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Immortalité conditionnelle

L'immortalité conditionnelle (ou conditionalisme) enseigne que l'être humain n'est pas immortel par nature : l'immortalité est un don accordé en Christ aux seuls rachetés.

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En bref

L’immortalité conditionnelle (ou conditionalisme) enseigne que l’être humain n’est pas immortel par nature : l’immortalité est un don accordé en Christ aux seuls rachetés. Les impies, après le jugement, ne vivent pas éternellement dans les tourments mais sont détruits définitivement (on parle aussi d’« annihilationnisme »). La peine est donc éternelle par son résultat, non par sa durée. Longtemps minoritaire, la position est portée par les adventistes, les christadelphiens et les Témoins de Jéhovah, et depuis la fin du XXe siècle par une partie des évangéliques.

Origine et généalogie

Précurseurs revendiqués. Les conditionalistes citent :

  • Justin, Dialogue avec Tryphon 5-6 (vers 155-160) : l’âme n’est pas immortelle par elle-même, elle vit parce que Dieu le veut.
  • Théophile d’Antioche, À Autolycus II, 27 (vers 180) : l’homme n’a été créé ni mortel ni immortel, mais capable des deux.
  • Irénée, Contre les hérésies II, 34, 3-4 (vers 180) : la durée de la vie dépend du don de Dieu.
  • Arnobe de Sicca, Contre les païens (Adversus nationes) II, 14 et 32-36 (vers 300) : les âmes sont « de qualité intermédiaire » et peuvent périr ; c’est l’énoncé ancien le plus net d’une destruction des âmes impies.

Contesté : Justin (Première Apologie 8) et Irénée parlent aussi de « châtiment éternel » ; les défenseurs de l’Enfer éternel conscient lisent leurs phrases comme une affirmation de la dépendance de l’âme envers Dieu, non de son anéantissement. Arnobe, converti récent, est un auteur isolé dont l’orthodoxie était déjà jugée incertaine. Le Ve concile du Latran (1513, bulle Apostolici regiminis) condamne ceux qui disent l’âme mortelle.

Première formulation moderne documentée. Après des mortalistes isolés du XVIIe siècle (Richard Overton, Mans Mortallitie, 1643 ; Thomas Hobbes, Léviathan, 1651, ch. 38 et 44 ; John Milton, De doctrina christiana, publié en 1825), le pasteur congrégationaliste anglais Edward White (1819-1898) publie en 1846 Life in Christ: Four Discourses upon the Scripture Doctrine that Immortality is the Peculiar Privilege of the Regenerate (Londres, Jackson and Walford), réécrit et augmenté en 1875. C’est l’ouvrage dont les historiens du mouvement datent le conditionalisme moderne.

Diffusion.

  • États-Unis : le méthodiste George Storrs publie An Inquiry: Are the Wicked Immortal? (1841-1842), puis les Six Sermons (1842), diffusés par dizaines de milliers d’exemplaires dans le milieu millérite (voir Adventisme et 1844). L’Église adventiste du septième jour adopte la doctrine ; les christadelphiens de John Thomas (1848) aussi.
  • Charles Taze Russell fréquente George Storrs dans les années 1870 (documenté) ; le mouvement des Étudiants de la Bible, puis les Témoins de Jéhovah, enseignent l’anéantissement des impies.
  • Angleterre : Henry Constable, The Duration and Nature of Future Punishment (1868) ; Basil Atkinson, Life and Immortality (vers 1969).
  • Histoire militante : LeRoy Froom (adventiste), The Conditionalist Faith of Our Fathers, 2 vol., 1965-1966, recense tous les précurseurs allégués.
  • Évangéliques : Edward William Fudge, The Fire That Consumes (1982 ; 3e éd. 2011) ; John Stott, dans Essentials: A Liberal-Evangelical Dialogue avec David L. Edwards (1988), se dit enclin à l’anéantissement, « provisoirement » ; Clark Pinnock ; John Wenham. Rapport de l’Alliance évangélique britannique (ACUTE), The Nature of Hell (2000) : la question est jugée secondaire entre évangéliques. Réseau Rethinking Hell (depuis 2012).

Chronologie.

  • vers 155-180 : Justin, Théophile, Irénée (lectures contestées).
  • vers 300 : Arnobe, Contre les païens II.
  • 1513 : Ve concile du Latran, Apostolici regiminis.
  • 1643-1651 : Overton, Hobbes.
  • 1842 : George Storrs, Six Sermons.
  • 1846 : Edward White, Life in Christ.
  • 1982 : E. Fudge, The Fire That Consumes.
  • 1988 : J. Stott et D. Edwards, Essentials.

Ce que dit la doctrine

  • L’homme est une unité ; l’âme n’est pas naturellement immortelle.
  • Les morts attendent la résurrection (beaucoup de conditionalistes tiennent aussi le « sommeil » des morts, mais ce n’est pas obligatoire).
  • Après le jugement, les impies subissent une peine proportionnée puis la « seconde mort » : la destruction.
  • « Éternel » qualifie le résultat irréversible (une destruction éternelle), non une souffrance sans fin.

