La question
Le Prétérisme complet place la parousie, la résurrection et le jugement dans la génération des apôtres, au plus tard en 70. Ses adversaires lui opposent un fait d’histoire : les chrétiens qui écrivent après 70, dont certains ont connu des apôtres ou leurs disciples, attendent encore ces événements, et les symboles de foi les confessent au futur. Si les premiers lecteurs des apôtres n’ont rien vu, disent-ils, c’est qu’il n’y avait rien à voir. L’objection vise surtout les complets ; elle touche aussi le Prétérisme partiel, parce que les Pères ne lisent pas non plus les textes de temps comme le font les partiels modernes.
La fiche d’école Prétérisme complet (section « Objections ») et les fiches 1 Thessaloniciens 4.13-18 et 1 Corinthiens 15 résument déjà l’objection et les premières réponses (Hill, Gentry, Mayhue ; Frost, Stevens, Rogers). On reprend ici chaque témoin avec sa date discutée, puis le détail de l’échange.
Les textes en cause
Le Nouveau Testament : l’attente et le dépôt
- La prière araméenne que la Didachè reprend se lit déjà chez Paul : « Si quelqu’un n’aime pas le Seigneur, qu’il soit anathème ! Maranatha. » (1 Co 16:22, Louis Segond 1910). Maranatha se comprend soit comme « Notre Seigneur, viens », soit comme « le Seigneur vient ».
- L’Apocalypse finit sur la même prière : « Celui qui témoigne de ces choses dit : « Oui, je viens bientôt. » Amen ; viens, Seigneur Jésus. » (Ap 22:20, traduction de Pierre Savignac). Voir Apocalypse 1.1-3 pour le « bientôt ».
- Sur l’autorité de ce qui est transmis, texte que citent les défenseurs des credo : « Ainsi donc, frères, demeurez fermes, et retenez les instructions que vous avez reçues, soit par notre parole, soit par notre lettre. » (2 Th 2:15, Louis Segond 1910).
Les Pères apostoliques (fin du Ier siècle et début du IIe)
Les dates sont celles que donne le site Early Christian Writings d’après les spécialistes qu’il cite ; elles restent discutées.
- 1 Clément (lettre de l’Église de Rome à celle de Corinthe ; d’ordinaire datée de 95-96, fourchette 80-140 selon Welborn ; une date dans les années 60 a été défendue par Elleggård ; J. A. T. Robinson la place avant 70).
- Ch. 23 : contre les « doubles de cœur », Clément cite une « Écriture » non identifiée où des sceptiques disent qu’ils ont entendu ces choses du temps de leurs pères, qu’ils ont vieilli et que rien n’est arrivé ; il répond par l’image de la vigne qui mûrit vite et conclut que la volonté de Dieu s’accomplira « promptement et soudainement », avec Malachie 3:1 (le Seigneur viendra soudain dans son temple).
- Ch. 24-26 : la résurrection « future » (le mot est dans le titre comme dans le texte de la traduction anglaise de l’ANF) prouvée par le jour et la nuit, la semence, puis le phénix (ch. 25).
- Ch. 50 : les générations depuis Adam ont passé ; ceux qui ont été rendus parfaits dans l’amour ont leur place parmi les justes et seront manifestés à la venue (ANF : revelation) du royaume du Christ ; suit Ésaïe 26:20, mêlé d’Ézéchiel 37:12 dans la forme que lui donne Clément (« je vous ressusciterai de vos tombeaux », d’après l’ANF).
- Didachè (fourchette 50-120 ; Audet la datait de 50-70, un consensus autour de 100 se dessine selon Draper).
- 10, 6 : à la fin de la prière d’action de grâces, « que la grâce vienne et que ce monde passe », puis Maran atha.
- 16 : veillez, car « vous ne savez pas l’heure où notre Seigneur vient » ; aux derniers jours, faux prophètes, amour changé en haine, apparition du « séducteur du monde » qui se fera passer pour fils de Dieu ; puis trois signes : un signe déployé dans le ciel, le son de la trompette, et « la résurrection des morts, mais non de tous », car « le Seigneur viendra, et tous ses saints avec lui » ; « alors le monde verra le Seigneur venant sur les nuées du ciel ». Le chapitre suit de près Matthieu 24 (William C. Varner, Bibliotheca Sacra 165, 2008, a étudié ce rapport).
