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American Standard Version

L'édition américaine de la Revised Version. Elle reprend presque tout le travail anglais de 1881-1885, en y intégrant les préférences du comité américain, dont la plus visible est l'emploi de « Jehovah » pour le nom divin dans l'Ancien Testament.

En bref

L’édition américaine de la Revised Version. Elle reprend presque tout le travail anglais de 1881-1885, en y intégrant les préférences du comité américain, dont la plus visible est l’emploi de « Jehovah » pour le nom divin dans l’Ancien Testament. Très littérale, elle est devenue la base de trois lignées : la Revised Standard Version (1952), la New American Standard Bible (1971) et la paraphrase de la Living Bible (1971).

Histoire

Documenté. Le comité américain, organisé par Philip Schaff en 1871-1872, travaillait en correspondance avec les réviseurs britanniques. Ses préférences rejetées furent imprimées en appendice de la RV. En échange, les Américains s’étaient engagés à ne pas publier leur propre édition pendant quatorze ans. En 1901, le comité survivant publie l’American Standard Version chez Thomas Nelson & Sons (New York). Schaff était mort en 1893.

En 1928, Thomas Nelson cède le droit d’auteur à l’International Council of Religious Education (ICRE). En renouvelant ce droit en 1929, l’ICRE se donne le pouvoir de réviser le texte : c’est l’origine juridique de la RSV, et donc, par l’ICRE devenu partie du Conseil national des Églises (NCC) en 1950, du contrôle du NCC sur cette lignée. L’ASV elle-même est aujourd’hui dans le domaine public.

Texte source et méthode

Même texte grec que la RV (fortement marqué par le Texte de Westcott et Hort) ; Ancien Testament massorétique. Méthode formelle extrême, souvent raide en anglais, mais précieuse pour l’étude. Le nom divin « Jehovah » rend le tétragramme, choix que les révisions ultérieures abandonneront (sauf la Traduction du monde nouveau, qui l’étendra au Nouveau Testament).

Passages témoins

PassageTraitement
Mt 24:34« This generation shall not pass away, till all these things be accomplished » : rendu mot à mot, sans note.
Ap 1:1« must shortly come to pass ».
1 Jn 5:7-8Comma Johanneum absent.
Mc 16:9-20Gardé, séparé, avec note marginale ; Jn 7:53-8:11 entre crochets.
1 Tm 3:16« He who was manifested in the flesh ».
Ap 22:19« the tree of life ».
Ac 8:37Retiré du texte, mentionné en marge.

Notes, livres et doctrine

Pas d’apocryphes, pas de notes doctrinales ; titres de chapitres et références marginales seulement. Aucune lecture eschatologique n’est imposée par l’appareil.

Financements

  • Documenté : le comité américain a fonctionné sur dons privés, réunis par un comité des finances, les réviseurs travaillant sans salaire (préface de l’édition américaine de 1881). Thomas Nelson & Sons a publié et détenu le droit d’auteur jusqu’en 1928.
  • Allégué : rien de particulier n’est allégué pour l’ASV elle-même ; les accusations visent plutôt la RV (Westcott et Hort) et la RSV (NCC).
  • Non démontré : aucun financement de fondation ou de banque n’est connu. Voir Financements - documenté et allégué.

