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Traduction de Joseph Smith

Révision de la King James 1611 faite par Joseph Smith, fondateur du mormonisme, qui la présentait comme une restauration par révélation du texte « perdu », non comme une traduction à partir de l'hébreu ou du grec.

Fiche de recherche, sources indiquées. Évaluation proposée, pas encore confirmée. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

Révision de la King James 1611 faite par Joseph Smith, fondateur du mormonisme, qui la présentait comme une restauration par révélation du texte « perdu », non comme une traduction à partir de l’hébreu ou du grec. Smith y ajoute des chapitres entiers (Genèse), modifie des milliers de versets et y introduit sa propre doctrine, jusqu’à une prophétie annonçant un voyant nommé Joseph. Elle n’a jamais été publiée de son vivant.

Histoire

Documenté. Smith commence en juin 1830, peu après la publication du Livre de Mormon, avec un exemplaire de la King James acheté par Oliver Cowdery (édition H. et E. Phinney, Cooperstown, 1828). Les scribes notent ses corrections. Il déclare le travail achevé en juillet 1833, mais continue à retoucher le manuscrit. Il meurt en 1844 sans l’avoir publié. Le manuscrit reste chez sa veuve Emma Smith, qui le remet à l’Église réorganisée (RLDS, aujourd’hui Community of Christ) ; celle-ci le publie en 1867 sous le titre Holy Scriptures, Inspired Version.

L’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours (Salt Lake City) n’a pas le manuscrit, mais elle a canonisé deux extraits dans la Perle de grand prix : le Livre de Moïse (Genèse 1-6 révisé) et « Joseph Smith-Matthieu » (Mt 23:39 et 24). Depuis 1979, son édition de la King James cite environ six cents passages de la traduction de Joseph Smith en notes et en appendice.

Texte source et méthode

Base : la King James. Aucune consultation des langues originales ni des manuscrits n’est attestée pour cette révision. Les changements sont présentés comme révélés : ajouts doctrinaux, explications insérées, contradictions apparentes « corrigées ».

Passages témoins

PassageTraitement
Mt 24:34 (JS-Matthieu 1:34)Smith ajoute une relative : « this generation, in which these things shall be shown forth, shall not pass away ». Le verset désigne désormais la génération qui verra les signes, et non plus sans précision « cette génération ». Selon les commentateurs, Smith réordonne aussi le chapitre pour séparer la chute de Jérusalem des signes de la fin. Ce qui compte pour le barème : une interprétation (quelle qu’elle soit) est ajoutée au texte lui-même, sans base manuscrite.
Ap 1:1Réécrit : « The Revelation of John, a servant of God… », mais garde « shortly come to pass » ; en 1:3, « the time is at hand » devient « the time of the coming of the Lord draweth nigh » (churchofjesuschrist.org, JST Ap 1) : une interprétation (la venue du Seigneur) est ajoutée au texte.
1 Jn 5:7-8Conservé (base KJV).
Mc 16:9-20Conservé (base KJV).
1 Tm 3:16Garde « God was manifest in the flesh », mais déplace « the pillar and ground of the truth » de la fin du v. 15 au début du v. 16, pour l’appliquer au Christ (churchofjesuschrist.org, JST 1 Tm 3:15-16).
Ap 22:19Base KJV (« book of life »).
Gn 50Ajout d’une prophétie de Joseph d’Égypte annonçant un voyant des derniers jours appelé Joseph, fils de Joseph : Smith s’inscrit lui-même dans la Bible.

Notes, livres et doctrine

Smith déclare le Cantique des cantiques non inspiré. Les ajouts de la Genèse (Livre de Moïse) introduisent les doctrines mormones de la préexistence, d’Hénoch et de sa cité enlevée (Sion), du plan du salut connu d’Adam. Fait historique : la théologie de Smith s’écarte de la christologie et de la doctrine de Dieu des Églises historiques ; on la décrit ici comme fait, sans en débattre.

Financements

  • Documenté : aucun financement particulier ; travail fait dans le cadre de l’Église naissante, publication de 1867 assurée par l’Église réorganisée (Herald Publishing House).
  • Allégué : rien de sérieux concernant cette révision.
  • Non démontré : sans objet. Voir Financements - documenté et allégué.

