Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.
En bref
La sécurité éternelle enseigne que celui qui a été véritablement sauvé ne peut perdre son salut. On en distingue deux formes. La persévérance des saints (tradition réformée) : Dieu garde les vrais croyants, qui persévèrent dans la foi et l’obéissance jusqu’à la fin ; celui qui renie définitivement la foi montre qu’il n’était pas régénéré. La sécurité éternelle au sens baptiste populaire (« une fois sauvé, toujours sauvé ») insiste sur l’acte initial de foi, parfois au point qu’un croyant qui cesserait de croire resterait sauvé (position de la « grâce gratuite »). Catholiques, orthodoxes, luthériens et arminiens enseignent qu’un croyant peut déchoir de la grâce.
Origine et généalogie
Augustin. Dans De la correction et de la grâce (426-427) et Du don de la persévérance (428-429), Augustin d’Hippone enseigne que la persévérance finale est un don accordé aux élus. Mais il admet que des hommes régénérés et baptisés puissent ne pas persévérer s’ils ne sont pas du nombre des élus : il n’enseigne donc pas que tout régénéré est sûr de son salut. Les partisans de la doctrine le citent comme précurseur ; ses critiques relèvent cette différence.
Première attestation de la forme réformée. Jean Calvin, Institution (1559), III, 2, 11-12 et III, 24, 6-11 : les élus ne peuvent périr, et la foi des réprouvés n’est qu’apparente ou temporaire. La doctrine est définie par les canons de Dordrecht, cinquième chapitre de doctrine (1619), en réponse au cinquième article de la Remontrance, qui laissait la question ouverte (voir Arminianisme). Confession de Westminster (1646), chap. XVII ; Seconde confession baptiste de Londres (1689), chap. XVII.
Position luthérienne. Martin Luther et la tradition luthérienne enseignent que le croyant peut perdre la foi et le Saint-Esprit par des péchés délibérés (Articles de Smalkalde, 1537, III, 3, 42-45 ; Formule de concorde, 1577, IV). La certitude du salut existe, mais non une garantie inamissible.
Réponse catholique. Concile de Trente, session VI (1547), chap. 12-13 et canons 16 et 23 : nul ne peut savoir avec certitude, sans révélation spéciale, qu’il persévérera.
Forme baptiste et évangélique moderne. Aux XIXe et XXe siècles, les baptistes du Sud et de nombreux évangéliques (influencés aussi par le Dispensationalisme et les notes de la Scofield Reference Bible) adoptent la formule « une fois sauvé, toujours sauvé », sans toujours adopter les autres points du calvinisme. Débats du XXe siècle : Zane C. Hodges, The Gospel Under Siege (1981) et Charles Ryrie, So Great Salvation (1989), défendent la « grâce gratuite » ; John MacArthur, The Gospel According to Jesus (1988), leur oppose le « salut par la seigneurie » (Lordship salvation) ; Charles Stanley, Eternal Security: Can You Be Sure? (1990). Côté arminien baptiste : Robert Shank, Life in the Son (1960).
Chronologie
- 426-429 : Augustin, traités sur la persévérance.
- 1547 : Trente, session VI.
- 1559 : Calvin, Institution III, 24.
- 1610 : Remontrance, art. 5 (question laissée ouverte).
- 1619 : Dordrecht, chap. V.
- 1646 : Westminster XVII ; 1689 : Confession baptiste de Londres.
- 1960 : Shank. 1981 : Hodges. 1988 : MacArthur. 1990 : Stanley.
Ce que dit la doctrine
- Le salut repose sur l’élection, l’œuvre achevée du Christ et le sceau de l’Esprit, non sur la fidélité du croyant.
- Les vrais croyants peuvent tomber gravement, mais non définitivement (forme réformée).
- Les avertissements bibliques sont des moyens par lesquels Dieu fait persévérer, ou s’adressent à des professants non régénérés.
- Dans la forme « grâce gratuite », la récompense peut être perdue, non le salut.
Arguments de ses partisans
- « Je leur donne la vie éternelle ; et elles ne périront jamais, et personne ne les ravira de ma main » (Jn 10:28, Segond 1910).
- Rm 8:29-39 (rien ne peut séparer de l’amour de Dieu) ; Ph 1:6 ; Ep 1:13-14 (scellés du Saint-Esprit) ; Jn 6:37-40 ; 1 P 1:5 ; Jude 24.
- « Ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n’étaient pas des nôtres » (1 Jn 2:19) : l’apostasie révèle une foi qui n’était pas réelle.
- Si le salut est par grâce et non par les œuvres, il ne peut se perdre par les œuvres.
Critiques de ses opposants
- Avertissements : He 6:4-6 et 10:26-29 décrivent des gens « éclairés », ayant « goûté le don céleste » et « eu part au Saint-Esprit », qui tombent ; 2 P 2:20-22 ; Ga 5:4 (« déchus de la grâce ») ; Jn 15:6 (le sarment retranché).
- Conditionnalité : Col 1:22-23 (« si du moins vous demeurez fondés et inébranlables dans la foi ») ; Mt 24:13.
- Pastorales : la forme populaire encouragerait une assurance sans conversion de vie. Cette critique vient aussi de calvinistes (MacArthur), qui distinguent la persévérance des saints de « une fois sauvé, toujours sauvé ».
- Historiques : catholiques, orthodoxes et luthériens relèvent qu’aucun Père de l’Église n’enseigne l’inamissibilité du salut pour tout régénéré.
Textes clés
Jn 5:24 ; 6:37-40 ; 10:27-30 ; Rm 8:28-39 ; 11:29 ; 1 Co 1:8-9 ; Ep 1:13-14 ; 4:30 ; Ph 1:6 ; 2 Tm 1:12 ; 1 P 1:3-5 ; 1 Jn 2:19 ; Jude 24. En sens contraire : Ez 18:24 ; Mt 24:13 ; Jn 15:1-6 ; 1 Co 9:27 ; 15:2 ; Ga 5:4 ; Col 1:21-23 ; 1 Tm 1:19-20 ; He 3:12-14 ; 6:4-8 ; 10:26-39 ; 2 P 2:20-22.
Bibles qui la portent : notes de la Scofield Reference Bible (sur He 6 et Jn 10, à vérifier) ; Bibles d’étude réformées (Reformation Study Bible) ; les Bibles d’étude wesleyennes et pentecôtistes défendent la lecture contraire.
Voir aussi
- Prédestination (calvinisme) · Arminianisme · Justification par la foi seule · Baptême des croyants
- Jean Calvin · Augustin d’Hippone · Martin Luther
Sources
- Augustin, De correptione et gratia ; De dono perseverantiae.
- Jean Calvin, Institution (1559), III, 2 et III, 24.
- Canons de Dordrecht (1619), chap. V ; Confession de Westminster, chap. XVII ; Seconde confession baptiste de Londres (1689), chap. XVII.
- Concile de Trente, session VI, chap. 12-13, canons 16 et 23.
- Articles de Smalkalde (1537), III, 3 ; Formule de concorde (1577).
- Robert Shank, Life in the Son, 1960.
- Zane C. Hodges, The Gospel Under Siege, 1981.
- John F. MacArthur, The Gospel According to Jesus, Zondervan, 1988.
- Charles Stanley, Eternal Security: Can You Be Sure?, Thomas Nelson, 1990.
- J. Matthew Pinson (dir.), Four Views on Eternal Security, Zondervan, 2002 (débat contradictoire).