- Ignace d’Antioche (lettres datées de 105-115 environ ; martyre sous Trajan selon Eusèbe).
- Aux Éphésiens 11, 1 : « Ce sont les derniers temps » ; craignons la longanimité de Dieu, pour qu’elle ne tourne pas à notre condamnation ; ou bien redoutons la colère à venir, ou bien aimons la grâce présente.
- À Polycarpe 3, 2 : « Pèse bien les temps » ; attends celui qui est au-dessus du temps, éternel et invisible, devenu visible pour nous.
- Aux Tralliens 9, 2 : le Père ressuscitera ceux qui croient au Christ (cité par la fiche Prétérisme complet).
- Polycarpe de Smyrne, Aux Philippiens (110-140 selon les estimations).
- 2, 1-2 : le Christ, à qui tout est soumis, « vient comme juge des vivants et des morts » ; Dieu redemandera son sang à ceux qui ne croient pas ; celui qui l’a ressuscité « nous ressuscitera aussi » si nous faisons sa volonté.
- 7, 1 : qui ne confesse pas que Jésus-Christ est venu en chair est un antéchrist, et qui dit « qu’il n’y a ni résurrection ni jugement » est « le premier-né de Satan ».
- Épître de Barnabé (80-120 selon la fourchette citée ; après 70 de toute façon, puisque 16, 3-4 parle du Temple détruit ; avant la construction du temple romain d’Hadrien vers 135, d’après Treat ; Richardson et Shukster proposent 96-98).
- 4, 1-5 : « le dernier scandale approche » ; citations d’Hénoch et de Daniel 7 (les dix cornes et la petite corne).
- 15, 4-5 : les six jours de la création sont six mille ans ; « quand son Fils viendra », il détruira le temps de l’impie, jugera les impies, changera le soleil, la lune et les étoiles ; alors viendra le vrai repos du septième jour, puis le « huitième jour », commencement d’un autre monde.
- 16, 3-5 : le Temple « a été détruit par leurs ennemis » à cause de la guerre ; la ville, le Temple et le peuple ont été livrés « comme le Seigneur l’avait dit ». L’auteur sait donc la ruine de 70 accomplie selon la prophétie, et attend pourtant encore la venue du Fils (ch. 15).
Les apologistes et les Pères du IIe au IVe siècle
- Papias (vers 110-140 ; Eusèbe le place sous Trajan) : selon Eusèbe (H. E. III, 39, 12), il enseignait qu’il y aurait mille ans après la résurrection des morts, avec un royaume du Christ établi corporellement sur la terre ; Eusèbe juge qu’il a mal compris des récits apostoliques dits en figures (III, 39, 12-13) et qu’il a entraîné Irénée et d’autres.
- Justin, Dialogue avec Tryphon (vers 155-160) :
- 80, 2-5 : Justin et « beaucoup d’autres » attendent une résurrection de la chair et mille ans dans Jérusalem rebâtie, mais il reconnaît que beaucoup de chrétiens « de la foi pure et pieuse » pensent autrement ; il refuse le nom de chrétiens à ceux « qui disent qu’il n’y a pas de résurrection des morts » et que les âmes montent au ciel à la mort.
- 81, 3-4 : l’apôtre Jean a prophétisé dans une révélation les mille ans à Jérusalem, après lesquels viendront la résurrection générale et le jugement.
- Justin, Première Apologie 52 (vers 150-155) : les prophètes ont annoncé deux avènements, l’un passé, dans l’humiliation, et le second, quand il viendra du ciel avec gloire et ses anges, ressuscitera les corps de tous les hommes et jugera.
