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Le texte
Le récit, appelé en latin pericope adulterae, raconte comment les scribes et les pharisiens amènent à Jésus une femme surprise en adultère pour le mettre à l’épreuve. Jésus écrit du doigt sur le sol, puis dit (Segond 1910) : « Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle. » Les accusateurs se retirent un à un. La fin : « Je ne te condamne pas non plus : va, et ne pèche plus » (8:11).
- Avec le passage : après le débat de 7:45-52, « Et chacun s’en retourna dans sa maison. Jésus se rendit à la montagne des oliviers » (7:53-8:1), puis le récit.
- Sans le passage : 7:52 (« de la Galilée il ne sort point de prophète ») est suivi directement de 8:12 (« Je suis la lumière du monde »).
Les témoins
Faits documentés (Metzger ; Keith, 2009 ; Knust et Wasserman, 2019) :
Manuscrits grecs sans le passage. P66 et P75 (Papyrus Bodmer, vers 200), Codex Sinaiticus et Codex Vaticanus (IVe siècle), Codex Washingtonianus (vers 400), N, T, Θ, Ψ, 0141, 33 et d’autres minuscules. Le Codex Alexandrinus et le Codex Ephraemi Rescriptus ont une lacune à cet endroit, mais le calcul de la place manquante montre qu’ils ne pouvaient pas contenir le passage. Les onciaux L et Δ laissent un espace blanc, signe que le copiste connaissait le récit sans le copier.
Manuscrits grecs avec le passage. Le premier est le Codex Bezae (D, vers 400). Le passage est ensuite présent dans la grande majorité des manuscrits byzantins, souvent avec des astérisques ou des obèles en marge. Il circule avec des variantes nombreuses, plus que tout autre passage de Jean.
Emplacements différents. Le récit apparaît aussi après Jn 7:36 (minuscule 225), après Jn 7:44 (quelques manuscrits géorgiens), à la fin de l’Évangile de Jean (famille 1) et dans Luc, après Lc 21:38 (famille 13). Les critiques y voient le signe d’un récit flottant ; les défenseurs, des déplacements liés à la lecture liturgique.
Versions anciennes. Absent de la syriaque ancienne et de la Peshitta, de la copte sahidique et de la plus ancienne bohaïrique, de la gothique, de l’arménienne ancienne et de la géorgienne ancienne. Présent dans plusieurs manuscrits de la Vetus Latina et dans la Vulgate (Jérôme de Stridon l’a gardé, et le Codex Fuldensis, copié vers 541-546 et corrigé par Victor de Capoue en 547, l’a). Bible éthiopienne : à vérifier.
Pères de l’Église.
- Selon Eusèbe (Histoire ecclésiastique III, 39, 17), Papias (début du IIe siècle) connaissait l’histoire d’une femme accusée de nombreux péchés devant le Seigneur, que contenait l’Évangile selon les Hébreux. On ne sait pas s’il s’agit du même récit.
- La Didascalie des apôtres (IIIe siècle, syriaque) rapporte le récit, sans dire d’où il vient.
- Didyme l’Aveugle (IVe siècle, commentaire sur l’Ecclésiaste) le dit trouvé « dans certains évangiles ».
- Jérôme (Contre les pélagiens II, 17) écrit qu’il se trouve dans de nombreux manuscrits grecs et latins. Ambroise et Augustin d’Hippone le citent.
- Augustin (Des mariages adultères II, 7) suppose que des hommes de peu de foi l’ont retiré de leurs exemplaires, de peur que leurs femmes ne s’en servent pour excuser l’adultère.
- Aucun Père grec ne commente le passage avant Euthyme Zigabène (XIIe siècle) ; Origène et Chrysostome passent de 7:52 à 8:12.
Éditions. Texte byzantin Robinson-Pierpont : le passage est imprimé, avec son propre apparat de variantes byzantines (dans l’édition numérique, il est fourni dans un fichier distinct). Nestle-Aland 28 et UBS 5 : imprimé entre doubles crochets, signe d’un ajout ancien jugé non original. SBLGNT : en apparat.
D’où vient l’ajout, ou pourquoi le retrait
Hypothèse de l’ajout (Metzger, Keith, Wasserman) : un récit ancien et vrai de la tradition orale sur Jésus, connu au IIe siècle, a été inséré dans certains exemplaires de Jean, d’abord en Occident, peut-être vers le IIIe siècle. Arguments : absence dans les témoins les plus anciens de toutes les régions sauf l’Occident latin et D, silence des Pères grecs, emplacements multiples, style et vocabulaire plus proches de Luc que de Jean (Metzger relève des mots absents du reste de Jean), et rupture du lien entre 7:52 et 8:12.
Hypothèse du retrait (Burgon, Hills, Robinson, Pickering) : le passage est original, mais il a été retiré tôt dans certaines régions.
- Raison morale : la crainte qu’il ne paraisse indulgent envers l’adultère, ce qu’Augustin dit lui-même au IVe siècle.