Ce qu’on lui reproche

  • Le reproche : « Jehovah ». Des hébraïsants (et plus tard les comités de la RSV et de la NASB) reprochent d’avoir imposé partout une forme hybride du nom divin, que les Juifs ne prononcent pas et qui n’a jamais été une forme hébraïque réelle. Passage : tout l’Ancien Testament (environ 6 800 occurrences du tétragramme), par exemple Ex 6:3, Ps 83:18. Pourquoi ce choix : la préface de 1901 dit que les réviseurs américains ont jugé, à l’unanimité, qu’une « superstition juive » (a Jewish superstition) tenant le nom pour trop sacré pour être prononcé ne devait plus régir les versions anglaises. Réponse : les défenseurs disent que le nom propre de Dieu a une valeur théologique que « the LORD » efface. La préface de la RSV (1952) donne la position contraire : « Jehovah » ne représente aucune forme jamais employée en hébreu. Des lecteurs juifs ont aussi critiqué l’expression même de la préface de 1901.
  • Le reproche : le texte de Westcott et Hort. Les mêmes critiques que pour la RV (John William Burgon, puis le courant « King James seulement » : Wilkinson, 1930 ; D. A. Waite ; Peter Ruckman) visent les omissions du texte critique. Pourquoi : l’ASV reprend le texte grec de la RV, décidé par le comité britannique ; le comité américain ne l’a pas refait. Réponse : les défenseurs (Schaff, Companion, 1883) soutiennent que les plus anciens manuscrits sont les meilleurs témoins.
  • Le reproche : affaiblir l’inspiration. Comme la RV, l’ASV rend 2 Tm 3:16 « Every scripture inspired of God is also profitable », lecture que des conservateurs jugent restrictive. Pourquoi : choix grammatical, l’autre lecture étant donnée en marge. Réponse : la NASB, héritière conservatrice de l’ASV, est revenue à « All Scripture is inspired by God ».
  • Le reproche : des unitariens dans le comité. Des auteurs « King James seulement » soulignent que le comité américain comptait au moins un savant unitarien : Ezra Abbot, de Harvard, « Unitarian layman » selon la Schaff-Herzog Encyclopedia, membre du comité américain du Nouveau Testament dès 1871, auteur d’une étude sur la ponctuation de Rm 9:5 (1881). Pourquoi : le comité réunissait les meilleurs spécialistes du texte grec du pays, quelle que soit leur confession. Réponse : on ne relève pas de passage où un réviseur aurait fait passer seul une leçon unitarienne ; en Rm 9:5, l’ASV garde dans le texte « who is over all, God blessed for ever » et met la ponctuation défendue par Abbot (« he who is over all, God, be blessed for ever ») en marge.
  • Le reproche : un anglais raide. Des lecteurs et des critiques littéraires (dont les auteurs de la RSV dans leur préface de 1952) jugent l’ASV exacte mais peu lisible, ce qui a limité son usage aux études. Pourquoi : la règle du mot à mot et de la concordance verbale. Réponse : c’est précisément ce qui en fait encore une référence d’étude, et la base de la New American Standard Bible.

Versets ajoutés ou retirés

Même texte que la Revised Version : 1 Jean 5-7-8 - la Comma johannique absente ; Actes 8-37 - la confession de l’eunuque en marge ; Marc 16-9-20 - la finale de Marc séparée avec note ; Jean 7-53 à 8-11 - la femme adultère entre crochets ; 1 Timothée 3-16 - Dieu manifesté « He who » ; Apocalypse 22-19 - livre de vie ou arbre de vie « tree of life » ; Matthieu 6-13 - la doxologie du Notre Père hors du texte. Ancien Testament : texte massorétique sans les corrections de Qumran (antérieures à leur découverte), donc sans le verset nun de Psaume 145-13 - le verset nun ; « virgin » en Ésaïe 7-14 - vierge ou jeune femme, « They pierced » en Psaume 22-17 - ils ont percé (Ps 22:16 dans la numérotation anglaise), avec une note : « So the Septuagint, Vulgate, and Syriac », l’hébreu ponctué lisant « like a lion » ; « virgin » a aussi une note « Or, maiden » (texte vérifié sur BibleGateway).

Pourquoi cette note

Traduction littérale, sobre, sans appareil doctrinal, transparente sur les variantes (marges). Le texte grec critique (1 Tm 3:16, 1 Jn 5:7, Ac 8:37) est un choix de critique textuelle discuté mais visible, non compté comme une faute. Réserves : anglais raide, et « Jehovah », forme hybride (consonnes du tétragramme, voyelles d’Adonaï), qui est une convention plutôt qu’une restitution. Même jugement que la RV : 4/5 (3/5 dans la première version de cette fiche).

Voir aussi

Revised Version · Revised Standard Version · New American Standard Bible · Living Bible · Philip Schaff · Mouvement de critique textuelle · Conseil national des Églises (NCC)

Sources

  • The Holy Bible… American Standard Edition, New York, Thomas Nelson & Sons, 1901 (préface).
  • Matthew Brown Riddle, The Story of the Revised New Testament, American Standard Edition, Philadelphie, Sunday School Times, 1908.
  • Luther A. Weigle (dir.), An Introduction to the Revised Standard Version of the New Testament, ICRE, 1946 (historique des droits).
  • Bruce M. Metzger, The Bible in Translation, Grand Rapids, Baker Academic, 2001.
  • Peter J. Thuesen, In Discordance with the Scriptures: American Protestant Battles over Translating the Bible, Oxford University Press, 1999.
  • Philip Schaff, A Companion to the Greek Testament and the English Version, New York, Harper, 1883.
  • John William Burgon, The Revision Revised, Londres, John Murray, 1883.
  • Benjamin G. Wilkinson, Our Authorized Bible Vindicated, Washington, 1930 (critique « King James seulement »).
  • The Holy Bible, Revised Standard Version, New York, Thomas Nelson & Sons, 1952 (préface, sur « Jehovah »).
  • Ezra Abbot, « On the Construction of Romans ix. 5 », Journal of the Society of Biblical Literature and Exegesis 1/2, déc. 1881, p. 87-154 ; suite : « Recent Discussions of Romans ix. 5 », ibid. 3/2, déc. 1883, p. 90-112.