Ressources · Les doctrines

Enfer éternel conscient

La doctrine de l'enfer éternel conscient enseigne que les impies, après le jugement dernier, subiront corps et âme une peine sans fin et consciente, séparés de Dieu.

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

La doctrine de l’enfer éternel conscient enseigne que les impies, après le jugement dernier, subiront corps et âme une peine sans fin et consciente, séparés de Dieu. C’est la position majoritaire et officielle des Églises catholique et orthodoxe et des grandes confessions protestantes classiques. Elle s’oppose à l’Universalisme (apocatastase), qui donne une fin à la peine, et à l’Immortalité conditionnelle, qui la tient pour une destruction définitive. Ses défenseurs y voient l’enseignement direct de Jésus ; ses critiques, une lecture influencée par l’idée grecque d’âme immortelle.

Origine et généalogie

Antécédents juifs (documentés). Daniel 12:2 parle d’une résurrection « pour l’opprobre, pour la honte éternelle » (Segond 1910). Les apocalypses juives décrivent un lieu de châtiment : 1 Hénoch 22 (les compartiments des morts), 27 et 103:7-8 (voir Manuscrits d’Hénoch) ; Judith 16:17 (« le feu et les vers dans leur chair ») ; 4 Maccabées 9:9 et 12:12 (tourment éternel par le feu pour le tyran). Le vocabulaire de la géhenne (vallée de Hinnom, Jr 7:31-32 ; Es 66:24) devient un nom du lieu de punition.

Première attestation chrétienne documentée. Hors du Nouveau Testament, l’idée d’une peine sans fin apparaît dans la Deuxième épître de Clément 17, 7 (milieu du IIe siècle ; les impies punis « par un feu inextinguible ») ; le Martyre de Polycarpe 11, 2 (vers 155-160 : « le feu du jugement à venir et du châtiment éternel ») ; Justin, Première Apologie 8 et 21 (vers 155 : les méchants punis « dans un châtiment éternel », aiônian kolasin). L’Apocalypse de Pierre (IIe siècle) décrit en détail les tourments des damnés.

La forme classique.

  • Tertullien (vers 197-200) : Apologétique 48, 13-15 (feu « perpétuel » qui conserve ce qu’il brûle) ; Des spectacles 30 (le spectacle du jugement) ; De la résurrection de la chair 35. Il lie la peine éternelle à l’immortalité naturelle de l’âme (De l’âme).
  • Augustin d’Hippone, La Cité de Dieu XXI (vers 425) : corps capables de brûler sans être consumés (XXI, 2-9) ; réfutation des « miséricordieux » qui limitent la peine (XXI, 17-27) ; argument du parallèle de Mt 25:46 (XXI, 23). Il devient la référence de l’Occident.
  • Conciles et symboles : anathèmes de 543 contre l’apocatastase ; symbole Quicumque (dit d’Athanase, Ve-VIe siècle : « ceux qui auront fait le mal iront au feu éternel ») ; quatrième concile du Latran (1215, canon 1 : les uns avec le diable une peine perpétuelle).
  • Thomas d’Aquin : Somme contre les Gentils IV, 93 ; Somme théologique, Supplément q. 97-99 (compilé après sa mort à partir de son commentaire des Sentences) : la peine est éternelle parce que l’offense vise un Dieu infini.
  • Réforme : confession d’Augsbourg (1530, art. 17) ; confession de Westminster (1646, ch. 33, 2).
  • Jonathan Edwards : sermons The Eternity of Hell Torments (1739) et Sinners in the Hands of an Angry God (Enfield, 8 juillet 1741).
  • XIXe-XXIe siècles : défendue par Charles Hodge, W. G. T. Shedd (The Doctrine of Endless Punishment, 1886), C. S. Lewis sous une forme modifiée (Le Problème de la souffrance, 1940, ch. 8 : les portes de l’enfer sont « verrouillées de l’intérieur » ; Le Grand Divorce, 1945), Robert Peterson (Hell on Trial, 1995), Christopher Morgan et Robert Peterson (dir.), Hell Under Fire (2004).

Chronologie.

  • IIIe-Ier s. av. J.-C. : 1 Hénoch (ch. 22 et 27 : Livre des Veilleurs, IIIe s. av. J.-C.), Daniel 12:2 (date discutée) ; 4 Maccabées (Ier s. apr. J.-C., date discutée).
  • vers 155 : Justin, Première Apologie 8 ; Martyre de Polycarpe.
  • vers 197-200 : Tertullien, Apologétique 48.
  • vers 425 : Augustin, Cité de Dieu XXI.
  • 543 : anathèmes contre l’apocatastase.
  • 1215 : Latran IV, canon 1.
  • 1646 : confession de Westminster, ch. 33.
  • 1741 : Jonathan Edwards, sermon d’Enfield.

Ce que dit la doctrine

  • L’âme survit à la mort ; les corps ressuscitent pour le jugement.
  • Les impies sont exclus pour toujours de la présence bienheureuse de Dieu (peine du « dam ») et subissent une peine positive (peine du « sens »).
  • La peine est consciente et sans fin, comme la vie des justes.
  • Les degrés de peine varient selon les fautes (Lc 12:47-48).

