Fiche de recherche, sources indiquées. Évaluation proposée, pas encore confirmée. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.
En bref
La Bible des Témoins de Jéhovah, publiée par la Watch Tower Bible and Tract Society, héritière du mouvement de Charles Taze Russell. Le comité est resté officiellement anonyme. La traduction est souvent littérale, mais elle modifie le texte là où la doctrine du mouvement l’exige : Jean 1:1, l’insertion du nom « Jéhovah » dans le Nouveau Testament, et d’autres versets christologiques.
Histoire
Documenté. Le travail commence en décembre 1947. Les « Écritures grecques chrétiennes » sont présentées le 2 août 1950 au stade des Yankees (New York), lors d’une assemblée internationale. L’Ancien Testament paraît en plusieurs volumes jusqu’en 1960 ; la Bible complète en un volume en 1961. Révisions en 1984 (avec références) et 2013 (langue simplifiée). Publiée ensuite, en tout ou en partie, dans plus de 300 langues selon jw.org, dont le français (Bible complète en 1974, date à vérifier ; édition française révisée en 2018).
Documenté. Le comité déclare vouloir rester anonyme, même après la mort de ses membres, pour que la gloire revienne à Dieu. Raymond Franz, dans son livre Crisis of Conscience (1983), écrit après son départ du Collège central (1980) et son exclusion du mouvement (1981), nomme les membres : Frederick Franz (son oncle), Nathan H. Knorr, Albert D. Schroeder et George D. Gangas, et affirme que seul Frederick Franz avait une connaissance suffisante des langues pour faire ce travail. Lors d’un procès en Écosse (affaire Walsh, Court of Session), Frederick Franz a été interrogé sous serment le 24 novembre 1954 : il dit lire l’hébreu sans le parler, et répond non quand on lui demande de traduire en hébreu Gn 2:4 (transcription du contre-interrogatoire reproduite par le Christian Research Institute, equip.org). Traduire de l’anglais vers l’hébreu n’est pas le même exercice que lire l’hébreu.
Texte source et méthode
Nouveau Testament : texte de Westcott et Hort (Texte de Westcott et Hort). Ancien Testament : Biblia Hebraica de Kittel. Méthode formelle, souvent raide, mais avec des choix réguliers qui suivent la doctrine de l’organisation qui la publie (christologie non trinitaire, nom divin partout, « poteau de supplice » au lieu de « croix ») ; le barème ne juge pas ces doctrines, il relève les endroits où elles modifient le texte.
Passages témoins
| Passage | Traitement |
|---|---|
| Jn 1:1 | « la Parole était un dieu » : l’article indéfini anglais est ajouté devant theos sans article. Bruce Metzger et F. F. Bruce ont jugé ce rendu indéfendable dans ce contexte ; Jason BeDuhn le juge grammaticalement possible. Le débat est grammatical ; le choix rejoint la doctrine de l’éditeur. |
| Mt 24:34 | « cette génération », rendu mot à mot ; l’organisation applique le verset, dans ses publications, à la génération de 1914, puis (2010) à des « générations qui se chevauchent ». Le mot parousia est rendu par « présence » (Mt 24:3) : sens lexical réel du mot, que l’organisation relie à sa doctrine d’une présence invisible du Christ depuis 1914. |
| Ap 1:1 | « bientôt ». |
| 1 Jn 5:7-8 | Comma absent. |
| Mc 16:9-20 | Retiré du texte (édition 2013 : le texte s’arrête au v. 8 ; une note dit que les conclusions courte et longue ne font pas partie des Écritures inspirées). |
| 1 Tm 3:16 | Pronom (« Il »), non « Dieu ». |
| Ap 22:19 | « arbre de vie ». |
| Col 1:16-17 | Ajout de « autres » (« all other things »), entre crochets dans les éditions anciennes, sans crochets dans l’édition 2013 (vérifié sur jw.org), qui fait du Christ une créature. |
Notes, livres et doctrine
Pas d’apocryphes. Le nom « Jéhovah » est inséré 237 fois dans le Nouveau Testament, alors qu’aucun manuscrit grec connu ne porte le tétragramme à ces endroits ; l’appendice de l’édition 2013 le reconnaît et justifie l’insertion par l’hypothèse d’une suppression par les copistes. Interprétation : c’est une restauration conjecturale imposée au texte, non une traduction.
Fait doctrinal : les Témoins enseignent qu’une « présence » invisible du Christ a commencé en 1914 ; cette interprétation est portée par leurs publications et non par le texte de la traduction, qui garde « cette génération ».
Financements
- Documenté : projet entièrement financé par la Watch Tower Bible and Tract Society (Pennsylvanie, New York), elle-même financée par les dons de ses membres ; la traduction est distribuée gratuitement.
- Allégué : des auteurs complotistes relient Russell ou la Watch Tower à la franc-maçonnerie ou à des financiers juifs (pyramide sur la tombe de Russell, etc.).
- Non démontré : aucun financement extérieur de la Traduction du monde nouveau n’est documenté. Voir Financements - documenté et allégué.
Ce qu’on lui reproche
- Le reproche : « un dieu » en Jean 1:1. Bruce Metzger (Theology Today, 1953), F. F. Bruce, Julius Mantey (co-auteur d’une grammaire grecque citée par la Watch Tower, qui a protesté contre l’usage fait de son nom) et la plupart des hellénistes. Pourquoi ce choix : la Watch Tower invoque l’absence d’article devant theos (prédicat qualitatif ou indéfini) et les traductions de quelques savants isolés ; l’appendice de l’édition de 1950 développe l’argument. Réponse : Jason BeDuhn (Truth in Translation, 2003) juge « a god » grammaticalement plus littéral que « God », tout en le tenant pour une option ; le débat porte sur la règle de Colwell et la valeur qualitative du prédicat.
