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Purgatoire

Le purgatoire est, dans la doctrine catholique, l'état de purification de ceux qui meurent dans la grâce de Dieu mais ne sont pas encore pleinement purifiés : ils sont sauvés, mais doivent être purifiés avant d'entrer dans la joie du ciel.

En bref

Le purgatoire est, dans la doctrine catholique, l’état de purification de ceux qui meurent dans la grâce de Dieu mais ne sont pas encore pleinement purifiés : ils sont sauvés, mais doivent être purifiés avant d’entrer dans la joie du ciel. Les vivants peuvent les aider par la prière, la messe, l’aumône et les Indulgences. Les Églises orthodoxes prient aussi pour les défunts, mais rejettent le purgatoire comme lieu de peine par le feu ; les protestants rejettent la doctrine entière.

Origine et généalogie

Prière pour les morts. Le texte le plus ancien invoqué est 2 Maccabées 12:42-46 (rédigé vers la fin du IIe siècle av. J.-C.) : après une bataille, Judas Maccabée fait offrir à Jérusalem un sacrifice pour des soldats morts portant des amulettes idolâtriques, pour qu’ils soient délivrés de leur péché (v. 45-46). 2 Maccabées fait partie de la Septante et du canon catholique et orthodoxe, mais non du canon hébreu ni du canon protestant. Chez les chrétiens, la Passion de Perpétue et Félicité (203) rapporte une vision où la prière de Perpétue soulage son frère défunt Dinocrate ; Tertullien (De la couronne 3, vers 211 ; De la monogamie 10) atteste des offrandes annuelles pour les morts. Des inscriptions funéraires (Abercius, fin du IIe siècle) demandent des prières.

Le feu purificateur. Augustin d’Hippone juge « non incroyable » qu’un feu purifie certains fidèles après la mort (Enchiridion 69, vers 421 ; Cité de Dieu XXI, 26), en lisant 1 Co 3:11-15. Grégoire le Grand, Dialogues IV, 41 (vers 593-594) : « pour certaines fautes légères, il faut croire qu’il existe avant le jugement un feu purificateur (purgatorius ignis) », avec appui sur Mt 12:32 ; le livre IV multiplie les récits d’âmes délivrées par des messes.

La naissance du mot. L’historien Jacques Le Goff (La Naissance du Purgatoire, 1981) montre que le substantif purgatorium, désignant un lieu, apparaît vers 1170-1180 dans les milieux parisiens (Pierre le Mangeur est souvent cité) ; avant, on parlait de « feu purgatoire » (adjectif). Cette datation est généralement admise ; sa portée (« naissance » d’une doctrine nouvelle ou nouveau nom d’une croyance ancienne) est discutée.

Définitions.

  • Concile de Lyon II (1274) : profession de foi de l’empereur Michel VIII Paléologue, lue le 6 juillet 1274 : les âmes non pleinement purifiées le sont après la mort par des peines « purgatoires ou purificatrices », et les suffrages des vivants leur sont utiles.
  • Benoît XII, Benedictus Deus (1336).
  • Concile de Florence, bulle d’union avec les Grecs Laetentur caeli (6 juillet 1439) : même enseignement, sans imposer aux Grecs le mot « feu ».
  • Concile de Trente, session XXV, Décret sur le purgatoire (3 décembre 1563) : le purgatoire existe, les âmes sont aidées par les suffrages et surtout par la messe ; les questions subtiles et les récits incertains sont écartés de la prédication.
  • Catéchisme de l’Église catholique (1992), § 1030-1032.

Chronologie

  • IIe-Ier s. av. J.-C. : 2 M 12.
  • 203 : Passion de Perpétue.
  • vers 211 : Tertullien.
  • vers 421 : Augustin, Enchiridion 69.
  • vers 593-594 : Grégoire, Dialogues IV.
  • vers 1170-1180 : purgatorium.
  • 1274 : Lyon II. 1439 : Florence. 1563 : Trente.
  • 1517 : Luther, 95 thèses (l’existence du purgatoire n’y est pas encore niée) ; 1530 : il le rejette (Widerruf vom Fegefeuer).

