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Revised Standard Version

Révision de l'American Standard Version faite sous l'autorité de l'International Council of Religious Education, puis du Conseil national des Églises (NCC), propriétaire du droit d'auteur.

En bref

Révision de l’American Standard Version faite sous l’autorité de l’International Council of Religious Education, puis du Conseil national des Églises (NCC), propriétaire du droit d’auteur. Langue moderne et élégante, texte critique, choix libéraux sur des versets messianiques. Elle a été brûlée en chaire par certains pasteurs à sa sortie, et elle est la mère directe de la New Revised Standard Version et de l’English Standard Version.

Histoire

Documenté. L’ICRE, qui détient le droit de l’ASV depuis 1928, nomme un comité en 1930, puis, après le retard dû à la Crise, vote la révision en 1937. Le comité, présidé par Luther Weigle (doyen de la faculté de théologie de Yale), publie le Nouveau Testament en 1946 et la Bible complète le 30 septembre 1952, lancée par une campagne publicitaire nationale. L’ICRE est absorbé par le NCC à sa fondation en 1950.

Réactions : Isaïe 7:14 rendu par « young woman » (au lieu de « virgin ») déclenche la colère des conservateurs ; un pasteur baptiste de Caroline du Nord brûle un exemplaire pendant un culte, fin novembre 1952. En 1960, un manuel de formation de la réserve de l’US Air Force accuse une trentaine de membres du comité d’affiliations communistes ; le manuel est retiré après protestations. Interprétation : ces épisodes relèvent de la guerre froide autant que de l’exégèse.

Texte source et méthode

Nouveau Testament : texte critique éclectique (Nestle). Ancien Testament : texte massorétique, corrigé en plusieurs endroits d’après les Manuscrits de la mer Morte (Isaïe) et la Septante. Méthode formelle allégée, prose moderne de bonne tenue littéraire.

Passages témoins

PassageTraitement
Mt 24:34« cette génération », rendu mot à mot, sans note.
Ap 1:1« bientôt » (soon).
1 Jn 5:7-8Comma absent, sans mention dans le texte.
Mc 16:9-20En 1946-1952, la finale longue (et Jn 7:53-8:11) est reléguée en note de bas de page ; la 2e édition de 1971 la remet dans le texte, séparée.
1 Tm 3:16Rend le sujet par un pronom (« il »), non par « Dieu ».
Ap 22:19« arbre de vie ».
Ac 8:37Absent du texte, en note.

Notes, livres et doctrine

Apocryphes traduits en 1957 ; éditions catholique (1965-1966) et œcuménique (Common Bible, 1973). Notes sobres, surtout textuelles. Les controverses ont porté sur des choix lexicaux de l’Ancien Testament : Is 7:14 rendu « young woman » (sens courant de l’hébreu almah, alors que la Septante et Mt 1:23 ont « vierge ») et Ps 45:6, où le comité a choisi une lecture que des critiques jugeaient moins christologique. Ces choix sont défendables philologiquement ; ils sont signalés : l’édition donne en note « Or virgin » (Is 7:14) et « Or Your throne is a throne of God, or Thy throne, O God » (Ps 45:6) (texte vérifié sur BibleGateway). Ce qu’on peut leur reprocher au regard du barème, c’est d’avoir relégué en note la lecture ancienne, reprise par le Nouveau Testament (Mt 1:23, Hé 1:8).

Financements

  • Documenté : en 1936, un accord avec Thomas Nelson & Sons assure le financement : Nelson obtient l’exclusivité d’impression pour dix ans et verse des avances sur droits d’auteur qui paient les traducteurs. Le droit d’auteur appartient ensuite au NCC (Division of Christian Education), qui tire des redevances des éditeurs autorisés.
  • Documenté : John D. Rockefeller Jr. a financé le Federal Council of Churches, prédécesseur du NCC (dons attestés dans ses archives et ses biographies).
  • Allégué : des auteurs fondamentalistes et « King James seulement » affirment que la RSV serait un projet communiste, ou un produit de l’argent Rockefeller.
  • Non démontré : aucun don Rockefeller lié spécifiquement à la traduction RSV n’est documenté ; l’accusation communiste de 1960 a été retirée par l’Air Force elle-même. Voir Financements - documenté et allégué.