Ce qu’on lui reproche

  • Le reproche : aucun fondement manuscrit. Les biblistes de toutes confessions, et des critiques du mormonisme comme Jerald et Sandra Tanner (Utah Lighthouse Ministry), reprochent des milliers de changements sans manuscrit hébreu ou grec. Passage : l’ensemble (plus de 3 000 versets modifiés selon Matthews, chiffre à vérifier). Pourquoi ce choix : Smith présentait son travail comme la restauration par révélation de « vérités claires et précieuses » retirées de la Bible (expression du Livre de Mormon, 1 Néphi 13). Réponse : les apologistes saints des derniers jours (Robert J. Matthews, 1975 ; le Religious Studies Center de BYU) soutiennent que la révélation n’a pas besoin de manuscrits, et que le travail restitue parfois le sens plutôt que le texte original.
  • Le reproche : l’auteur s’inscrit dans la Bible. Les critiques relèvent la prophétie ajoutée en Gn 50 sur un voyant des derniers jours nommé Joseph, fils de Joseph. Pourquoi : pour Smith, une prophétie authentique perdue (elle figure aussi dans le Livre de Mormon, 2 Néphi 3). Réponse : les saints des derniers jours la tiennent pour révélée.
  • Le reproche : incohérence avec le Livre de Mormon. Des critiques (les Tanner ; des historiens comme Philip Barlow, qui le constate sans polémique) notent que le Sermon sur la montagne dans le Livre de Mormon (3 Néphi 12-14) suit la KJV presque mot pour mot, alors que la traduction de Joseph Smith corrige ces mêmes versets autrement ; or les deux textes seraient « restaurés ». Réponse : les apologistes répondent que les deux textes avaient des buts différents.
  • Le reproche : un livre biblique déclaré non inspiré. Le manuscrit note que le Cantique des cantiques n’est pas une Écriture inspirée. Pourquoi : affirmation de Smith, sans argument écrit. Réponse : sans réponse développée connue.
  • Le reproche : des corrections théologiques. Des exemples souvent cités : Mt 6:13, où « lead us not into temptation » devient une prière pour ne pas être « laissés » tentés ; Ex 7:3 et les passages où Dieu endurcit le cœur de Pharaon, réécrits pour que Pharaon s’endurcisse lui-même (Ex 7:3 : « And Pharaoh will harden his heart, as I said unto thee », d’après le tableau comparatif du Religious Studies Center de BYU ; Mt 6:13 : « suffer us not to be led into temptation »). Pourquoi : écarter ce que Smith jugeait indigne de Dieu. Réponse : pour les défenseurs, c’est précisément la fonction de la révision.
  • Le reproche (interne) : un travail inachevé et peu utilisé. L’Église de Salt Lake City ne l’a jamais publiée en entier et n’en cite que des extraits ; l’Église réorganisée l’a publiée dès 1867. Pourquoi : le manuscrit était resté chez Emma Smith (voir Histoire). Réponse : l’édition de Faulring, Jackson et Matthews (2004) a rendu les manuscrits accessibles.

Versets ajoutés ou retirés

Base KJV : les passages du Textus Receptus sont présents (1 Jean 5-7-8 - la Comma johannique, Marc 16-9-20 - la finale de Marc, Jean 7-53 à 8-11 - la femme adultère, Actes 8-37 - la confession de l’eunuque). Ajouts propres à la version : Livre de Moïse (Gn 1-6 très augmenté, dont un long récit sur Hénoch et sa cité) ; prophétie de Joseph en Gn 50 ; réécriture de Mt 24 (« Joseph Smith-Matthieu ») ; Cantique des cantiques déclaré non inspiré. 1 Timothée 3-16 - Dieu manifesté : « God » gardé, verset restructuré (voir le tableau).

Pourquoi cette note

Le barème réserve 1/5 au « texte modifié pour servir une doctrine ». Ici, le texte est modifié sans base manuscrite, par simple affirmation de révélation, et l’auteur s’y nomme lui-même (Gn 50). Mt 24:34 illustre le procédé : un verset débattu entre écoles d’interprétation (voir Prétérisme et Futurisme) n’est pas traduit autrement, il est réécrit pour ne plus permettre qu’une lecture. La note ne juge pas la foi des saints des derniers jours, mais le traitement du texte.

Voir aussi

Joseph Smith · King James 1611 · Traduction du monde nouveau · Futurisme · Prétérisme

Sources

  • Holy Scriptures, Inspired Version, Plano (Illinois), Reorganized Church of Jesus Christ of Latter Day Saints, 1867.
  • La Perle de grand prix, « Joseph Smith-Matthieu », Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours (churchofjesuschrist.org), consulté le 2026-10-27.
  • Philip L. Barlow, Mormons and the Bible: The Place of the Latter-day Saints in American Religion, New York, Oxford University Press, 1991 (éd. revue 2013).
  • Robert J. Matthews, « A Plainer Translation »: Joseph Smith’s Translation of the Bible, a History and Commentary, Provo, Brigham Young University Press, 1975.
  • Scott H. Faulring, Kent P. Jackson et Robert J. Matthews (éd.), Joseph Smith’s New Translation of the Bible: Original Manuscripts, Provo, Religious Studies Center, BYU, 2004.
  • Jerald et Sandra Tanner, Mormonism: Shadow or Reality?, Salt Lake City, Utah Lighthouse Ministry, 1964 (éd. augmentée 1987) (critique).
  • Le Livre de Mormon, 1 Néphi 13 ; 2 Néphi 3 ; 3 Néphi 12-14.