Fiche de recherche, sources indiquées. Évaluation proposée, pas encore confirmée. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.
En bref
La Bible de Miles Coverdale est la première Bible complète imprimée en anglais (4 octobre 1535). Coverdale ne savait pas bien l’hébreu ni le grec : il a traduit, comme le dit la page de titre, « du hollandais [c’est-à-dire de l’allemand] et du latin », en reprenant le travail de William Tyndale là où il existait. Ses Psaumes, d’une grande beauté, restèrent ceux du Book of Common Prayer anglican jusqu’au XXe siècle.
Histoire
Documenté :
- Coverdale, ancien moine augustin de Cambridge, passé à la Réforme, a travaillé avec Tyndale à Hambourg (1529, selon Foxe).
- La Bible paraît en 1535, probablement à Anvers (l’imprimeur, Merten de Keyser selon Guido Latré, ou Christoph Froschauer à Zurich selon une hypothèse plus ancienne, reste discuté). Les feuilles sont achevées à Londres par James Nicolson, qui en publie des éditions en 1537 (dont la première Bible imprimée en Angleterre).
- Elle est dédiée au roi Henri VIII et, dans les premiers exemplaires, à la reine Anne Boleyn (remplacée par « Jane » après 1536).
- Elle paraît sans licence royale, mais n’est pas interdite ; dès 1536, Thomas Cromwell veut qu’une Bible anglaise soit placée dans les églises.
Financement : selon un témoignage de son fils Emanuel van Meteren (1609 ou 1610), le marchand anversois Jacob van Meteren aurait financé l’ouvrage et employé Coverdale. C’est une source tardive mais précise ; l’étendue exacte du rôle de van Meteren reste discutée. Cromwell a peut-être soutenu le projet ; non démontré.
Texte source et méthode
Coverdale dit dans son prologue avoir suivi cinq « interprètes » (five sundry interpreters), latins et allemands, sans les nommer ; les historiens (Westcott, Daniell) les identifient comme la Vulgate, la traduction latine de Santes Pagnino (1528), la Bible de Luther, la Bible de Zurich (Zwingli, Leo Jud) et le NT latin d’Érasme. Pour le Pentateuque, Jonas et le NT, il reprend Tyndale en le révisant. C’est donc une traduction de seconde main pour la plus grande partie de l’AT.
Passages témoins
| Passage | Traitement |
|---|---|
| Mt 24:34 | « this generacion shal not passe » (d’après Tyndale ; graphie à vérifier) |
| Ap 1:1 | « shortly » (d’après Tyndale ; à vérifier) |
| 1 Jn 5:7-8 | présente (Wikipédia, « Johannine Comma », qui la range parmi les Bibles imprimées qui la contiennent) ; mise en forme non vérifiée |
| Mc 16:9-20 | présente |
| 1 Tm 3:16 | « God was shewed in the flesh » (d’après Tyndale ; à vérifier) |
| Ap 22:19 | « boke of life » (d’après Tyndale ; à vérifier) |
Notes, livres et doctrine
Coverdale est le premier en anglais à regrouper les apocryphes à part, entre les deux Testaments, avec une note disant qu’ils ne sont pas tenus pour aussi sûrs que les autres livres (Baruch reste toutefois avec Jérémie). Peu de notes. Le vocabulaire de Tyndale est parfois adouci (church revient à côté de congregation).
Ce qu’on lui reproche
- Ne pas traduire des originaux (critiques depuis le XVIe siècle, puis historiens comme Daniell) : l’essentiel de l’AT vient du latin et de l’allemand. Pourquoi : Coverdale le dit lui-même dans son prologue : il a suivi « cinq interprètes » parce qu’il ne se tenait pas pour assez savant en hébreu et en grec, et il souhaitait que d’autres fassent mieux.
- Une Bible courtisane : la dédicace flatte Henri VIII et nomme la reine Anne, puis Jeanne, selon les tirages. Le reproche vient des historiens qui y voient une recherche de protection royale. Pourquoi : sans l’accord du roi, la Bible anglaise restait interdite ; la dédicace est la stratégie qui permit sa diffusion.
- Des Psaumes enrichis du latin : dans le psautier de Coverdale (repris par le Book of Common Prayer), le Ps 14 contient des versets absents de l’hébreu (ceux que Paul cite en Rm 3:13-18), venus de la Vulgate et de la Septante. Pourquoi : Coverdale suivait ses sources latines ; les révisions de la Bible de Genève et de la King James les ont retirés, mais le Prayer Book les a gardés.
- Des mots devenus ridicules : « Bug Bible » (Ps 91:5, bugges, « épouvantails » de la nuit), et triacle (« thériaque », remède) en Jr 8:22. On s’en moque aujourd’hui. Pourquoi : c’étaient les mots courants de 1535 ; le reproche porte sur l’évolution de la langue, non sur le sens.
- Les apocryphes mis à part (catholiques) : Coverdale sépare les deutérocanoniques avec une note sur leur moindre autorité. Réponse : il suivait les Bibles de Zurich et Jérôme ; les protestants y voient un progrès.
Versets ajoutés ou retirés
- Marc 16-9-20 - la finale de Marc : présente.
- 1 Jean 5-7-8 - la Comma johannique : présente.
- 1 Timothée 3-16 - Dieu manifesté, Apocalypse 22-19 - livre de vie ou arbre de vie : leçons du NT de Tyndale révisé, à vérifier sur l’édition de 1535.
- Ajout propre : les versets de Rm 3 insérés au Ps 14 (d’après la Vulgate).
Pourquoi cette note
Interprétation : œuvre pionnière et belle, qui a donné à l’Angleterre sa première Bible complète imprimée, et faite par un homme qui a ensuite servi toute la lignée des Bibles anglaises. Mais selon le barème, c’est une traduction de traductions pour une grande partie : le texte source n’est pas l’original. Note 3.
Voir aussi
Miles Coverdale · William Tyndale · Nouveau Testament de Tyndale · Bible de Matthew · Grande Bible · Bible de Luther · Thomas Cranmer
Sources
- David Daniell, The Bible in English, Yale University Press, 2003, ch. 10.
- Guido Latré, « The 1535 Coverdale Bible and its Antwerp Origins », dans O. O’Sullivan (éd.), The Bible as Book: The Reformation, British Library, 2000.
- Alfred W. Pollard, Records of the English Bible, Oxford University Press, 1911.
- Miles Coverdale, dédicace à Henri VIII et prologue « unto the Christian reader », Bible de 1535.
- Brooke Foss Westcott, A General View of the History of the English Bible, Macmillan, 1868 (3e éd. revue par W. A. Wright, 1905), sur les sources de Coverdale et son psautier.