été manifesté »
Ap 22:19« livre de vie »
Ac 8:37présent
Ap 16:5 (en plus)« et qui seras », conjecture de Bèze

Financement

  • Documenté : éditions d’imprimeurs genevois (Henri Estienne, puis d’autres) ; Bèze est pasteur et professeur rémunéré par la République de Genève.
  • Allégué : aucune allégation sérieuse.
  • Non démontré : une modification doctrinale du texte. La conjecture d’Ap 16:5 est un choix d’éditeur expliqué par lui.

Pourquoi cette note

Harmonisation (2026-10-27). Les éditions imprimées du Nouveau Testament grec sont maintenant notées avec une même règle : les éditions du Textus Receptus (Érasme, Stephanus, Bèze, Elzevir, Scrivener) ont 3/5, parce qu’elles reposent sur un petit nombre de manuscrits tardifs et gardent quelques leçons sans aucun manuscrit grec connu (Ap 22:16-21 retraduit du latin par Érasme, conjecture de Bèze en Ap 16:5) ; les éditions modernes à apparat complet, critiques ou byzantine (Nestle-Aland, UBS, SBLGNT, Tyndale House, Robinson-Pierpont), ont 4/5. Cette règle porte sur la base manuscrite et la transparence, pas sur le choix entre les deux familles de textes : Pierre reste libre de la changer.

Quatre étoiles : un texte reçu solide et une édition savante et transparente, mais qui contient au moins une conjecture sans appui manuscrit et garde les faiblesses héritées d’Érasme.

Voir aussi

Sources

  • Iesu Christi D. N. Novum Testamentum, sive Novum Foedus, Genève, 1598 (fac-similés numériques : e-rara, Bibliothèque de Genève).
  • Irena Backus, The Reformed Roots of the English New Testament: The Influence of Theodore Beza on the English New Testament, Pittsburgh, Pickwick, 1980.
  • F. H. A. Scrivener, The New Testament in the Original Greek according to the Text Followed in the Authorised Version, Cambridge, 1894, appendice.
  • F. H. A. Scrivener, A Plain Introduction to the Criticism of the New Testament, 4e éd., 1894, t. 2.
  • Théodore de Bèze, Annotationes sur Ap 16:5, dans l’édition de 1598 (ou 1589), où il expose sa correction.
  • Bruce M. Metzger et Bart D. Ehrman, The Text of the New Testament, 4e éd., Oxford University Press, 2005, ch. 3.
  • Scott Manetsch, Theodore Beza and the Quest for Peace in France, Leyde, Brill, 2000.