- Irénée, Contre les hérésies (vers 180), livre V : l’Antichrist reste à venir (V, 30) ; contre ceux qui spiritualisent, il défend une résurrection des justes, un règne terrestre puis la résurrection générale (V, 31-36) ; il refuse qu’on allégorise ces prophéties (V, 35, 1). En V, 31, 1, il vise ceux qui disent qu’à la mort ils montent aussitôt au-dessus des cieux et rejettent la résurrection de l’homme entier.
- Hippolyte de Rome, Sur le Christ et l’Antichrist (vers 200), 64-65 : après la dernière semaine de Daniel, l’abomination et les deux prophètes, « que reste-t-il, sinon la venue de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ du ciel ? », puis la résurrection et le royaume des saints (Daniel 12:2). Voir Daniel 9.24-27.
- Eusèbe de Césarée :
- Histoire ecclésiastique III, 5-8 (vers 312-325) : la guerre et la ruine racontées d’après Josèphe sont la « vraie prédiction » du Sauveur (III, 7, 1-2, avec Mt 24:19-21) ; Dieu a différé la ruine de quarante ans (III, 7, 9). Voir Destruction de Jérusalem (70).
- Démonstration évangélique VI, 15 : un oracle des prophètes s’accomplira plus exactement à sa « seconde venue en gloire », à la consommation du siècle.
- Sa lettre à l’Église de Césarée après Nicée (conservée par Socrate, Histoire ecclésiastique I, 8) cite le credo de son Église : le Fils « viendra de nouveau dans la gloire juger les vivants et les morts ». Le même homme lit donc Mt 24 accompli en 70 et confesse une venue future.
- Jean Chrysostome (vers 390), Homélies sur Matthieu 75-77 : Mt 24:4-22 vise la ruine de Jérusalem (la « fin » de 24:14 est la chute de la ville, hom. 75) ; à partir de 24:23, il passe à la seconde venue (hom. 76) ; « cette génération » désigne les croyants (hom. 77). Voir Matthieu 24.34.
Les symboles de foi
Formules usuelles en français ; les numéros sont ceux du Denzinger (DS, repris par Denzinger-Hünermann, DH).
- Symbole des apôtres (DS 30, texte reçu) : « il viendra juger les vivants et les morts » ; « la résurrection de la chair, la vie éternelle ».
- Symbole de Nicée (325 ; DS 125-126) : le Fils « viendra juger les vivants et les morts ». Le texte de 325 s’arrête à l’Esprit Saint et n’a pas d’article sur la résurrection.
- Symbole de Nicée-Constantinople (381 ; DS 150) : « il reviendra dans la gloire juger les vivants et les morts, et son règne n’aura pas de fin » ; « j’attends la résurrection des morts et la vie du monde à venir ».
- Symbole Quicumque, dit d’Athanase (date discutée, voir « À vérifier » ; DS 75-76, que cite le Catéchisme de l’Église catholique § 192) : le Christ viendra juger les vivants et les morts ; à sa venue, tous les hommes ressusciteront avec leurs corps et rendront compte de leurs actes.
Ce que ces textes montrent : de la fin du Ier siècle au IVe, aucun auteur conservé ne dit que la parousie, la résurrection générale ou le jugement ont eu lieu ; plusieurs (Barnabé, Eusèbe, Chrysostome) voient pourtant la ruine de 70 accomplie selon la prophétie, et la distinguent de la venue qu’ils attendent. Ce qu’ils ne montrent pas : ni que ces auteurs avaient raison, ni comment ils lisaient chaque texte de temps (« cette génération », « bientôt »), qu’ils commentent rarement avant Eusèbe et Chrysostome.
Les positions
Les critiques : l’Église n’a jamais connu cette doctrine
- Thèse : une doctrine que l’Église n’a jamais tenue, de Clément aux confessions réformées, est suspecte. Les témoins les plus proches des apôtres attendent encore la venue et la résurrection ; Polycarpe condamne même qui nie résurrection et jugement (Phil. 7, 1).