Ce que dit la doctrine

  • Il concerne seulement des sauvés ; ce n’est ni un second enfer ni une seconde chance.
  • Il purifie des péchés véniels et de la « peine temporelle » due aux péchés pardonnés.
  • Les vivants peuvent aider les défunts par leurs suffrages (communion des saints).
  • La nature exacte (lieu, durée, feu matériel) n’est pas définie ; on parle aujourd’hui plutôt d’un « état ».

Arguments de ses partisans

  • 2 M 12:42-46 ; Mt 12:32 (péché qui ne sera pardonné « ni dans ce siècle ni dans le siècle à venir », donc d’autres le seraient) ; 1 Co 3:13-15 (« il sera sauvé, mais comme au travers du feu », Segond 1910) ; Mt 5:25-26 ; Ap 21:27 (rien d’impur n’entrera).
  • La pratique ancienne et universelle de la prière pour les morts, y compris dans le judaïsme (Kaddish).
  • La sainteté de Dieu exige une purification complète que la plupart n’atteignent pas en cette vie.

Critiques de ses opposants

  • Canon : 2 Maccabées n’est pas dans la Bible hébraïque ; Jérôme le classait hors du canon proprement dit (voir Vulgate) ; de plus, le passage parle d’idolâtres, que la doctrine catholique ne place pas au purgatoire.
  • Exégèse : 1 Co 3 parle de l’œuvre des ouvriers éprouvée au jour du jugement, non d’une purification des âmes ; Mt 12:32 est une manière de dire « jamais ».
  • Suffisance du Christ : « le sang de Jésus son Fils nous purifie de tout péché » (1 Jn 1:7) ; le brigand est « aujourd’hui » au paradis (Lc 23:43) ; Ph 1:23 ; 2 Co 5:8 ; He 9:27.
  • Histoire : une doctrine qui ne reçoit son nom qu’au XIIe siècle et sa définition au XIIIe (Le Goff) ; les Pères grecs ne la connaissent pas sous cette forme.
  • Argent : la fondation de messes pour les défunts et les indulgences ont lié la doctrine à des revenus considérables (critique des Réformateurs ; voir ci-dessous).
  • Orthodoxes : à Florence, Marc d’Éphèse refuse le feu purificateur et la satisfaction ; ils admettent un état intermédiaire et la prière pour les morts.

Textes clés

2 M 12:38-46 ; Mt 5:25-26 ; 12:32 ; Lc 16:19-31 ; 23:43 ; 1 Co 3:10-15 ; 15:29 ; 2 Co 5:8 ; Ph 1:23 ; 2 Tm 1:16-18 ; He 9:27 ; 12:23 ; 1 P 3:18-20 ; 1 Jn 1:7 ; Ap 21:27.

Bibles qui la portent : les notes de la Bible de Douai-Reims (sur 2 M 12 et 1 Co 3) défendent le purgatoire ; les Bibles protestantes de la Réforme placent 2 Maccabées parmi les apocryphes (Bible de Luther, King James 1611) ou l’omettent (Bible Segond 1910).

Financement et réseaux

Documenté : messes de fondation (« chantries » en Angleterre, supprimées en 1545-1547), legs testamentaires et confréries pour les défunts représentaient une part importante des revenus ecclésiastiques à la fin du Moyen Âge (Eamon Duffy, The Stripping of the Altars, 1992) ; les indulgences pour les défunts sont formalisées par Sixte IV (1476). Allégué : que la doctrine ait été créée pour l’argent (polémique protestante) ; les sources montrent une croyance antérieure aux revenus. Non démontré : une invention délibérée.

Voir aussi

Sources

  • 2 Maccabées 12:38-46.
  • Passion de Perpétue et Félicité 7-8 ; Tertullien, De corona 3.
  • Augustin, Enchiridion 69 ; De civitate Dei XXI, 26.
  • Grégoire le Grand, Dialogues IV, 41 (Sources chrétiennes 265).
  • Concile de Lyon II (1274), profession de foi de Michel Paléologue ; Concile de Florence, Laetentur caeli (1439) ; Concile de Trente, session XXV (1563).
  • Jacques Le Goff, La Naissance du Purgatoire, Gallimard, 1981.
  • Eamon Duffy, The Stripping of the Altars, Yale, 1992.
  • Robert Bellarmin, De purgatorio, dans les Controverses (1586-1593).
  • Jean Calvin, Institution III, 5, 6-10.