Arguments de ses partisans

  • Mt 25:46 : la même expression aiônios qualifie la vie et la peine ; « ceux-ci iront au châtiment éternel, mais les justes à la vie éternelle » (Segond 1910).
  • Les paroles de Jésus : Mc 9:43-48 (« le feu qui ne s’éteint point ») ; Mt 13:42 ; 25:41 ; Lc 16:19-31 (le riche « en proie aux tourments »).
  • L’Apocalypse : « la fumée de leur tourment monte aux siècles des siècles ; et ils n’ont de repos ni jour ni nuit » (Ap 14:11) ; le diable, la bête et le faux prophète « tourmentés jour et nuit, aux siècles des siècles » (Ap 20:10).
  • La justice divine : la gravité d’une offense se mesure à la dignité de celui qu’on offense (Anselme, Thomas d’Aquin, Edwards).
  • Le consensus : position constante des Pères latins, des conciles et des confessions de foi.

Critiques de ses opposants

  • L’immortalité de l’âme serait grecque : l’Écriture dit que Dieu « seul possède l’immortalité » (1 Tm 6:16) ; les conditionalistes lisent « destruction », « perdition », « mort » au sens propre (Mt 10:28 ; 2 Th 1:9 ; Rm 6:23).
  • Le feu « éternel » désignerait l’effet définitif, non une durée de souffrance : Sodome subit « la peine d’un feu éternel » (Jude 7) et ne brûle plus.
  • Le langage de l’Apocalypse est symbolique ; la fumée qui monte « aux siècles des siècles » reprend Es 34:10 sur Édom, dont la fumée ne monte plus.
  • L’argument moral : peine infinie pour fautes finies (universalistes et conditionalistes).
  • L’histoire : Justin et Irénée sont lus par les conditionalistes comme tenant que l’âme n’est pas immortelle par nature (Justin, Dialogue avec Tryphon 5) ; Augustin lui-même rapporte que « beaucoup » refusaient la peine sans fin.

Textes clés

Dn 12:2 ; Es 66:24 ; Mt 5:22, 29-30 ; 10:28 ; 13:41-50 ; 18:8-9 ; 25:41-46 ; Mc 9:43-48 ; Lc 16:19-31 ; 2 Th 1:6-10 ; Jude 7, 13 ; Ap 14:9-11 ; 19:20 ; 20:10-15 ; 21:8.

Dans les traductions

  • « Enfer » : la King James 1611 rend par hell aussi bien sheol que hadès, geenna et tartaroô ; la Bible de Martin met « enfer » pour hadès (Lc 16:23). Les traductions qui distinguent les mots (« séjour des morts », « géhenne ») retirent l’enfer de plusieurs versets sans changer la doctrine. Détail par traduction : Hadès, géhenne et tartaros dans les traductions.
  • Mt 25:46 : « châtiment éternel » (Bible Segond 1910), « peines éternelles » (Martin), « tourments éternels » (Bible Darby), « peine éternelle » (Segond 21) ; age-during (Young) ; « retranchement éternel » (Traduction du monde nouveau).
  • Mc 9:44 et 46 : la reprise d’Es 66:24 manque dans les manuscrits anciens et dans les éditions critiques ; voir Marc 7-16, 9-44 et 11-26. Le v. 48 reste dans tous.
  • Notes de Bibles : la Scofield Reference Bible consacre une note à Lc 16:23 sur l’état des morts (hadès) et lit la géhenne et l’étang de feu comme le lieu final des perdus ; la plupart des Bibles d’étude catholiques et évangéliques vont dans le sens de la peine éternelle (contenu précis des notes à vérifier édition par édition).

Financement et réseaux

Sans objet : doctrine majoritaire portée par les Églises elles-mêmes.

Voir aussi

Sources

  • 1 Hénoch 22 ; 27 ; 103 ; 4 Maccabées 9 ; 12.
  • 2 Clément 17 ; Martyre de Polycarpe 11 ; Justin, Première Apologie 8 et 21 ; Dialogue avec Tryphon 5.
  • Tertullien, Apologétique 48 ; Des spectacles 30.
  • Augustin, La Cité de Dieu XXI ; Enchiridion 110-113.
  • Quatrième concile du Latran (1215), canon 1 ; symbole Quicumque.
  • Thomas d’Aquin, Somme contre les Gentils IV, 93 ; Somme théologique, Supplément q. 97-99.
  • Confession de foi de Westminster (1646), ch. 33.
  • Jonathan Edwards, The Eternity of Hell Torments (1739) ; Sinners in the Hands of an Angry God (1741).
  • W. G. T. Shedd, The Doctrine of Endless Punishment, 1886.
  • Christopher W. Morgan et Robert A. Peterson (dir.), Hell Under Fire, Zondervan, 2004 (défense).
  • Preston Sprinkle (dir.), Four Views on Hell, Zondervan, 2e éd. 2016 (débat contradictoire).
  • Jan N. Bremmer, The Rise and Fall of the Afterlife, Routledge, 2002 (histoire).