Critère de la note : fiabilité comme base de traduction, c’est-à-dire qualité des manuscrits utilisés, soin de l’édition, fidélité à la tradition massorétique, influence durable. La note juge le texte imprimé.
En bref
La Bible rabbinique (Miqraot Gedolot, « grandes Écritures ») imprimée à Venise par Daniel Bomberg réunit le texte hébreu vocalisé, les Targoums araméens, les grands commentaires juifs médiévaux et, dans la seconde édition, une massora complète. L’édition de 1524-1525, établie par Jacob ben Hayyim, devient le texte hébreu de référence des Réformateurs, des traducteurs de la King James 1611 et des éditions imprimées jusqu’au début du XXe siècle. C’est l’équivalent, pour l’Ancien Testament, du Textus Receptus.
Histoire
Faits documentés.
- Daniel Bomberg, imprimeur chrétien originaire d’Anvers, installé à Venise, obtient du Sénat vénitien un privilège pour l’impression de livres hébreux. Il emploie des savants juifs et juifs convertis.
- 1516-1517 : première Bible rabbinique, éditée par Felix Pratensis, juif converti devenu moine augustin ; elle est dédiée au pape Léon X, ce qui la rend peu acceptable dans les communautés juives.
- 1524-1525 : seconde édition, préparée par Jacob ben Hayyim ibn Adonijah, réfugié de Tunis, qui se convertira plus tard au christianisme. Il compare de nombreux manuscrits et reconstitue la massora, dont il publie pour la première fois un ensemble cohérent. Cette édition est reçue dans le judaïsme comme dans les Églises.
- Bomberg imprime aussi le Talmud de Babylone (1520-1523), dont la pagination est encore celle de toutes les éditions.
- Les éditions hébraïques suivantes (Buxtorf à Bâle, 1618-1619 ; éditions de van der Hooght, 1705 ; Hahn, Letteris) dérivent du texte de ben Hayyim.
- Christian David Ginsburg publie en 1894 une édition « massorético-critique » fondée sur ben Hayyim ; les deux premières éditions de la Biblia Hebraica de Kittel (1906, 1913) le suivent encore, avant que le Codex de Leningrad ne le remplace en 1937.
Fiabilité : arguments
Pour.
- Texte massorétique fidèle, établi par un savant juif connaissant parfaitement la massora, et accepté par la tradition juive.
- Ses différences avec les grands codex Ben Asher (Codex d’Alep, Codex de Leningrad) sont presque toutes de vocalisation, d’accentuation ou d’orthographe ; le sens du texte est très rarement en jeu.
- Il a servi pendant quatre siècles, à la satisfaction des traducteurs juifs et chrétiens.
Réserves.
- Ben Hayyim a travaillé à partir de manuscrits tardifs (XIIIe-XVe siècle), non des grands codex du Xe siècle, qu’il ne connaissait pas ; son texte est un composite.
- Les savants du XXe siècle (Paul Kahle notamment) lui reprochent des incohérences entre le texte et la massora, et des choix éclectiques.
- La première édition, faite par un converti et dédiée au pape, montre que le contexte n’était pas neutre ; rien n’indique cependant une modification doctrinale du texte hébreu.
Passages témoins (Ancien Testament)
| Passage | Traitement |
|---|---|
| Dt 32:8 | « fils d’Israël » (comme tout le texte massorétique) |
| Ps 22:17 | ka’ari, « comme un lion » ; la massora signale la forme |
| Es 7:14 | ‘almah |
| Dn 9:25-26 | ponctuation massorétique (atnah après « sept semaines ») |
Financement
- Documenté : entreprise commerciale de Bomberg, avec privilège du Sénat de Venise ; dédicace de 1517 à Léon X.
- Allégué : des auteurs évoquent parfois une influence de l’Église sur l’édition à cause du converti Pratensis ; aucune preuve sur le texte.
- Non démontré : une altération du texte hébreu pour une doctrine.
Pourquoi cette note
Quatre étoiles : un texte massorétique solide et reçu, base durable des grandes Bibles de la Réforme. La cinquième étoile est retenue parce qu’il repose sur des manuscrits tardifs et non sur les grands témoins Ben Asher, ce que les éditions fondées sur les codex d’Alep et de Leningrad corrigent en détail.
Voir aussi
- Texte massorétique · Codex de Leningrad · Codex d’Alep · Les Massorètes de Tibériade · Targoums
- Textus Receptus · King James 1611 · Bible de Genève anglaise · Statenvertaling · Biblia Hebraica Stuttgartensia
Sources
- Miqraot Gedolot, Venise, Daniel Bomberg, 1516-1517 et 1524-1525 (fac-similés numériques, Bayerische Staatsbibliothek et autres).
- Christian D. Ginsburg, Introduction to the Massoretico-Critical Edition of the Hebrew Bible, Londres, Trinitarian Bible Society, 1897 ; rééd. New York, Ktav, 1966.
- Jacob ben Chajim ibn Adonijah, Introduction to the Rabbinic Bible, éd. et trad. C. D. Ginsburg, Londres, 1865 ; 2e éd., 1867.
- Paul Kahle, The Cairo Geniza, 2e éd., Oxford, 1959.
- David Stern, The Jewish Bible: A Material History, Seattle, University of Washington Press, 2017.
- Bruce Nielsen, « Daniel van Bombergen, a Bookman of Two Worlds », dans J. Hacker et A. Shear (dir.), The Hebrew Book in Early Modern Italy, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 2011.
- Emanuel Tov, Textual Criticism of the Hebrew Bible, 3e éd., Fortress, 2012.