Fiche de recherche, sources indiquées. Évaluation proposée, pas encore confirmée. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.
En bref
La Bible dite « de Matthew » (1537) est la première Bible anglaise publiée avec la licence du roi. Derrière le nom fictif de « Thomas Matthew » se cache John Rogers, ami de William Tyndale, qui réunit tout le travail de Tyndale (y compris des livres historiques restés en manuscrit) et complète avec Miles Coverdale. C’est elle, plus que la Bible de Coverdale, qui transmet le texte de Tyndale à toute la lignée anglaise jusqu’à la King James 1611.
Histoire
Documenté :
- John Rogers, chapelain des marchands anglais d’Anvers, recueille après l’arrestation de Tyndale (1535) ses traductions inédites de Josué à 2 Chroniques.
- La Bible est imprimée à Anvers (probablement par Matthias Crom) en 1537. Le nom de Tyndale, brûlé comme hérétique un an plus tôt, ne pouvait paraître : le pseudonyme « Thomas Matthew » le cache, et les initiales W. T. sont placées à la fin de Malachie.
- Financement : l’entreprise est payée par deux marchands londoniens, Richard Grafton et Edward Whitchurch, qui font imprimer 1 500 exemplaires selon Grafton. Grafton écrit à Cromwell pour obtenir un privilège et se plaint du coût (environ 500 livres selon sa lettre ; tirage et montant à vérifier dans Pollard, Records).
- Le 4 août 1537, l’archevêque Thomas Cranmer écrit à Thomas Cromwell qu’il préfère cette Bible à toute autre et demande la licence du roi ; Henri VIII l’accorde. Ainsi le roi autorise, sans le savoir ou sans le dire, le texte de l’homme qu’il avait fait poursuivre.
- John Rogers est le premier martyr protestant sous Marie Tudor : brûlé à Smithfield le 4 février 1555.
Texte source et méthode
Texte de Tyndale pour le NT (édition 1535) et pour environ la moitié de l’AT ; Coverdale pour Esdras à Malachie et les apocryphes. Rogers traduit lui-même la Prière de Manassé d’après la Bible française d’Olivétan. Rogers ajoute un appareil : sommaires de chapitres, environ deux mille notes marginales, une table des « principales matières » inspirée de la Bible d’Olivétan.
Passages témoins
| Passage | Traitement |
|---|---|
| Mt 24:34 | « this generacion shall not passe » (Tyndale) |
| Ap 1:1 | « shortly » (Tyndale) |
| 1 Jn 5:7-8 | présente (Tyndale) ; mise en forme à vérifier |
| Mc 16:9-20 | présente |
| 1 Tm 3:16 | « God was shewed in the flesshe » (Tyndale) |
| Ap 22:19 | « boke of lyfe » (Tyndale) |
| Ac 8:37 | présent |
Notes, livres et doctrine
Les notes, nombreuses, sont protestantes et parfois polémiques (inspirées d’Olivétan, de Luther et de Lefèvre d’Étaples). C’est pour cette raison qu’Henri VIII exigea ensuite une Bible sans notes, la Grande Bible. Les apocryphes sont regroupés à part, avec le prologue d’Olivétan sur leur moindre autorité.
Ce qu’on lui reproche
- Un pseudonyme pour tromper le roi : « Thomas Matthew » cachait le texte d’un hérétique condamné. Le reproche est implicite chez les adversaires catholiques, et les historiens parlent d’une habile supercherie. Pourquoi : Rogers et les imprimeurs n’auraient pas obtenu la licence avec le nom de Tyndale ; les initiales W. T. montrent qu’ils ne voulaient pas l’effacer tout à fait.
- Des notes partisanes (catholiques, conservateurs anglicans, puis Henri VIII) : les quelque deux mille notes marginales sont protestantes et parfois violentes contre Rome. Pourquoi : Rogers reprenait les notes d’Olivétan, de Luther et de Lefèvre pour instruire le lecteur. Suite : le roi voulut une Bible sans notes (la Grande Bible), et l’Act for the Advancement of True Religion (1543) interdit les Bibles portant la traduction de Tyndale et ordonna d’effacer les annotations.
- La note sur la femme à battre (critiques modernes) : une note sur 1 Pierre 3:7 dit en substance que si l’épouse n’est pas obéissante, le mari s’efforce de lui « faire entrer à coups » la crainte de Dieu dans la tête. Attention : cette note est documentée dans la réédition de la Bible de Matthew revue par Edmund Becke (1549), dont les notes avaient été modifiées (Wikipédia, « Edmund Becke » ; Masonic Magazine, 1879) ; sa présence dans l’édition de 1537 n’est pas établie (le texte de 1537 consulté en ligne, sans notes, ne permet pas de trancher). Pourquoi : elle reflète la morale domestique de l’époque.
- Un texte composite (historiens du texte) : une partie de l’AT est de Coverdale, donc traduite du latin et de l’allemand, et la Prière de Manassé vient du français. Réponse : c’est le seul moyen qu’avait Rogers d’offrir une Bible complète en 1537.
Versets ajoutés ou retirés
Mêmes leçons que le Nouveau Testament de Tyndale pour le NT :
- 1 Jean 5-7-8 - la Comma johannique : présente.
- Actes 8-37 - la confession de l’eunuque : présent.
- Apocalypse 22-19 - livre de vie ou arbre de vie : « boke of lyfe ».
- 1 Timothée 3-16 - Dieu manifesté : « God ».
- Marc 16-9-20 - la finale de Marc : présente.
Pourquoi cette note
Interprétation : elle sauve et publie le travail de Tyndale, traduit des langues originales, et coûte la vie à son éditeur. Réserves : texte composite (la part de Coverdale est de seconde main), et notes doctrinales et parfois polémiques qui orientent la lecture (même critère de transparence que pour les notes de toute confession). Note 4.
Voir aussi
John Rogers · William Tyndale · Nouveau Testament de Tyndale · Miles Coverdale · Bible de Coverdale · Grande Bible · Thomas Cranmer · Bible d’Olivétan · Pierre Robert Olivétan · King James 1611
Sources
- David Daniell, The Bible in English, Yale University Press, 2003, ch. 11.
- Alfred W. Pollard, Records of the English Bible, Oxford University Press, 1911 (lettres de Cranmer et de Grafton à Cromwell, 1537).
- Joseph Lemuel Chester, John Rogers: the Compiler of the First Authorised English Bible, Londres, 1861.
- John Foxe, Actes and Monuments (1563), martyre de Rogers.
- Act for the Advancement of True Religion, 34 & 35 Henry VIII c. 1, 1543.
- Note marginale sur 1 Pierre 3, réédition d’Edmund Becke, Londres, John Day et William Seres, 1549 (présence en 1537 à vérifier sur fac-similé).