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Justification par la foi seule

La justification par la foi seule (sola fide) enseigne que le pécheur est déclaré juste devant Dieu uniquement par la foi en Christ, sans que ses œuvres y contribuent : la justice du Christ lui est imputée.

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En bref

La justification par la foi seule (sola fide) enseigne que le pécheur est déclaré juste devant Dieu uniquement par la foi en Christ, sans que ses œuvres y contribuent : la justice du Christ lui est imputée. Les bonnes œuvres sont le fruit de la justification, non sa cause. C’est, avec Sola scriptura, le principe central de la Réforme protestante. L’Église catholique enseigne que la justification est l’œuvre de la grâce, reçue par la foi et le baptême, mais qu’elle renouvelle intérieurement l’homme et qu’elle peut croître par les œuvres faites dans la grâce.

Origine et généalogie

La formule avant la Réforme. L’expression sola fide apparaît chez des auteurs anciens : l’Ambrosiaster (IVe siècle), commentaire de 1 Co 1:4, dit que celui qui croit au Christ est sauvé « sans œuvre, par la foi seule » ; Origène (commentaire de Romains 3:28, dans la traduction latine de Rufin) ; Thomas d’Aquin, commentaire de 1 Tm 1:8 (leçon 3), écrit que l’espérance de la justification n’est pas dans les œuvres morales de la Loi, mais dans la foi seule. Les partisans y voient des précurseurs (listes chez Joseph Fitzmyer, Romans, 1993) ; les critiques notent que ces auteurs parlent des œuvres de la Loi mosaïque ou de la première justification, sans la doctrine de l’imputation forensique.

Première attestation de la doctrine réformée. Martin Luther la découvre en méditant Rm 1:17 ; dans la préface à ses œuvres latines (1545), il raconte comment il a compris la « justice de Dieu » comme justice donnée par la foi. La date de cette « découverte de la tour » est discutée (entre 1513 et 1519). Le Cours sur l’épître aux Romains (1515-1516) et le traité De la liberté du chrétien (1520) en exposent les éléments.

Traduction. Dans son Nouveau Testament allemand (septembre 1522, voir Bible de Luther), Luther traduit Rm 3:28 « allein durch den Glauben » (« par la foi seule »), le mot « seule » n’étant pas dans le grec. Il s’en justifie dans la Lettre sur la traduction (Sendbrief vom Dolmetschen, 1530) par l’usage de l’allemand et le sens du passage.

Formulation confessionnelle et diffusion. Philippe Melanchthon : Loci communes (1521) ; Confession d’Augsbourg (1530), art. 4. Jean Calvin, Institution III, 11-18 : la justification comme « acceptation » de Dieu et imputation de la justice du Christ. William Tyndale, Prologue à Romains (1526), la diffuse en anglais ; les Trente-Neuf Articles, art. 11 (« par la foi seule », 1563). La Confession de Westminster, chap. XI (1646).

Réponse catholique. Concile de Trente, session VI, Décret sur la justification (13 janvier 1547), chap. 7-10 et canons 9, 11, 12, 24 : anathème contre qui dit que l’impie est justifié par la foi seule au sens où rien d’autre n’est requis. Robert Bellarmin, De justificatione (1593).

Rapprochements récents. Déclaration commune sur la doctrine de la justification entre la Fédération luthérienne mondiale et l’Église catholique (Augsbourg, 31 octobre 1999) : consensus sur des « vérités fondamentales », sans lever toutes les différences. La « nouvelle perspective sur Paul » (E. P. Sanders, Paul and Palestinian Judaism, 1977 ; James D. G. Dunn, conférence de 1982, publiée en 1983 ; N. T. Wright) relit les « œuvres de la Loi » comme marqueurs d’identité juive.

Chronologie

  • IVe s. : Ambrosiaster. XIIIe s. : Thomas d’Aquin, sola fide (commentaire de 1 Tm).
  • 1515-1516 : Luther, Cours sur Romains.
  • 1522 : « allein » en Rm 3:28.
  • 1530 : Confession d’Augsbourg, art. 4 ; Sendbrief vom Dolmetschen.
  • 1547 : Trente, session VI.
  • 1999 : Déclaration commune.

