En bref
Luther Weigle a présidé le comité de la Revised Standard Version (RSV), la révision américaine qui, en 1952, a voulu remplacer la King James dans les Églises protestantes. Doyen de la faculté de théologie de Yale et homme clé du protestantisme libéral organisé, il a fait de la RSV la Bible officielle du Conseil national des Églises (NCC). C’est sous sa présidence qu’Isaïe 7:14 est devenu « la jeune femme » au lieu de « la vierge », ce qui a déclenché la plus grande controverse biblique américaine du siècle.
Provenance et confession
Luther Allan Weigle naît le 11 septembre 1880 à Littlestown, en Pennsylvanie, dans une famille de pasteurs luthériens d’origine allemande : son père est pasteur. Il étudie au Gettysburg College (diplômé en 1900), puis au séminaire luthérien de Gettysburg, et le synode d’Allegheny l’ordonne pasteur luthérien en 1903. Il obtient ensuite un doctorat à Yale (1905). Vers 1916, appelé à la Yale Divinity School, liée au congrégationalisme, il transfère son ministère à l’Église congrégationaliste. Il se décrivait lui-même comme « républicain en politique, luthérien en théologie et congrégationaliste d’affiliation ». Ses appartenances documentées sont publiques et ecclésiastiques : Federal Council of Churches (président du comité qui prépare sa fusion dans le NCC, 1941-1950), Conseil national des Églises (NCC) à sa fondation, International Council of Religious Education. Aucune loge ni cercle n’est documenté.
Vie
Né à Littlestown (Pennsylvanie) en 1880, fils d’un pasteur luthérien, Weigle étudie au Gettysburg College et obtient un doctorat de Yale (1905). Il enseigne la philosophie au Carleton College à partir de 1905 (doyen de 1909 à 1914), puis entre à la Yale Divinity School en 1916, dont il est doyen de 1928 à 1949. Spécialiste de l’éducation religieuse, il préside de 1941 à 1950 le comité qui prépare la fusion de la Federal Council of Churches et d’autres organismes, et participe ainsi à la fondation du National Council of Churches en 1950. Il meurt à New Haven le 2 septembre 1976.
Influence sur la Bible et la doctrine
Les faits.
- En 1937, l’International Council of Religious Education, propriétaire des droits de l’American Standard Version, autorise une révision. Weigle préside le comité : Nouveau Testament en 1946, Bible complète le 30 septembre 1952, lancée par une grande campagne publicitaire.
- Le texte du Nouveau Testament suit le texte critique de l’époque (17e édition du Nestle-Aland) ; la finale de Marc (16:9-20) et la femme adultère sont d’abord placées en note, la Comma de 1 Jn 5:7 disparaît, et 1 Tm 3:16 se lit « Celui qui a été manifesté ».
- En Isaïe 7:14, le comité traduit l’hébreu almah par « jeune femme », avec « vierge » en note. Pour de nombreux pasteurs, c’était nier la prophétie de la naissance virginale citée en Mt 1:23 (où la RSV garde « vierge », d’après le grec parthenos).
- La réaction est violente : en novembre 1952, le pasteur Martin Luther Hux, en Caroline du Nord, brûle publiquement la page d’Isaïe 7 ; d’autres brûlent la RSV entière. Des tracts parlent de la « Bible du Conseil national ».
- Weigle défend le choix comme philologique : almah désigne une jeune femme en âge de se marier, l’hébreu ayant un autre mot (betulah) pour la virginité.
Interprétation. Le débat philologique est réel, et des savants conservateurs ont aussi discuté le sens d’almah. Les critiques du comité font valoir que le choix rompait le lien entre Isaïe et Matthieu, que le Nouveau Testament affirme lui-même, et que la Septante, traduite par des Juifs avant le Christ, avait déjà rendu almah par parthenos ; selon eux, traduire l’Ancien Testament sans tenir compte du Nouveau est une option théologique, pas seulement linguistique. Les défenseurs répondent qu’une traduction de l’hébreu doit rendre l’hébreu, que la note « vierge » laissait le choix au lecteur, et que la RSV garde « vierge » en Mt 1:23. Les deux positions sont argumentées ; le choix, lui, était annoncé et non caché.
Financement et réseaux
- Documenté : en 1937, l’éditeur Thomas Nelson & Sons obtient l’exclusivité de la publication de la RSV pour dix ans en échange d’avances qui financent le travail du comité ; les droits passent au NCC à sa fondation (1950).
- Allégué : en 1960, un manuel de formation de la réserve de l’US Air Force affirme que, sur les 95 personnes qui ont travaillé au projet de la RSV, 30 ont été liées à des organisations, projets et publications « pro-communistes ». Le manuel est retiré par le secrétaire à l’Air Force, Dudley C. Sharp, après protestation du NCC (audience de la commission des activités antiaméricaines de la Chambre, 25 février 1960). Des auteurs comme Billy James Hargis reprennent l’accusation. Les affiliations alléguées n’ont pas été démontrées d’une manière qui prouve un dessein politique sur la traduction.
- Non démontré : un financement par Rockefeller de la RSV elle-même (les liens de John D. Rockefeller Jr. avec le Federal Council of Churches sont une autre question, voir sa fiche).
Signaux d’alerte
- 7. Pouvoir politique servi (allégué par le manuel de formation de la réserve de l’US Air Force de 1960, retiré la même année, et par Billy James Hargis) : des membres et conseillers liés à la RSV auraient eu des affiliations avec des organisations « de façade » communistes. L’accusation vise le comité dans son ensemble : le passage du manuel lu à l’audience de 1960 ne nomme pas Weigle ni personne d’autre, et aucune source ne montre que la traduction ait servi un dessein politique.
Le signal 2 ne s’applique pas : le financement par Thomas Nelson & Sons puis par le NCC est connu et publié. Le signal 5 non plus au sens du barème : les choix contestés (Is 7:14, passages témoins mis en note) reposent sur l’hébreu ou sur des manuscrits, et sont signalés en note. Conclusion : rien de suspect documenté sur l’homme ; l’allégation de 1960 pourrait être examinée dans les archives du Congrès et du NCC.
Pourquoi cette note
Trois étoiles (note recalculée lors de la relecture de neutralité ; elle était de deux). Critères du barème : honnêteté et transparence bonnes (choix signalés en note, introduction publiée par le comité) ; indépendance : travail financé par un éditeur commercial puis propriété du NCC, ce qui est connu mais lie la traduction à une organisation qui en tire des revenus ; fidélité au texte discutée : texte critique pour le Nouveau Testament, et en Isaïe 7:14 un choix philologique défendable qui rompt la lecture reçue d’une prophétie citée par Matthieu. Weigle était un homme compétent, la RSV a des qualités de langue réelles ; l’apport est réel mais mêlé.
Voir aussi
- Revised Standard Version · American Standard Version · New Revised Standard Version
- Conseil national des Églises (NCC) · Bruce Metzger · John D. Rockefeller Jr.
- Septante · Texte massorétique · Financements - documenté et allégué
Sources
- Luther A. Weigle (dir.), An Introduction to the Revised Standard Version of the Old Testament, 1952.
- Peter J. Thuesen, In Discordance with the Scriptures: American Protestant Battles over Translating the Bible, Oxford University Press, 1999.
- U.S. House of Representatives, Committee on Un-American Activities, Issues Presented by Air Reserve Center Training Manual, audience du 25 février 1960 (texte du manuel, retrait par Dudley C. Sharp).
- Yale University Library, Luther Allan Weigle Papers (MS 1042), notice biographique (ordination de 1903, transfert au congrégationalisme).