Ce qu’on lui reproche

  • Le reproche : « young woman » en Isaïe 7:14. Les fondamentalistes et une grande partie des évangéliques (Oswald T. Allis ; la presse baptiste ; Carl McIntire) accusent le comité de nier la naissance virginale. Fin novembre 1952, le pasteur baptiste Martin Luther Hux, de Rocky Mount (Caroline du Nord), brûle un exemplaire de la RSV pendant un culte (presse de décembre 1952) ; le motif est souvent rapporté comme étant Is 7:14, mais Bruce Metzger, dans un entretien de 1998 (Lee Strobel), évoque un pasteur qui reprochait au comité d’avoir mis « comrades » au lieu de « fellows » en Hé 1:9, et l’accusait de communisme ; qu’il s’agisse de Hux n’est pas établi. Pourquoi ce choix : le sens courant de l’hébreu almah est « jeune femme » ; l’hébreu a un autre mot pour « vierge » (betoulah) ; le comité a gardé « virgin » en Mt 1:23, où le grec dit parthenos, et a mis une note « Or virgin » en Is 7:14 (texte vérifié sur BibleGateway). Réponse : Harry Orlinsky, membre juif du comité, et Luther Weigle défendent le choix philologique ; les critiques répondent que la Septante, traduction juive préchrétienne, avait déjà parthenos. Voir Ésaïe 7-14 - vierge ou jeune femme.
  • Le reproche : affaiblir les textes sur la divinité du Christ. Mêmes critiques (Allis, Revision or New Translation?, 1948, sur le NT de 1946). Passages : Rm 9:5, ponctué de façon à faire de « Dieu » une doxologie séparée ; Ps 45:6, « Your divine throne » au lieu de « Thy throne, O God » ; Jn 3:16, « only Son » au lieu de « only begotten » ; 1 Tm 3:16. Pourquoi : pour Rm 9:5, la ponctuation n’existe pas dans les manuscrits anciens et le comité a choisi une lecture défendue par des savants depuis le XIXe siècle, avec l’autre en note ; pour monogenès, le comité suivait des études lexicales récentes (« unique » plutôt que « engendré »). Réponse : Weigle et Metzger soulignent que les notes donnent les autres lectures ; la NRSV est revenue à la lecture christologique de Rm 9:5, et l’ESV à « O God » en Ps 45:6.
  • Le reproche : « expiation » au lieu de « propitiation ». Des théologiens réformés (Leon Morris, The Apostolic Preaching of the Cross, 1955) reprochent d’avoir suivi C. H. Dodd, pour qui hilastèrion n’implique pas l’apaisement d’une colère. Passages : Rm 3:25 ; 1 Jn 2:2 ; 4:10. Pourquoi : la thèse lexicale de Dodd (1931), dominante dans les années 1940. Réponse : l’ESV est revenue à « propitiation » ; le débat lexical reste ouvert.
  • Le reproche : un projet « communiste » et œcuménique. Des fondamentalistes (Carl McIntire ; le manuel de l’Air Force de 1960) accusent des membres du comité de sympathies communistes ; d’autres visent le Conseil national des Églises (NCC). Pourquoi : sans rapport avec la traduction. Réponse : enquêtes et retrait du manuel (voir Histoire) ; ce reproche ne porte sur aucun verset.
  • Le reproche : trop d’hébreu corrigé. Des savants conservateurs, mais aussi des hébraïsants juifs, reprochent les corrections conjecturales de l’Ancien Testament et l’usage précoce d’Isaïe de Qumran. Pourquoi : l’Introduction de 1952 justifie chaque correction par les versions anciennes, et les signale en note. Réponse : beaucoup de ces corrections sont reprises par les versions évangéliques ultérieures (ESV).

Versets ajoutés ou retirés

Pourquoi cette note

Bonne langue, méthode formelle modérée, notes textuelles sobres. Le texte critique est un choix de critique textuelle, non compté comme une faute en soi. Réserves : finale de Marc et femme adultère reléguées en note en 1946-1952 (rétablies en 1971), corrections conjecturales de l’hébreu assez nombreuses, choix lexicaux contestés en Is 7:14 et Ps 45:6 (la lecture ancienne n’y est donnée qu’en note), et une institution propriétaire (le NCC) qui contrôle la lignée. « Utilisable, avec des choix discutables » : 3/5 (2/5 dans la première version de cette fiche).

Voir aussi

Luther Weigle · Conseil national des Églises (NCC) · American Standard Version · New Revised Standard Version · English Standard Version · Nestle-Aland · Mouvement de critique textuelle

Sources

  • Luther A. Weigle (dir.), An Introduction to the Revised Standard Version of the Old Testament, New York, Thomas Nelson & Sons, 1952.
  • Peter J. Thuesen, In Discordance with the Scriptures: American Protestant Battles over Translating the Bible, Oxford University Press, 1999.
  • Bruce M. Metzger, The Bible in Translation, Grand Rapids, Baker Academic, 2001.
  • Harry M. Orlinsky et Robert G. Bratcher, A History of Bible Translation and the North American Contribution, Atlanta, Scholars Press, 1991.
  • Oswald T. Allis, Revision or New Translation? The Revised Standard Version of 1946, Philadelphie, Presbyterian and Reformed, 1948.
  • Article sur la désapprobation de pasteurs locaux envers le geste du pasteur Hux (titre non relevé), Carteret County News-Times (Morehead City), 2 décembre 1952, p. 1 (newspapers.digitalnc.org).
  • Lee Strobel, The Case for Christ, Grand Rapids, Zondervan, 1998 (entretien avec Bruce Metzger).
  • Leon Morris, The Apostolic Preaching of the Cross, Londres, Tyndale Press, 1955.
  • C. H. Dodd, « Hilaskesthai, Its Cognates, Derivatives and Synonyms in the Septuagint », Journal of Theological Studies 32 (1931).