Ce que dit la doctrine

  • Justification forensique : Dieu déclare juste, il ne rend pas d’abord juste.
  • Imputation : la justice du Christ est comptée au croyant.
  • La foi seule est l’instrument qui reçoit ; elle n’est pas une œuvre méritoire.
  • La foi qui justifie n’est jamais seule : elle produit les œuvres (Calvin, Acta synodi Tridentinae cum antidoto, 1547, sur le canon 11 de la session VI : « c’est donc la foi seule qui justifie, et pourtant la foi qui justifie n’est pas seule » ; voir aussi Institution III, 11, 1).

Arguments de ses partisans

  • « Car nous pensons que l’homme est justifié par la foi, sans les oeuvres de la loi » (Rm 3:28, Segond 1910) ; Rm 4:1-8 (Abraham, la foi comptée comme justice ; David, la justice imputée sans les œuvres) ; Ga 2:16 ; Ep 2:8-9 ; Ph 3:9.
  • Le brigand sur la croix (Lc 23:43) ; le publicain (Lc 18:14).
  • La certitude du salut serait impossible si elle dépendait des œuvres.

Critiques de ses opposants

  • Jacques : « Vous voyez que l’homme est justifié par les oeuvres, et non par la foi seulement » (Jc 2:24, Segond 1910), seul verset où « foi » et « seulement » se suivent, et pour le nier ; Luther lui-même jugeait l’épître de Jacques « une épître de paille » (préface de 1522), ce que ses critiques relèvent. Les protestants répondent que Jacques parle de la justification devant les hommes, ou de la foi morte.
  • Catholiques : la justification est aussi une transformation intérieure (Rm 5:5 ; Tt 3:5) ; la foi « agissante par la charité » (Ga 5:6) ; l’imputation serait une « fiction légale ».
  • Orthodoxes : le salut est compris comme divinisation (theosis), non d’abord en termes juridiques.
  • Traduction : l’ajout de « seule » en Rm 3:28 est critiqué comme une note doctrinale entrée dans le texte (déjà par les controversistes catholiques du XVIe siècle). Ses défenseurs rappellent que la traduction « par la foi seule » s’y trouvait déjà dans des versions antérieures (des apologistes modernes citent la Bible allemande de Nuremberg, 1483, qui porterait « nur durch den glauben » en Ga 2:16, et des Bibles italiennes de 1476 et 1538, « per la sola fede » ; Luther lui-même ne les invoque pas dans le Sendbrief ; à vérifier sur les éditions).
  • Nouvelle perspective : Paul viserait les marqueurs juifs (circoncision, sabbat, lois alimentaires), non les bonnes œuvres en général.

Textes clés

Gn 15:6 ; Ha 2:4 ; Rm 1:17 ; 3:20-28 ; 4:1-25 ; 5:1 ; Ga 2:16 ; 3:6-14 ; Ep 2:8-10 ; Ph 3:9 ; Tt 3:5 ; Jc 2:14-26.

Traductions qui la portent : la Bible de Luther (« allein » en Rm 3:28, conservé dans les révisions luthériennes) ; certaines traductions françaises modernes rendent Rm 3:28 sans « seule » (Segond 1910) ; les notes de la Bible de Genève anglaise (1560) développent la doctrine.

Voir aussi

Sources

  • Martin Luther, Préface aux œuvres latines (1545) ; Préface à l’épître aux Romains (1522) ; Sendbrief vom Dolmetschen (1530).
  • Confession d’Augsbourg (1530), art. 4 ; Trente-Neuf Articles, art. 11 ; Confession de Westminster, chap. XI.
  • Concile de Trente, session VI (13 janvier 1547), chap. 7-16 et canons 1-33.
  • Thomas d’Aquin, Super I ad Timotheum, c. 1, lect. 3.
  • Ambrosiaster, Commentaire de 1 Corinthiens, 1:4.
  • Joseph A. Fitzmyer, Romans, Anchor Bible, 1993 (liste des emplois anciens de sola fide).
  • Alister E. McGrath, Iustitia Dei: A History of the Christian Doctrine of Justification, 3e éd., Cambridge, 2005.
  • Fédération luthérienne mondiale et Conseil pontifical pour l’unité, Déclaration commune sur la doctrine de la justification, 1999.
  • E. P. Sanders, Paul and Palestinian Judaism, 1977 ; James D. G. Dunn, « The New Perspective on Paul », Bulletin of the John Rylands Library 65 (1983).