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John Rogers

Ami de William Tyndale à Anvers, Rogers a recueilli ses traductions inédites de l'Ancien Testament et les a publiées en 1537, sous le pseudonyme de « Thomas Matthew », dans la Bible de Matthew.

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

Ami de William Tyndale à Anvers, Rogers a recueilli ses traductions inédites de l’Ancien Testament et les a publiées en 1537, sous le pseudonyme de « Thomas Matthew », dans la Bible de Matthew. Cette Bible, licenciée par Henri VIII, a sauvé l’œuvre de Tyndale et servi de base à toutes les Bibles anglaises suivantes jusqu’à la King James 1611. Rogers a été le premier martyr protestant brûlé sous Marie Tudor.

Provenance et confession

Rogers naît vers 1505 à Deritend, faubourg de Birmingham ; sa famille est mal connue (la tradition parle d’artisans). Sa langue est l’anglais ; il apprend le latin et le grec à Cambridge (Pembroke Hall, baccalauréat en 1526), puis l’allemand. Prêtre, il est recteur de Holy Trinity the Less à Londres (1532), avant de devenir aumônier des Merchant Adventurers à Anvers. Né catholique, il passe à la Réforme au contact de Tyndale ; il se marie avec une Anversoise, s’inscrit à l’université de Wittenberg (1540) et y exerce un ministère dans un milieu luthérien. Rentré en Angleterre sous Édouard VI, il sert dans l’Église d’Angleterre réformée. Aucune appartenance à une société ou un cercle n’est documentée.

Vie

  • Né vers 1505 à Deritend, près de Birmingham. Études à Cambridge (Pembroke Hall, baccalauréat en 1526).
  • Recteur à Londres (Holy Trinity the Less, 1532), puis vers 1534 aumônier des marchands anglais (Merchant Adventurers) à Anvers. Il y rencontre Tyndale et adopte la Réforme.
  • Il épouse Adriana de Weyden (Adriana Pratt), une Anversoise, et part pour Wittenberg, où il étudie et prend charge d’une paroisse.
  • Rentré en Angleterre en 1548 sous Édouard VI. Prébendier de Saint-Paul (1551), lecteur en théologie.
  • Le 6 août 1553, peu après l’avènement de Marie, il prêche à Paul’s Cross (Saint-Paul) contre la « papisterie » ; le 16 août, le Conseil l’assigne à résidence ; il est ensuite emprisonné à Newgate (janvier 1554).
  • Jugé par l’évêque Stephen Gardiner, il est condamné et brûlé à Smithfield le 4 février 1555, en présence de sa femme et de ses onze enfants (récit de Foxe). On lui refusa de les revoir avant l’exécution.

Influence sur la Bible et la doctrine

Faits documentés. La Bible de Matthew (1537) réunit :

  • les traductions publiées de Tyndale (Nouveau Testament de 1535, Pentateuque, Jonas) ;
  • les livres historiques de Josué à 2 Chroniques, traduits par Tyndale mais jamais publiés : on admet que Rogers les tenait du manuscrit laissé par Tyndale à son arrestation ;
  • le reste de l’Ancien Testament et les apocryphes repris de Miles Coverdale (la Prière de Manassé dans sa propre traduction du français).

Les initiales « W. T. » sont gravées entre Malachie et les apocryphes, hommage discret à Tyndale. Rogers y ajouta des notes marginales et des préfaces, en partie traduites de la Bible d’Olivétan (1535) et des notes de Lefèvre d’Étaples. Grâce à Thomas Cranmer et Thomas Cromwell, Henri VIII accorda sa licence en août 1537, alors que Tyndale avait été brûlé moins d’un an plus tôt comme hérétique pour le même texte.

La Bible de Matthew fut la base de la Grande Bible (1539), donc de la Bishops’ Bible et de la King James 1611.

Interprétation. Sans Rogers, la moitié de l’Ancien Testament de Tyndale aurait pu être perdue. Son pseudonyme était une ruse : faire passer sous un nom inconnu le texte d’un homme condamné. Il n’a pas lui-même traduit beaucoup, mais il a préservé et transmis.

Financement et réseaux

  • Documenté : l’impression (probablement à Anvers, chez Matthias Crom, à vérifier) fut payée par Richard Grafton et Edward Whitchurch, marchands de Londres ; Grafton écrivit à Cromwell qu’il y avait engagé 500 livres et demanda un privilège pour protéger sa mise (lettres de 1537 conservées).
  • Allégué : aucune allégation de financement occulte.
  • Non démontré : la part exacte de Rogers dans les frais.

Signaux d’alerte

Aucun signal documenté. Le pseudonyme « Thomas Matthew » masquait l’origine tyndalienne du texte pour obtenir la licence royale ; c’était une ruse de protection, signalée par les initiales « W. T. » dans le volume, et non un passé maquillé : elle ne compte pas comme signal 1. Son financement (Grafton et Whitchurch) est connu par leurs lettres. Rien de suspect.

Pourquoi cette note

Cinq étoiles : il a sauvé et publié la traduction de Tyndale, l’a fait accepter dans le royaume, et a donné sa vie pour sa foi sans se rétracter. C’est le profil du barème : service fidèle de la Parole au prix de la vie. Réserve légère : peu de travail de traduction personnel.

Voir aussi

Sources

  • Joseph Lemuel Chester, John Rogers: The Compiler of the First Authorised English Bible, Londres, 1861.
  • John Foxe, Actes and Monuments (1563).
  • David Daniell, The Bible in English, Yale, 2003.
  • J. F. Mozley, Coverdale and His Bibles, 1953 (sur les rapports entre Matthew et Coverdale).
  • Wittenberg, registre de l’université (Album Academiae Vitebergensis), inscription de Rogers (1540).