Arguments de ses partisans

  • L’immortalité est un don : Dieu « seul possède l’immortalité » (1 Tm 6:16) ; les justes la « recherchent » (Rm 2:7) ; le salaire du péché, « c’est la mort », le don de Dieu, « la vie éternelle » (Rm 6:23).
  • Le vocabulaire de la destruction : « craignez plutôt celui qui peut faire périr l’âme et le corps dans la géhenne » (Mt 10:28, Segond 1910) ; « périr » (Jn 3:16) ; « ruine éternelle » (2 Th 1:9) ; « seconde mort » (Ap 20:14) ; les méchants deviennent « de la cendre » (Ml 4:3).
  • Le modèle de Sodome : « la peine d’un feu éternel » (Jude 7 ; 2 P 2:6, « réduites en cendres »).
  • Le sens d’aiônios avec des noms d’action (jugement, rédemption, châtiment) : il désigne un résultat définitif (He 6:2 ; 9:12).
  • Le feu et les vers d’Es 66:24 portent sur des « cadavres ».

Critiques de ses opposants

  • Mt 25:46 : le parallèle entre peine et vie éternelles impliquerait une même durée consciente.
  • Ap 14:11 et 20:10 : « tourmentés jour et nuit », « pas de repos » supposent la conscience.
  • Lc 16:19-31 : le riche souffre consciemment après la mort.
  • La tradition : les Pères majoritaires, les conciles et les confessions tiennent l’âme immortelle et la peine sans fin ; les précurseurs revendiqués sont peu nombreux et disputés.
  • Le soupçon d’adoucissement : J. I. Packer et d’autres y voient une concession à la sensibilité moderne ; Stott répondait qu’il cherchait seulement ce que dit l’Écriture.
  • L’association aux mouvements adventiste et témoin, mise en avant par certains critiques ; les conditionalistes répondent qu’elle ne dit rien de la vérité de la thèse.

Textes clés

Gn 2:17 ; 3:19-22 ; Ps 37:20 ; Ez 18:4 ; Ml 4:1-3 ; Mt 7:13 ; 10:28 ; Jn 3:16 ; Rm 2:7 ; 6:23 ; 1 Co 15:53-54 ; 2 Th 1:9 ; 1 Tm 6:16 ; He 10:27, 39 ; 2 P 2:6 ; 3:7 ; Jude 7 ; Ap 20:14-15 ; 21:8.

Dans les traductions

  • Mt 25:46 : la Traduction du monde nouveau rend kolasis par « retranchement » (cutting-off) ; c’est la seule grande traduction à inscrire l’anéantissement dans le texte. Les autres ont « châtiment », « peine » ou « tourments » ; voir Enfer éternel conscient.
  • Mt 10:28 : apollymi est rendu « faire périr » (Segond 1910, Darby), destroy (King James 1611) ; peu de variations.
  • 2 Th 1:9 : olethron aiônion : « ruine éternelle » (Segond 1910), everlasting destruction (KJV), « destruction éternelle » (Bible Darby).
  • Ap 20:14 : la Mort et le hadès « jetés dans l’étang de feu » ; voir Hadès, géhenne et tartaros dans les traductions.
  • Lc 23:43 : la ponctuation (« je te le dis aujourd’hui, tu seras » ou « aujourd’hui tu seras ») est choisie selon la doctrine de l’état des morts ; la Traduction du monde nouveau place la virgule après « aujourd’hui ». Les manuscrits anciens n’ont pas de ponctuation.

Financement et réseaux

Documenté : diffusion par les maisons d’édition adventistes et la Watch Tower Society, puis par des éditeurs évangéliques ; aucun commanditaire extérieur connu. Allégué : rien de spécifique. Non démontré : aucun.

Voir aussi

Sources

  • Justin, Dialogue avec Tryphon 5-6 ; Théophile, À Autolycus II, 27 ; Irénée, Contre les hérésies II, 34.
  • Arnobe, Adversus nationes II, 14 et 32-36.
  • Ve concile du Latran, bulle Apostolici regiminis (1513).
  • Edward White, Life in Christ, Londres, 1846 ; éd. remaniée 1875.
  • George Storrs, Six Sermons on the Inquiry, Is There Immortality in Sin and Suffering?, 1842.
  • Henry Constable, The Duration and Nature of Future Punishment, 1868.
  • LeRoy Edwin Froom, The Conditionalist Faith of Our Fathers, 2 vol., Review and Herald, 1965-1966 (histoire militante).
  • Edward William Fudge, The Fire That Consumes, 1982 ; 3e éd., Cascade, 2011.
  • David L. Edwards et John Stott, Essentials: A Liberal-Evangelical Dialogue, Hodder and Stoughton, 1988 (passage sur l’enfer vers les p. 313-320, pagination à vérifier).
  • ACUTE (Evangelical Alliance), The Nature of Hell, Paternoster, 2000.
  • Edward Fudge et Robert Peterson, Two Views of Hell, InterVarsity, 2000 (débat).