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Constantin Ier

Constantin, empereur romain de 306 à 337, met fin aux persécutions, favorise l'Église, convoque le concile de Nicée (325) et fonde Constantinople.

En bref

Constantin, empereur romain de 306 à 337, met fin aux persécutions, favorise l’Église, convoque le concile de Nicée (325) et fonde Constantinople. Pour l’histoire de la Bible, un fait précis compte : vers 331, il commande à Eusèbe de Césarée cinquante bibles grecques pour les églises de sa nouvelle capitale. Depuis Constantin von Tischendorf, on se demande si les deux plus anciennes bibles grecques complètes, le Codex Sinaiticus et le Codex Vaticanus, appartiennent à cette commande. C’est une thèse, non un fait établi.

Provenance et confession

Constantin naît un 27 février, vers 272, à Naissus (aujourd’hui Niš, en Serbie), dans la province de Mésie. Son père, Constance Chlore, officier illyrien, devient César en 293 puis Auguste en 305 ; sa mère, Hélène, est d’origine modeste (Ambroise la dit servante d’auberge). Sa langue est le latin ; il comprend le grec. Jeune, il est élevé à la cour de Dioclétien et de Galère à Nicomédie, à la fois formé comme officier et gardé comme otage politique. Sa religion d’origine est le culte romain traditionnel ; vers 310, ses panégyristes et ses monnaies le rattachent au Soleil invaincu. Après 312, il favorise le christianisme, mais ses monnaies portent encore le Soleil jusque vers 324-325 et il conserve toute sa vie le titre de Pontifex maximus, chef du culte païen. Il reste catéchumène et n’est baptisé qu’en 337, par Eusèbe de Nicomédie. Aucune ordination ni appartenance à une société n’est connue.

Vie

  • Faits documentés : proclamé empereur à York en 306 ; victoire du pont Milvius sur Maxence (312), précédée selon Lactance et Eusèbe d’un signe du Christ ; accord de Milan avec Licinius (313) qui accorde la liberté de culte ; seul maître de l’empire en 324 ; concile de Nicée en 325, qu’il convoque et préside en partie ; fondation de Constantinople (330). Il fait exécuter son fils Crispus et son épouse Fausta (326). Il est baptisé à la fin de sa vie, en 337, par Eusèbe de Nicomédie, évêque proche d’Arius.

Influence sur la Bible et la doctrine

La commande des cinquante bibles (documentée)

Eusèbe recopie la lettre de l’empereur dans la Vie de Constantin (IV.36). Constantin y explique que, dans sa ville, une foule considérable s’est jointe à l’Église et que les églises se multiplient. Il demande donc à Eusèbe de faire faire cinquante exemplaires des divines Écritures, sur parchemin préparé, lisibles et faciles à transporter, par des copistes expérimentés. Il ajoute qu’il a écrit au catholicus (l’administrateur financier) du diocèse pour fournir tout le nécessaire, et que deux voitures publiques pourront servir au transport. En IV.37, Eusèbe dit avoir exécuté l’ordre et envoyé les volumes « richement ornés », dans une formule (trissa kai tetrassa) que l’on traduit par « en volumes de trois et de quatre » (colonnes ? cahiers ? livres ?) ; son sens est débattu.

Ce que le texte ne dit pas : quels livres ces bibles contenaient, quel texte grec elles suivaient, ni ce qu’elles sont devenues.

La thèse d’un lien avec Sinaiticus et Vaticanus (alléguée)

  • Les arguments : les deux codex datent du IVe siècle, sont de grand format, sur parchemin fin, et coûteux. Le Sinaiticus est écrit sur quatre colonnes, le Vaticanus sur trois, ce qui rappelle le trissa kai tetrassa d’Eusèbe. Tischendorf, qui a découvert le Sinaiticus, a suggéré ce rapprochement et a même cru reconnaître la main d’un même copiste dans les deux manuscrits. J. Rendel Harris puis B. H. Streeter ont défendu une origine césaréenne. T. C. Skeat (Journal of Theological Studies, 1999) a soutenu que les deux codex avaient été produits à Césarée, le Vaticanus pouvant être un exemplaire écarté de la commande, et le Sinaiticus un exemplaire de la série.
  • Les objections : le Vaticanus est souvent rattaché à l’Égypte (ordre des livres proche de la liste d’Athanase de 367, texte alexandrin) ; aucun des deux n’est « facile à transporter » ; ni l’un ni l’autre n’a de trace d’un séjour à Constantinople ; on ignore si les cinquante bibles contenaient l’Ancien Testament. Milne et Skeat (1938) admettent un copiste commun probable, mais cela n’établit pas la commande.
  • Usage polémique : les défenseurs du Textus Receptus (courant « King James seulement ») retournent souvent la thèse : si ces codex sont les bibles de Constantin, alors le texte critique moderne repose sur une édition impériale, faite par un admirateur d’Origène sympathisant d’Arius. Interprétation : la conclusion dépend entièrement d’un lien qui n’est pas prouvé.

