Fiche de recherche, sources indiquées. Évaluation proposée, pas encore confirmée. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.
En bref
La Great Bible (« Grande Bible », par son grand format) est la première Bible anglaise officiellement autorisée pour être lue dans toutes les églises d’Angleterre. Commandée par Thomas Cromwell, révisée par Miles Coverdale, elle reprend la Bible de Matthew mais sans ses notes. On l’appelle aussi « Bible de Cranmer » à cause de la préface de l’archevêque Thomas Cranmer à partir de 1540, et « Bible enchaînée » parce qu’on l’attachait aux lutrins.
Histoire
Documenté :
- Les Injonctions royales de septembre 1538, rédigées par Cromwell, vicaire général d’Henri VIII, ordonnent que chaque paroisse acquière « une Bible du plus grand volume en anglais », placée où les paroissiens puissent la lire.
- Financement : Cromwell confie l’entreprise aux marchands Richard Grafton et Edward Whitchurch, déjà éditeurs de la Bible de Matthew ; Cromwell lui-même avance de l’argent (une somme de 400 livres est mentionnée par les historiens ; à vérifier). Les paroisses paient leur exemplaire.
- L’impression commence à Paris, chez François Regnault, pour la qualité du papier et des presses. En décembre 1538, l’Inquisition française la fait saisir ; une partie des feuilles est sauvée (selon Foxe, rachetée comme papier de rebut), et les presses et ouvriers sont transportés à Londres. La Bible paraît en avril 1539.
- La page de titre gravée, attribuée à l’atelier de Hans Holbein le Jeune, montre Henri VIII remettant la Parole à Cranmer et à Cromwell, qui la distribuent au peuple, lequel crie Vivat Rex : c’est l’image d’une Bible donnée par le roi.
- Sept éditions en 1539-1541. Après la chute de Cromwell (exécuté en juillet 1540), le roi restreint en 1543 la lecture de la Bible aux classes supérieures (Act for the Advancement of True Religion).
Texte source et méthode
Coverdale révise le texte Tyndale-Matthew. Pour l’AT, il s’aide de la traduction latine de l’hébreu par Sebastian Münster (1535) ; pour le NT, du latin d’Érasme et de la Vulgate. Il ajoute en petits caractères des passages de la Vulgate absents de l’hébreu ou du grec (par exemple dans les Psaumes). Les Psaumes de la Grande Bible restent ceux du Book of Common Prayer jusqu’en 1662 et au-delà.
Passages témoins
| Passage | Traitement |
|---|---|
| Mt 24:34 | « this generacion shal not passe, tyll all these thinges be fulfylled » (« cette génération ») |
| Ap 1:1 | « shortly » |
| 1 Jn 5:7-8 | présente, le verset 7 entre parenthèses, comme chez Tyndale (1534) et dans la Bible de Matthew (transcription en ligne de textusreceptus.thekingsbible.com ; caractères plus petits à vérifier sur un fac-similé) |
| Mc 16:9-20 | présente |
| 1 Tm 3:16 | « God was shewed in the flesshe » (« Dieu ») |
| Ap 22:19 | « boke of lyfe » (« livre de vie ») |
| Ac 8:37 | présent |
Notes, livres et doctrine
Aucune note : des signes (petites mains) devaient renvoyer à des notes prévues, qui ne furent jamais imprimées. Le silence était voulu par le roi, qui ne voulait pas d’une Bible commentée par des réformateurs. Les apocryphes sont présents, appelés Hagiographa.
Ce qu’on lui reproche
- Une Bible au service du roi (historiens, dès le XIXe siècle, à partir de la page de titre) : la gravure montre la Parole descendant du roi, non de Dieu au peuple directement, et le peuple criant Vivat Rex. Pourquoi : Henri VIII venait de se proclamer chef de l’Église d’Angleterre (1534) ; la Bible officielle devait montrer que l’Écriture était donnée par l’autorité royale. C’est un fait d’image, non une retouche du texte.
- Trop de mots anglais (conservateurs catholiques, l’évêque Stephen Gardiner à la Convocation de 1542) : Gardiner proposa une liste d’une centaine de mots latins (ecclesia, poenitentia, pontifex, etc.) à garder tels quels dans la Bible anglaise, à cause de leur « majesté ». Pourquoi le projet échoua : le roi confia la révision aux universités, ce qui l’enterra. Réponse des réformateurs : traduire ces mots, c’était rendre le sens au lecteur.
- Des ajouts latins dans le texte (protestants, plus tard) : Coverdale insère en petits caractères des passages de la Vulgate absents de l’hébreu et du grec. Pourquoi : il voulait ne rien retrancher de ce que lisait l’Église, en signalant par la typographie ce qui ne vient pas de l’original ; c’est un choix de transparence, mais il mêle deux textes.
- La Bible « disputée dans les tavernes » (Henri VIII lui-même, discours au Parlement, 24 décembre 1545) : le roi se plaint que la Parole soit discutée, chantée et chicanée dans chaque taverne. L’évêque Bonner avait déjà dû interdire la lecture à voix haute pendant les offices. Suite : l’Act for the Advancement of True Religion (1543) interdit la lecture de la Bible aux femmes du peuple, aux artisans et aux journaliers.
- Une Bible sans notes (réformateurs, puis puritains) : les petites mains renvoient à des notes jamais imprimées. Pourquoi : le roi refusait des notes réformées comme celles de Matthew ; les puritains y verront plus tard un manque, et la Bible de Genève anglaise y répondra.
Versets ajoutés ou retirés
- 1 Jean 5-7-8 - la Comma johannique : présente, entre parenthèses (comme chez Tyndale).
- Actes 8-37 - la confession de l’eunuque : présent.
- Apocalypse 22-19 - livre de vie ou arbre de vie : « boke of lyfe ».
- Marc 16-9-20 - la finale de Marc : présente.
- Ajouts propres : passages de la Vulgate en petits caractères (notamment dans les Psaumes).
Pourquoi cette note
Interprétation : texte fondé pour l’essentiel sur Tyndale, donc sur les originaux, et sans notes doctrinales. Réserves : ajouts latins en petits caractères, et une Bible avant tout instrument du pouvoir royal (Henri VIII chef de l’Église), retirée en partie au peuple dès 1543. Note 4.
Voir aussi
Miles Coverdale · Thomas Cranmer · Bible de Matthew · Bible de Coverdale · Nouveau Testament de Tyndale · Bishops’ Bible · Bible de Genève anglaise
Sources
- David Daniell, The Bible in English, Yale University Press, 2003, ch. 12.
- Alfred W. Pollard, Records of the English Bible, Oxford University Press, 1911 (Injonctions de 1538, lettres de Coverdale et Grafton à Cromwell).
- John Foxe, Actes and Monuments (1563).
- Stephen Gardiner, liste de mots latins présentée à la Convocation de 1542, dans Pollard, Records, et Daniell, ch. 12.
- Henri VIII, discours au Parlement du 24 décembre 1545, rapporté par Edward Hall, Chronicle, 1548.
- Act for the Advancement of True Religion, 1543.
- Texte des passages témoins : transcription de la Great Bible 1539, textusreceptus.thekingsbible.com (Interlinear).