- Kenneth L. Gentry, « The Historical Problem with Hyper-Preterism », ch. 1 de When Shall These Things Be? A Reformed Response to Hyper-Preterism (dir. Keith A. Mathison, P&R, 2004). Il dit lui-même (blogue, 5 août 2016) que son chapitre critique l’« hyperprétérisme » d’un point de vue historique et confessionnel, non exégétique, et que l’argument des credo est un premier test, « not as the final word ». Déjà en 1997, la Chalcedon Report (numéro de juillet, « The Hymenaean Heresy ») réunissait Gentry, Jim West et P. Andrew Sandlin contre la même doctrine ; Sandlin y invoquait les symboles de Nicée et d’Athanase.
- Charles E. Hill, « Eschatology in the Wake of Jerusalem’s Fall », ch. 2 du même livre : l’eschatologie des chrétiens dans les décennies d’après 70. Le détail de son chapitre n’a pas pu être lu ; il est connu ici par les fiches 1 Corinthiens 15 et Prétérisme complet et par la réponse de Gentry (voir plus bas). Nathan Eshelman (Gentle Reformation, 10 juin 2024) cite Hill contre l’idée que l’Église ancienne aurait perdu l’eschatologie du Nouveau Testament.
- Douglas Wilson, « Sola Scriptura, Creeds, and Ecclesiastical Authority », ch. 6 du même livre : le rapport entre l’Écriture seule et les credo.
- Keith A. Mathison : son chapitre du livre porte sur les textes de temps (ch. 4). Son argument sur l’autorité vient d’abord de The Shape of Sola Scriptura (Canon Press, 2001) : il distingue le sola scriptura des Réformateurs (« Tradition I » : l’Écriture seule autorité infaillible, lue dans la règle de foi de l’Église ancienne) et un solo scriptura (« Tradition 0 ») qui rejette credo et tradition. Le livre vise expressément le prétérisme complet, sous le nom de « pantélisme » : aux p. 242-243, il discute de « pantélistes », dont John Noē, qui rejettent l’autorité des credo œcuméniques, et envisage que les credo s’opposent clairement à la vue prétériste (extraits Google Books ; le mot « hyper-preterism » n’y apparaît pas).
- Richard L. Mayhue (The Master’s Seminary Journal 14/1, 2003, p. 22) cite la Didachè et Justin pour montrer que l’Église d’après 70 attendait encore la venue (voir Matthieu 24.34).
- Dennis M. Swanson (TMSJ 15/1, 2004) : aucune confession, aucune Église, aucun séminaire n’a jamais tenu cette doctrine (d’après la fiche Prétérisme complet).
- Les anciens prétéristes complets. Sam Frost, depuis 2010, part de la christologie et des credo (Nicée, Chalcédoine, Westminster) ; Roderick Edwards décrit l’histoire du mouvement et la manière d’en débattre (série « Answering Preterism »), sans que le détail de ses arguments sur les Pères ait été vérifié.
Les prétéristes complets : l’Écriture d’abord
Leurs réponses, telles que les sources consultées les documentent, sont de quatre sortes.
- L’Écriture seule juge. Les credo et les Pères ne sont pas inspirés ; ils peuvent se tromper. Ed Stevens le répond à Gentry en 1999 (Stevens Response to Gentry, cité par Swanson, p. 49-50) ; c’est aussi la thèse de Misplaced Hope, écrit par Sam Frost pendant sa période prétériste (fiche Prétérisme complet).
- Les credo ne départagent pas les partiels. Daniel E. Harden (réponse à Gentry, 30 mai 1999, site de la Berean Bible Church) : aucun credo n’enseigne plusieurs parousies ; les credo parlent d’une seule venue, et les textes qu’ils supposent futurs (Mt 24:29-31) sont justement ceux que Gentry place en 70 ; l’appel aux credo se retourne donc contre lui. House Divided (dir. David A. Green, avec Edward J. Hassertt et Michael J. Sullivan, 2009 ; 2e éd. 2013) ajoute que les réformés placent eux-mêmes en 70 des textes que d’autres réformés rattachent à la fin, et présente le prétérisme complet comme un développement de la théologie réformée.
