Critère de la note : fiabilité comme base de traduction, c’est-à-dire proximité avec les textes originaux hébreu et grec, soin de l’édition, absence de leçon introduite sans appui.
En bref
La Vulgate clémentine est l’édition officielle de la Vulgate de Jérôme de Stridon, publiée à Rome en 1592 sous Clément VIII pour appliquer le décret du concile de Trente (1546) qui déclarait la Vulgate « authentique ». Elle a servi de base aux Bibles catholiques en langues modernes jusqu’au XXe siècle, dont la Bible de Douai-Reims (révision de Challoner) et la Bible de Port-Royal.
Histoire
Faits documentés.
- 8 avril 1546 : le concile de Trente déclare que la Vulgate doit être tenue pour authentique dans les lectures publiques, les disputes et les prédications, et demande une édition aussi correcte que possible.
- 1590 : Sixte V publie sa propre édition (la « Sixtine »), corrigée en partie de sa main et imposée par une bulle. Elle contient de nombreuses fautes ; à sa mort, quelques mois plus tard, elle est retirée.
- 1592 : sous Clément VIII, une commission (où siège Robert Bellarmin) publie une édition révisée, sous le nom de Sixte V pour ménager son autorité ; on l’appelle « sixto-clémentine ». La préface au lecteur est attribuée à Bellarmin. Des éditions corrigées suivent en 1593 et 1598.
- Elle reste le texte officiel jusqu’à la Nova Vulgata de 1979 (Jean-Paul II). L’édition critique de Stuttgart (Robert Weber, 1969) et celle des bénédictins de Rome (1926-1995) montrent ce que Jérôme avait écrit, avant les ajouts médiévaux.
Fiabilité : arguments
Pour.
- Elle transmet la traduction de Jérôme, faite au IVe siècle sur l’hébreu pour la plupart des livres de l’Ancien Testament, et sur des manuscrits grecs anciens pour les Évangiles.
- Texte stable, lu dans tout l’Occident pendant près de quatre siècles.
Réserves.
- C’est une traduction, non un texte original : traduire la Vulgate, c’est traduire une traduction.
- Elle garde des leçons absentes du grec ancien ou des meilleurs manuscrits de la Vulgate elle-même : la Comma de 1 Jn 5:7-8 (absente des plus anciens manuscrits latins comme le Codex Fuldensis et l’Amiatinus), Ac 8:37.
- Quelques rendus ont pesé sur la doctrine : Gn 3:15 « elle t’écrasera la tête » (ipsa), là où l’hébreu a un masculin ; 1 Tm 3:16 « ce qui a été manifesté » (quod), qui ne suit ni le grec « Dieu » ni « celui qui ».
- La révision de 1592 a été rapide ; les éditions critiques montrent qu’elle n’est pas le texte de Jérôme.
Passages témoins
| Passage | Traitement |
|---|---|
| Mt 24:34 | generatio haec, « cette génération » |
| Ap 1:1 et 22:10 | cito ; tempus enim prope est |
| 1 Jn 5:7-8 | Comma présente |
| Mc 16:9-20 | présent |
| Jn 7:53-8:11 | présent |
| 1 Tm 3:16 | quod manifestatum est, « ce qui a été manifesté » |
| Ap 22:19 | de libro vitae, « livre de vie » (source de la leçon d’Érasme) |
| Ac 8:37 | présent |
Financement
- Documenté : entreprise pontificale, Imprimerie vaticane ; commission nommée par le pape.
- Allégué : des auteurs protestants y voient un instrument de la Contre-Réforme ; c’est vrai de son usage officiel, non démontré pour des leçons précises modifiées en 1592.
- Non démontré : que la commission de 1592 ait introduit des leçons nouvelles pour une doctrine ; les leçons discutées existaient déjà dans les manuscrits latins médiévaux.
Pourquoi cette note
Trois étoiles : un témoin vénérable d’une traduction ancienne, utilisable pour connaître la Bible de l’Occident latin, mais une traduction de seconde main, avec des leçons tardives et des rendus qui ne suivent pas les originaux. Comme base de traduction, elle donne un texte « utilisable, avec des choix de texte discutables ».
Voir aussi
- Vulgate · Jérôme de Stridon · Vetus Latina · Robert Bellarmin · Alcuin d’York
- Bible de Douai-Reims · Bible de Port-Royal · Bible de Louvain · Isaac Le Maistre de Sacy · Textus Receptus
Sources
- Biblia Sacra Vulgatae Editionis, Sixti V. Pont. Max. iussu recognita atque edita, Rome, Typographia Vaticana, 1592 (préface Ad lectorem).
- Concile de Trente, session IV, décret Insuper, 8 avril 1546.
- Robert Weber et Roger Gryson (éd.), Biblia Sacra iuxta Vulgatam versionem, 5e éd., Stuttgart, Deutsche Bibelgesellschaft, 2007.
- Pierre-Maurice Bogaert, « La Bible latine des origines au Moyen Âge : aperçu historique, état des questions », Revue théologique de Louvain 19, 1988.
- Hugh Pope, English Versions of the Bible, Saint-Louis, Herder, 1952.
- Bruce M. Metzger, The Early Versions of the New Testament, Oxford, Clarendon, 1977.
- Vetus Latina-Institut, archiabbaye de Beuron (vetus-latina.de), pour l’histoire du texte latin.