- Raison liturgique, avancée par John William Burgon : la lecture de la Pentecôte dans l’Église grecque allait de Jn 7:37 à 7:52, puis sautait à 8:12 ; des copistes suivant le lectionnaire auraient omis ce qui n’était pas lu.
- Les espaces blancs de L et Δ, et la présence dans D, montreraient que le passage était connu même là où on ne le copiait pas.
Chaque camp reconnaît des faits que l’autre souligne : l’absence ancienne est admise par les défenseurs ; l’ancienneté du récit (IIe-IIIe siècle) est admise par les critiques.
Dans les traductions
| Traduction | Traitement |
|---|---|
| King James 1611 | texte |
| Bible de Martin | texte |
| Bible d’Ostervald | texte (édition de 1811 vérifiée) |
| Bible Segond 1910 | texte |
| Bible Darby | texte |
| Bible de Jérusalem | texte, avec une note sur son absence dans les plus anciens manuscrits (à vérifier pour la formulation) |
| Traduction œcuménique de la Bible | texte, avec une note (à vérifier pour la formulation) |
| Segond 21 | texte entre crochets |
| Bible du Semeur | texte entre crochets |
| New International Version | texte, précédé d’une note disant que les plus anciens manuscrits ne l’ont pas et que d’autres le placent ailleurs |
| English Standard Version | texte entre doubles crochets, avec la note « les plus anciens manuscrits n’ont pas 7:53-8:11 » |
| Bible éthiopienne (guèze) | à vérifier |
La Nouvelle Édition de Genève (1979) met aussi le passage entre crochets. Aucune grande traduction moderne ne le retire tout à fait : il est gardé, marqué comme douteux.
Ce qu’en disent les deux camps
Défenseurs du texte reçu ou majoritaire. John William Burgon a défendu le passage longuement (texte publié après sa mort par Edward Miller, The Causes of the Corruption of the Traditional Text, 1896), avec l’argument du lectionnaire. Edward F. Hills (1956) le défend comme texte reçu par l’Église. Maurice Robinson, spécialiste du texte byzantin, a étudié les centaines de manuscrits qui le contiennent et tient à sa place dans Jean ; Wilbur Pickering a classé ses formes byzantines. Ils soulignent que Jérôme, au IVe siècle, le trouvait dans « beaucoup » de manuscrits grecs, aujourd’hui perdus.
Partisans du texte critique. Bruce Metzger (Textual Commentary, cote {A}) juge « écrasante » la preuve de son origine non johannique, tout en le tenant pour un récit ancien et probablement historique, imprimé entre doubles crochets par respect pour son ancienneté. Chris Keith (2009) date son insertion vers le IIIe siècle ; Jennifer Knust et Tommy Wasserman (2019) retracent son histoire en détail et la lient à l’usage liturgique et disciplinaire.
Enjeu
Le récit ne porte aucune doctrine qu’on ne trouve ailleurs : Jésus pardonne et appelle à ne plus pécher dans d’autres passages. La question est surtout celle de l’autorité : si le récit n’est pas de Jean, il peut rester une tradition ancienne et vraie, mais son statut d’Écriture devient discuté. Les Églises et les traducteurs le gardent presque tous, avec ou sans marque.
Voir aussi
Papyrus Bodmer · Codex Bezae · Codex Sinaiticus · Codex Vaticanus · Codex Alexandrinus · Codex Washingtonianus · Vulgate · Jérôme de Stridon · Augustin d’Hippone · Textus Receptus · Texte majoritaire · Texte byzantin Robinson-Pierpont · Bruce Metzger · John William Burgon · Edward F. Hills · Marc 16-9-20 - la finale de Marc · Versets disputés - vue d’ensemble
Sources
- Bruce M. Metzger, A Textual Commentary on the Greek New Testament, 2e éd., 1994, sur Jn 7:53-8:11.
- Chris Keith, The Pericope Adulterae, the Gospel of John, and the Literacy of Jesus, Leyde, Brill, 2009.
- Jennifer Knust et Tommy Wasserman, To Cast the First Stone: The Transmission of a Gospel Story, Princeton University Press, 2019.
- John W. Burgon, The Causes of the Corruption of the Traditional Text of the Holy Gospels, éd. Edward Miller, Londres, 1896.
- Edward F. Hills, The King James Version Defended, 1956.
- Maurice A. Robinson, « Preliminary Observations regarding the Pericope Adulterae Based upon Fresh Collations of nearly all Continuous-Text Manuscripts and over One Hundred Lectionaries », Filología Neotestamentaria 13, 2000, p. 35-59 (pages d’après une citation secondaire).
- Eusèbe, Histoire ecclésiastique III, 39, 17 ; Jérôme, Dialogus adversus Pelagianos II, 17 ; Augustin, De coniugiis adulterinis II, 7.
- Textes français vérifiés en ligne : Martin, Ostervald 1811, Darby, Segond 1910, Segond 21, NEG 1979, Semeur, NIV, ESV.