- L’histoire est plus variée qu’on ne le dit. David B. Curtis (« The Significance of AD70 in Church History », Berean Bible Church, 21 septembre 2025) conteste qu’« all of the early fathers » aient lu Mt 24 et l’Apocalypse au futur : il énumère Clément d’Alexandrie, Tertullien, Origène, Chrysostome, Augustin (Daniel 9 et Mt 24), Barnabé, Athanase, Eusèbe, puis André et Arethas de Césarée de Cappadoce pour l’Apocalypse. L’argument montre une lecture ancienne de 70 ; il ne produit pas de Père qui place la parousie en 70.
- Le silence des sources et l’enlèvement. J. Stuart Russell et Ed Stevens voient dans la rareté des sources chrétiennes autour de 70 et dans la disparition des dirigeants un indice de l’enlèvement des fidèles vivants à la parousie (fiches Ed Stevens et 1 Thessaloniciens 4.13-18 ; Expectations Demand a First Century Rapture). Final Decade Before the End (Stevens, décembre 2014, 244 p.) reconstitue les années 60 d’après Josèphe, Tacite, Yosippon, Hégésippe et Eusèbe ; l’emploi précis de ce livre pour l’« énigme » de l’après-70 n’a pas été vérifié.
Les auteurs du corps collectif (Don K. Preston, Michael J. Sullivan, William Bell) n’ont pas besoin d’un enlèvement : pour eux, la résurrection n’était pas un événement visible pour le monde, ce qui expliquerait qu’on ne l’ait pas remarqué. Leurs textes précis sur les Pères n’ont pas été trouvés (voir « À vérifier »).
Les prétéristes partiels : les credo n’exigent que le retour final
- Thèse : les credo ne parlent pas de 70 ; ils confessent un retour en gloire, la résurrection et le jugement, que les partiels gardent au futur. On peut donc placer en 70 la grande tribulation et une venue « en jugement » sans contredire aucun symbole (Gentry ; fiche Prétérisme partiel).
- Appui ancien : Eusèbe est l’exemple même de cette position double : Mt 24 accompli dans la guerre (H. E. III, 7), venue en gloire confessée au futur (lettre à Césarée, Dém. év. VI, 15). Chrysostome aussi coupe le discours au v. 23. Barnabé lit la ruine du Temple comme accomplie et attend encore le Fils. Gary DeMar et Francis X. Gumerlock (The Early Church and the End of the World, American Vision, 2006) rassemblent des textes anciens qui lisent une partie des prophéties en 70 ; Gumerlock y signe les chapitres sur le discours du mont des Oliviers dans l’Antiquité et au Moyen Âge, et sur la date de l’Apocalypse dans l’Église ancienne, sans être lui-même prétériste selon son site.
- Difficulté : les Pères ne suivent pas non plus les partiels modernes sur tout (Chrysostome lit « cette génération » des croyants ; Justin et Irénée sont millénaristes) ; l’argument des Pères vaut contre les complets, mais il ne valide pas pour autant la lecture partielle, ce que Harden relève.
Réponses et contre-réponses
- Objection : aucun auteur d’après 70 ne dit la parousie passée (Hill ; Gentry ; Mayhue).
- Réponse : la tradition n’est pas l’Écriture ; l’Église a pu se tromper (Stevens 1999 ; Frost, période prétériste).
- Réplique : un credo n’est qu’une exégèse systématisée ; Stevens oppose la sienne à deux mille ans d’Église (Swanson). Le sola scriptura des Réformateurs n’a jamais voulu dire une lecture sans la règle de foi (Mathison, The Shape of Sola Scriptura ; Wilson, ch. 6).
- Objection : les plus proches témoins se trompaient donc tous, même ceux qui avaient connu des apôtres (Polycarpe, disciple de Jean selon Irénée cité par Eusèbe, H. E. V, 20).
- Réponse (Stevens) : les fidèles vivants ont été enlevés en 70 ; ceux qui écrivent après sont une génération nouvelle, mal informée ; le silence des sources en est l’indice.