- Le reproche : « autres » ajouté en Colossiens 1:16-17. Les mêmes critiques (Robert Countess, 1982) reprochent l’ajout de « other » quatre fois, qui fait du Christ la première créature parmi « toutes les autres choses ». Pourquoi : la Watch Tower dit que « autres » est implicite, puisque le Christ est « premier-né de toute création » (Col 1:15), et l’a imprimé entre crochets (éditions anciennes) pour le signaler. Réponse : les critiques notent que les crochets ont disparu dans l’édition de 2013, et que la même logique n’est pas appliquée ailleurs (Ph 2:9 a aussi « every other name », édition 2013, jw.org).
- Le reproche : « Jéhovah » dans le Nouveau Testament. Spécialistes et Églises reprochent l’insertion du nom 237 fois sans aucun manuscrit grec. Pourquoi : l’appendice A5 (2013) soutient que des copistes l’auraient remplacé par Kurios, et s’appuie sur des traductions hébraïques tardives du Nouveau Testament (les références « J » de ses éditions). Réponse : BeDuhn lui-même juge cette restauration conjecturale ; la Watch Tower la maintient.
- Le reproche : autres versets christologiques. Passages : Jn 8:58 (« I have been » au lieu de « I am ») ; Hé 1:8 (« God is your throne ») ; Ph 2:6 ; Tt 2:13 ; Mt 25:46 (« everlasting cutting-off ») ; Lc 23:43 (ponctuation « Truly I tell you today, ») ; « torture stake » pour stauros ; « holy spirit » sans majuscule. Pourquoi : la Watch Tower justifie chaque cas par la grammaire (présent historique en Jn 8:58, ponctuation absente des manuscrits en Lc 23:43, sens premier de stauros). Réponse : les critiques constatent que les choix discutables vont tous dans le sens de la doctrine de l’éditeur.
- Le reproche : des traducteurs anonymes et peu qualifiés. Raymond Franz (1983) et d’autres critiques soulignent l’anonymat du comité et l’absence de formation universitaire de ses membres ; lors du procès Walsh (Écosse, 24 novembre 1954), Frederick Franz a répondu non quand on lui a demandé de traduire Gn 2:4 en hébreu (transcription reproduite par le Christian Research Institute). Pourquoi : le comité voulait que la gloire revienne à Dieu seul (préface). Réponse : les Témoins répondent que la valeur se juge au texte, non aux diplômes.
- Ce que l’on reconnaît aussi. BeDuhn (2003), comparant neuf traductions anglaises sur des passages disputés, place la TMN parmi les plus littérales et reproche aux autres versions leurs propres biais trinitaires ; ses conclusions sont elles-mêmes contestées.
Versets ajoutés ou retirés
- Texte de Westcott et Hort : 1 Jean 5-7-8 - la Comma johannique absente ; Actes 8-37 - la confession de l’eunuque, Matthieu 17-21 - jeûne et prière, Matthieu 18-11 - sauver ce qui était perdu, Matthieu 23-14 - les maisons des veuves hors du texte, avec mention en note (édition de référence 1984) ; Marc 16-9-20 - la finale de Marc et Jean 7-53 à 8-11 - la femme adultère retirés du corps du texte ; 1 Timothée 3-16 - Dieu manifesté pronom ; Apocalypse 22-19 - livre de vie ou arbre de vie « arbre de vie ».
- Ajouts propres à la TMN, sans manuscrit : le nom « Jéhovah » (237 fois dans le NT) et « autres » en Col 1:16-17.
- Jean 1-18 - le Fils unique ou Dieu unique : « the only-begotten god » (édition 2013, jw.org).
Pourquoi cette note
Le barème réserve 1/5 au « texte modifié pour servir une doctrine ». C’est le cas documenté de Jn 1:1, Col 1:16-17 et du nom divin dans le Nouveau Testament. La note ne juge pas la sincérité des Témoins, ni l’exactitude littérale de nombreux autres passages.
Voir aussi
Charles Taze Russell · Frederick Franz · Texte de Westcott et Hort · Futurisme · Prétérisme · Traduction de Joseph Smith
Sources
- New World Translation of the Holy Scriptures, Brooklyn, Watch Tower Bible and Tract Society, 1961 ; révision 2013, appendice A5 « Le nom divin dans les Écritures grecques chrétiennes ».
- Raymond Franz, Crisis of Conscience, Atlanta, Commentary Press, 1983.
- M. James Penton, Apocalypse Delayed: The Story of Jehovah’s Witnesses, University of Toronto Press, 1985 (3e éd. 2015).
- Bruce M. Metzger, « The Jehovah’s Witnesses and Jesus Christ », Theology Today 10 (1953).
- Jason BeDuhn, Truth in Translation, University Press of America, 2003 (défense partielle de la NWT).
- Robert H. Countess, The Jehovah’s Witnesses’ New Testament: A Critical Analysis of the New World Translation, Phillipsburg, Presbyterian and Reformed, 1982.
- New World Translation of the Christian Greek Scriptures, Brooklyn, Watch Tower, 1950 (préface et appendice sur Jn 1:1).
- Julius R. Mantey, lettre à la Watch Tower Bible and Tract Society, 11 juillet 1974 (protestation contre la citation de sa grammaire ; reproduite par des critiques, original non vu).
- « Fred Franz Court Transcripts, November 24, 1954 », Christian Research Institute (equip.org).
- E. C. Colwell, « A Definite Rule for the Use of the Article in the Greek New Testament », Journal of Biblical Literature 52 (1933).