Le canon et Nicée

L’idée répandue que Constantin ou le concile de Nicée ont « choisi les livres de la Bible » n’est pas documentée : les actes et les canons de Nicée ne traitent pas du canon des Écritures.

Interprétation

Avec Constantin, l’Église passe de la persécution à la faveur impériale, et Eusèbe voit dans son règne l’image du royaume de Dieu sur terre. Les jugements divergent depuis : pour les uns (tradition byzantine et orthodoxe, qui l’honore comme « égal aux apôtres »), l’empire chrétien est un fruit de l’Évangile ; pour d’autres (anabaptistes, de nombreux historiens protestants et libres), il marque le début d’une confusion entre l’Église et l’État. La fiche rapporte ce débat sans le trancher.

Financement et réseaux

  • Documenté : les cinquante bibles payées par l’administration impériale (Vie de Constantin IV.36). Constructions d’églises financées par l’empereur (Saint-Sépulcre, églises de Constantinople et de Rome), donations au clergé, exemptions fiscales.
  • Allégué : que Sinaiticus et Vaticanus soient issus de la commande (Tischendorf, Skeat comme hypothèse ; repris comme un fait par des auteurs polémistes). Que Constantin ait fixé le canon (légende moderne, popularisée notamment par Da Vinci Code, 2003).
  • Non démontré : le contenu et le type de texte des cinquante bibles ; leur sort.

Signaux d’alerte

  • 7. Pouvoir politique servi (documenté) : Constantin convoque Nicée, fait exiler Arius puis le rappelle, fait déposer Athanase (335), et règle par l’autorité impériale des querelles doctrinales dont l’unité sert l’unité de l’empire (lettres conservées par Eusèbe, Vie de Constantin II-III, et par Athanase).
  • 8. Double allégeance (documenté) : protecteur de l’Église, il garde le titre de Pontifex maximus, chef du culte païen de Rome, et ses monnaies portent le Soleil invaincu jusque vers 324-325 ; il n’est baptisé qu’à sa mort.
  • 5. Texte affaibli ou modifié (allégué) : par des auteurs polémistes, que les bibles de sa commande seraient le Sinaiticus et le Vaticanus, base d’un texte « impérial » ; et, dans la culture populaire (Da Vinci Code, 2003), qu’il aurait choisi les livres de la Bible. Aucune des deux affirmations n’est documentée.

Conclusion : deux signaux documentés, qui tiennent à sa fonction même : un empereur romain ne pouvait guère être autre chose qu’un chef politique et religieux à la fois. Le point qui mérite une enquête plus poussée est le contenu et le sort des cinquante bibles, non une infiltration.

Pourquoi cette note

Constantin a fait cesser la persécution et a fait copier les Écritures à grande échelle, ce qui est un bien réel. Mais il a placé l’Église sous la tutelle de l’empereur, réglé les querelles doctrinales par le pouvoir politique, et fait de la Bible un objet commandé par l’État. Influence surtout nuisible sur l’indépendance de la Parole : 2/5.

Voir aussi

Sources

  • Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin IV.36-37 (trad. anglaise Averil Cameron et Stuart G. Hall, Oxford, 1999).
  • Lactance, De la mort des persécuteurs 44.
  • Ambroise de Milan, Sur la mort de Théodose 42 (Hélène stabularia).
  • Noel Lenski (dir.), The Cambridge Companion to the Age of Constantine, Cambridge, 2006.
  • H. J. M. Milne et T. C. Skeat, Scribes and Correctors of the Codex Sinaiticus, British Museum, 1938.
  • T. C. Skeat, « The Codex Sinaiticus, the Codex Vaticanus and Constantine », Journal of Theological Studies 50, 1999, p. 583-625.
  • Timothy D. Barnes, Constantine and Eusebius, Harvard, 1981.
  • Bruce M. Metzger et Bart D. Ehrman, The Text of the New Testament, 4e éd., Oxford, 2005.