- Réplique : c’est un argument tiré d’une absence (fiche 1 Thessaloniciens 4.13-18) ; l’Église de Jérusalem survit à 70 et se réfugie à Pella (Eusèbe, H. E. III, 5, 3) ; Siméon, deuxième évêque de Jérusalem, meurt martyr sous Trajan d’après Hégésippe (Eusèbe, H. E. III, 32). La plupart des complets ne retiennent d’ailleurs pas l’enlèvement de Stevens.
- Objection : les credo condamnent d’avance le prétérisme complet (Gentry, Sandlin, Frost).
- Réponse (Harden) : ils condamnent aussi la double venue des partiels, car ils ne connaissent qu’une venue.
- Réplique (partiels) : les credo ne parlent pas d’une venue en jugement sur Jérusalem ; ils ne nient pas qu’il y en ait eu une ; ce qu’ils affirment, le retour en gloire et la résurrection des corps, les partiels le confessent. Gentry présente l’argument comme un premier test, non comme la preuve (2016).
- Objection : certaines lettres datent peut-être d’avant 70 (Robinson pour 1 Clément et la Didachè ; Audet pour la Didachè) ; elles ne prouveraient alors rien sur l’après-70.
- État : la fiche Prétérisme complet note qu’aucun auteur prétériste complet n’a été trouvé qui fasse cet argument ; la présente recherche n’en a pas trouvé non plus. Il resterait de toute façon Barnabé (après 70 par 16, 3-4), Ignace, Polycarpe, Papias et Justin.
- Objection inverse, du côté complet : la longue attente embarrasse aussi les Pères. Clément cite déjà des sceptiques qui ont vieilli sans rien voir (1 Clém. 23, 3) ; Ignace écrit vers 110 que « ce sont les derniers temps » (Éph. 11, 1). Pour un complet, ces textes montrent une Église qui garde le langage de l’imminence sans en garder l’échéance ; pour un critique, ils montrent qu’on attendait encore la venue après la ruine du Temple. Cette double lecture est une interprétation des textes ; elle n’a pas été trouvée sous cette forme chez un auteur précis.
Ce qui est établi et ce qui reste ouvert
Établi par les textes :
- Aucun écrit chrétien conservé de la fin du Ier siècle au IVe ne dit que la parousie, la résurrection générale ou le jugement dernier ont eu lieu en 70 ; plusieurs les attendent expressément (Didachè 16 ; 1 Clém. 23-26 et 50 ; Polycarpe, Phil. 2 et 7 ; Barnabé 15 ; Justin, 1 Apol. 52 et Dial. 80-81 ; Irénée V ; Hippolyte 64-65).
- Des auteurs anciens lisent pourtant la ruine de 70 comme l’accomplissement des paroles de Jésus (Barnabé 16 ; Eusèbe, H. E. III, 5-8 ; Chrysostome, hom. 75-76), tout en confessant une venue future (Eusèbe, lettre à Césarée ; Dém. év. VI, 15).
- Les symboles anciens confessent au futur le retour pour juger et la résurrection ; ils ne parlent ni de 70 ni d’une venue en jugement distincte.
- Dès le IIe siècle, l’eschatologie n’est pas uniforme : Justin reconnaît des chrétiens orthodoxes non millénaristes (Dial. 80, 2), et Eusèbe désapprouve le millénarisme de Papias.
Ce que les sources ne tranchent pas :
- Si le consensus ancien doit faire autorité, ce qui est une question de principe (Écriture et tradition), non d’histoire : les deux camps l’admettent, puisque Gentry tient l’argument pour un premier test et que les complets en appellent à l’Écriture.
- La date exacte de la Didachè et de 1 Clément, et donc la distance entre ces textes et 70.
- La cause de la rareté des sources chrétiennes autour de 70 : rareté ordinaire des documents de cette époque, ou indice d’un événement (Stevens) ; aucune source ne le dit.
- La nature de ce que les complets disent arrivé en 70 : si c’était invisible pour le monde (corps collectif), l’absence de témoignage pèse moins ; si c’était un enlèvement physique (Stevens), elle pèse davantage, car on attendrait une trace.
