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Lucien d'Antioche

Lucien, prêtre et maître d'exégèse à Antioche, mort martyr à Nicomédie en 312, a révisé le texte grec de l'Ancien Testament ; Jérôme atteste que sa recension de la Septante était lue de Constantinople à Antioche.

En bref

Lucien, prêtre et maître d’exégèse à Antioche, mort martyr à Nicomédie en 312, a révisé le texte grec de l’Ancien Testament ; Jérôme atteste que sa recension de la Septante était lue de Constantinople à Antioche. Au XIXe siècle, Fenton John Anthony Hort a fait de lui, à titre d’hypothèse, l’auteur possible d’une révision du Nouveau Testament qui serait à l’origine du texte byzantin, celui du Textus Receptus. Il est donc au centre de la querelle des textes. Il fut aussi le maître de plusieurs théologiens ariens.

Provenance et confession

Lucien naît vers 240 à Samosate, sur l’Euphrate, ville de langue syriaque et grecque (aujourd’hui Samsat, en Turquie). La Souda, encyclopédie byzantine du Xe siècle, le dit de famille aisée et formé à Édesse auprès d’un certain Macaire ; aucune source plus ancienne ne le confirme, et la Catholic Encyclopedia (1910) soupçonne une confusion avec son homonyme, le satiriste Lucien de Samosate. La naissance à Samosate et la date de 240 viennent de la même tradition et restent incertaines. Il enseigne ensuite à Antioche, où il est prêtre. Sa confession est celle de l’Église d’Antioche, mais son parcours y est agité : Alexandre d’Alexandrie, dans une lettre rapportée par Théodoret (Histoire ecclésiastique I.4), affirme qu’il resta hors de la communion de trois évêques d’Antioche successifs, après l’affaire de Paul de Samosate. Il est ensuite réconcilié et meurt martyr en 312. Autour de lui se forme un cercle d’élèves, les « collucianistes » (Arius, Eusèbe de Nicomédie, Astérius), qui n’est pas une société secrète mais une école d’enseignement connue de tous.

Vie

  • Faits documentés : originaire de Samosate selon la Souda, il enseigne à Antioche. Eusèbe (Histoire ecclésiastique VIII.13 et IX.6) loue sa vie et rapporte son martyre à Nicomédie sous Maximin Daïa (312), après une défense de la foi devant le gouverneur. Jérôme (De viris illustribus 77) le dit très savant et mentionne ses travaux sur l’Écriture.
  • Lien avec Arius : Arius, dans une lettre à Eusèbe de Nicomédie conservée par Épiphane et Théodoret, l’appelle « collucianiste » (syllukianista), c’est-à-dire ancien disciple de Lucien. Alexandre d’Alexandrie, dans une lettre rapportée par Théodoret, associe Lucien à Paul de Samosate. La doctrine exacte de Lucien reste discutée ; il a été réhabilité de fait par son martyre et l’Église l’honore comme saint.

Influence sur la Bible et la doctrine

  • L’Ancien Testament grec : Jérôme écrit (Préface aux Chroniques ; Lettre 106) qu’Alexandrie suivait la révision d’Hésychius, Constantinople et Antioche celle de Lucien, la Palestine les exemplaires d’Origène édités par Eusèbe et Pamphile. Les critiques modernes identifient le texte « lucianique » (ou « antiochien ») dans un groupe de manuscrits grecs des livres historiques ; certains de ses traits remontent à un texte « proto-lucianique » plus ancien que Lucien, comme le montrent Josèphe et certains fragments de Qumrân.
  • Le Nouveau Testament : aucune source ancienne ne dit que Lucien a révisé le Nouveau Testament (Jérôme parle seulement d’exemplaires « lucianiques » des Évangiles, avec mépris, dans sa préface aux Évangiles). Brooke Foss Westcott et Hort ont soutenu que le texte « syrien » (byzantin) résultait d’une recension faite à Antioche vers 250-350, et Hort a avancé Lucien comme meneur probable. Cette hypothèse a servi à écarter le texte majoritaire comme tardif.
  • La réponse : John William Burgon puis Edward F. Hills ont objecté qu’aucun document ne mentionne une telle recension. Beaucoup de critiques actuels abandonnent l’idée d’une recension officielle unique, tout en tenant le texte byzantin pour un texte formé progressivement. Interprétation : si Lucien a révisé quelque chose du Nouveau Testament, l’histoire ne l’a pas retenu ; le texte byzantin peut aussi bien refléter une transmission antiochienne fidèle.
  • Méthode : l’école d’Antioche, qu’on rattache à Lucien, préfère le sens historique et littéral à l’allégorie alexandrine.

Financement et réseaux

  • Documenté : son cercle de disciples (les « collucianistes » : Arius, Eusèbe de Nicomédie, Astérius et d’autres).
  • Allégué : la recension du Nouveau Testament (Hort, comme hypothèse).
  • Non démontré : toute intervention de Lucien sur le texte du Nouveau Testament.

Signaux d’alerte

  • 5. Texte affaibli ou modifié (allégué, par Fenton John Anthony Hort, dans l’Introduction de 1881, comme hypothèse) : une recension du Nouveau Testament, faite à Antioche, qui aurait lissé et combiné les leçons anciennes. Aucune source ancienne ne mentionne une telle révision. Pour l’Ancien Testament grec, sa recension est attestée par Jérôme, et les critiques y relèvent des retouches de style et des ajouts explicatifs : c’est une révision déclarée, non un changement caché.

Conclusion : aucun signal documenté. Le point qui mérite une enquête plus poussée est l’origine du texte byzantin, question ouverte entre les tenants d’une recension et ceux d’une transmission progressive.

Pourquoi cette note

Un martyr, un exégète attaché au sens littéral, et peut-être le gardien d’une tradition textuelle qui a donné le texte majoritaire. Réserves : sa recension de la Septante est une révision qui retouche le style et ajoute des précisions, et son rôle réel sur le Nouveau Testament reste inconnu. Les positions doctrinales de ses élèves n’entrent pas dans la note. Apport réel, mêlé et incertain : 3/5.

Voir aussi

Sources

  • Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique VIII.13 ; IX.6.
  • Jérôme, De viris illustribus 77 ; Préface aux Chroniques ; Lettre 106.
  • Théodoret de Cyr, Histoire ecclésiastique I.4 (lettre d’Alexandre d’Alexandrie).
  • Souda, notice « Loukianos ».
  • B. F. Westcott et F. J. A. Hort, The New Testament in the Original Greek, vol. 2, Introduction, 1881.
  • John William Burgon, The Revision Revised, 1883.
  • Bruce M. Metzger, « The Lucianic Recension of the Greek Bible », dans Chapters in the History of New Testament Textual Criticism, Brill, 1963.