À vérifier
- Le contenu exact du ch. 2 de Charles E. Hill dans When Shall These Things Be? (textes cités, pages) et la réponse de Gentry à Hill sur Postmillennial Worldview (24 février 2014, « Arguments against preterism ») : d’après un résumé de recherche, Gentry y reproche à Hill de faire naître le prétérisme de l’Apocalypse chez Alcázar en 1614 ou 1619 alors qu’André et Arethas de Césarée lisaient déjà l’Apocalypse en 70 ; page non lue directement.
- Ce que disent précisément Don K. Preston, Michael J. Sullivan et William Bell sur les Pères et l’« énigme » de l’après-70 (aucun texte trouvé).
- L’usage de Final Decade Before the End (Stevens, 2014) et de Expectations Demand a First Century Rapture pour expliquer le silence d’après 70 : pages et formulations.
- Le texte complet des p. 242-243 de The Shape of Sola Scriptura (Mathison, 2001), connu seulement par deux extraits de Google Books : quels « pantélistes » sont nommés et ce que Mathison leur répond.
- La position de Francis X. Gumerlock sur l’eschatologie des Pères au-delà de ses chapitres dans The Early Church and the End of the World ; voir aussi son Revelation and the First Century (recension de Gentry sur Postmillennial Worldview, 29 mai 2020).
- Le grec de 1 Clément 50, 3 (le mot que l’ANF rend par revelation, peut-être episkopē, « visite ») et de 1 Clément 23, 3 (l’« Écriture » citée, que l’on retrouve en 2 Clément 11).
- Hippolyte, Commentaire sur Daniel IV, 23-24 : le calcul qui placerait la fin du monde environ 500 ans après la naissance du Christ (référence de mémoire, non contrôlée).
- La date du symbole Quicumque (on le date d’ordinaire de la fin de l’Antiquité, après Athanase).
- Les numéros DS 125-126 pour le symbole de Nicée et DS 30 pour le Symbole des apôtres, dans l’édition Hünermann (DS 75-76 pour le Quicumque et DS 150 pour Nicée-Constantinople sont confirmés par les notes du Catéchisme).
- Les traductions françaises officielles des symboles (citées ici d’après les formules usuelles).
- La date de la Première Apologie et du Dialogue de Justin (vers 150-160, datation courante non contrôlée sur une source précise).
Voir aussi
- Prétérisme complet · Prétérisme partiel
- Destruction de Jérusalem (70) · Matthieu 24.34 · 1 Thessaloniciens 4.13-18 · 1 Corinthiens 15 · Daniel 9.24-27 · Apocalypse 1.1-3
- Hyménée et Philète · Date de l’Apocalypse · Actes 1.11 et le retour visible · Les grands débats publics
- Kenneth L. Gentry · Keith A. Mathison · Ed Stevens · Sam Frost · Roderick Edwards · J. Stuart Russell · Gary DeMar
- Méthode · Auteurs à étudier
Sources
- Bible : Louis Segond 1910, transcription Wikisource (
_outils/segond1910-wikisource.txt) : 1 Co 16:22 ; 2 Th 2:15. Ap 22:20 : traduction de Pierre Savignac,Traductions/Apocalypse/livre/chapitre-22-versets-01-21.md. - 1 Clément 23-26 et 50 (ANF, vol. 9), https://www.newadvent.org/fathers/1010.htm
- Didachè 10 et 16 (trad. M. B. Riddle, ANF, vol. 7), https://www.newadvent.org/fathers/0714.htm
- Ignace, Aux Éphésiens 11, https://www.newadvent.org/fathers/0104.htm ; À Polycarpe 3, https://www.newadvent.org/fathers/0110.htm ; Aux Tralliens 9, https://www.newadvent.org/fathers/0106.htm
- Polycarpe, Aux Philippiens 2 et 7, https://www.newadvent.org/fathers/0136.htm
- Épître de Barnabé 4, 15 et 16, https://www.newadvent.org/fathers/0124.htm
- Justin, Dialogue avec Tryphon 80-81, https://www.newadvent.org/fathers/01286.htm ; Première Apologie 52, https://www.newadvent.org/fathers/0126.htm
- Eusèbe, Histoire ecclésiastique III (5-8, 32, 39), https://www.newadvent.org/fathers/250103.htm ; Démonstration évangélique VI, 15 (trad. W. J. Ferrar, 1920), https://tertullian.org/fathers/eusebius_de_08_book6.htm
- Socrate, Histoire ecclésiastique I, 8 (lettre d’Eusèbe à Césarée et credo de Nicée), https://www.newadvent.org/fathers/26011.htm
- Irénée, Contre les hérésies V, 31 et 35, https://www.newadvent.org/fathers/0103531.htm ; https://www.newadvent.org/fathers/0103535.htm
- Hippolyte, Sur le Christ et l’Antichrist 64-65, https://www.newadvent.org/fathers/0516.htm
- Jean Chrysostome, Homélies sur Matthieu 76 et 77, https://www.newadvent.org/fathers/200176.htm ; https://www.newadvent.org/fathers/200177.htm
- Catéchisme de l’Église catholique § 192 (DS 75-76) et notes du § 242 et suivants (DS 150), https://www.vatican.va/archive/ENG0015/__P14.HTM ; https://www.vatican.va/archive/ENG0015/__P17.HTM
- Dates des Pères apostoliques : Early Christian Writings, http://www.earlychristianwritings.com/1clement.html ; /didache.html ; /ignatius.html ; /polycarp.html ; /barnabas.html ; /papias.html
- J. V. M. Sturdy, recension de J. A. T. Robinson, Redating the New Testament (1976), Journal of Theological Studies (1979), https://gospelstudies.org.uk/biblicalstudies/pdf/jts/033_025.pdf (référence de la recherche ; numéro de volume à contrôler)
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- Keith A. Mathison (dir.), When Shall These Things Be? A Reformed Response to Hyper-Preterism (P&R, 2004), table des matières d’après la fiche Prétérisme partiel ; https://store.ligonier.org/when-shall-these-things-be-paperback
- Kenneth L. Gentry, « Debating HyperPreterists », 5 août 2016, https://www.goodreads.com/author_blog_posts/13737403-debating-hyperpreterists
- Kenneth L. Gentry, « Arguments against preterism », Postmillennial Worldview, 24 février 2014, https://postmillennialworldview.com/2014/02/24/arguments-against-preterism/ (connu par un résumé de recherche)
- P. Andrew Sandlin, « Hymenaeanus Resurrected », Chalcedon Report, 1er juillet 1997, https://chalcedon.edu/resources/articles/hymenaeanus-resurrected
- Daniel E. Harden, réponse à K. L. Gentry, 30 mai 1999, https://www.bereanbiblechurch.org/transcripts/eschatology/heretic.htm
- David B. Curtis, « The Significance of AD70 in Church History », 21 septembre 2025, https://www.bereanbiblechurch.org/transcripts/eschatology/significance-of-ad70-in-church-history.htm
- Nathan Eshelman, « Preterism Exposed: the Heresy of Hymenaeus », Gentle Reformation, 10 juin 2024, https://gentlereformation.com/2024/06/10/untitled-49/
- The Shape of Sola Scriptura (Mathison, Canon Press, 2001), résumé Wikipédia, https://en.wikipedia.org/wiki/The_Shape_of_Sola_Scriptura ; extraits des p. 242-243, Google Books : https://books.google.ca/books/about/The_Shape_of_Sola_Scriptura.html?id=w_PHAGr2TfgC
- Francis X. Gumerlock, présentation de The Early Church and the End of the World, https://francisgumerlock.com/?p=13 ; recension, https://francisgumerlock.com/?p=90
- Richard L. Mayhue, « Jesus: A Preterist or a Futurist? », The Master’s Seminary Journal 14/1 (2003), https://tyndale.tms.edu/wp-content/uploads/2021/09/tmsj14a.pdf
- Fiches de ce recueil : Prétérisme complet (Swanson 2004, Stevens 1999, Frost), Ed Stevens, 1 Thessaloniciens 4.13-18, 1 Corinthiens 15, Destruction de Jérusalem (70).