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Modalisme

Le modalisme (aussi appelé « monarchianisme modaliste », « sabellianisme » ou, dans sa forme occidentale ancienne, « patripassianisme ») affirme qu'il n'y a en Dieu qu'une seule personne, qui se manifeste successivement ou selon ses actions comme Père, comme Fils et comme Saint-Esprit.

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

Le modalisme (aussi appelé « monarchianisme modaliste », « sabellianisme » ou, dans sa forme occidentale ancienne, « patripassianisme ») affirme qu’il n’y a en Dieu qu’une seule personne, qui se manifeste successivement ou selon ses actions comme Père, comme Fils et comme Saint-Esprit. Le Père et le Fils ne sont donc pas deux personnes distinctes, mais deux « modes » ou noms du même Dieu. Né à la fin du IIe siècle pour défendre l’unicité de Dieu (la « monarchie ») et la pleine divinité du Christ, il a été combattu par Hippolyte et Tertullien et condamné plusieurs fois ; une forme proche est aujourd’hui enseignée par l’Unicité pentecôtiste, qui refuse cependant le nom de « modalisme ».

Origine et généalogie

Première attestation documentée. Noët de Smyrne enseigne, vers 180-200, que le Christ est le Père lui-même, et que le Père est donc né et a souffert. Il est connu par Hippolyte de Rome, Contre Noët 1 (date discutée, vers 200-210) et Réfutation de toutes les hérésies IX, 7-10 (vers 225-230), et par Épiphane (Panarion 57). Les presbytres de Smyrne le convoquent et l’excluent (Hippolyte, Contre Noët 1).

Praxéas, venu d’Asie à Rome sous l’évêque Victor ou Zéphyrin (vers 190-210), enseigne la même doctrine : Tertullien l’attaque dans Contre Praxéas (vers 213), avec la formule célèbre : il a « chassé la prophétie et introduit l’hérésie, mis en fuite le Paraclet et crucifié le Père » (Adversus Praxean 1). Certains historiens se demandent si « Praxéas » (« l’affairé ») est un surnom (de Noët, d’Épigone ou de Calliste) : à vérifier, hypothèse discutée.

Sabellius, venu peut-être de Libye, enseigne à Rome vers 215-220 ; selon Hippolyte (Réfutation IX, 11-12), l’évêque Calliste l’excommunie vers 220, tout en étant lui-même accusé par Hippolyte de sympathie modaliste. Les sources postérieures (Basile, Épiphane) attribuent à Sabellius l’image d’un Dieu unique qui se présente sous trois prosôpa (visages ou rôles), et l’idée qu’il agit comme Père dans la création, comme Fils dans l’incarnation, comme Esprit dans la sanctification ; ces témoignages sont tardifs et peut-être influencés par des disciples du IVe siècle.

Précurseurs revendiqués. Ses partisans anciens se réclamaient de l’Écriture (Es 44:6 ; Jn 10:30 ; 14:9) et de la foi simple des fidèles en un seul Dieu : Tertullien reconnaît que « les simples » (simplices) s’effrayaient de « l’économie » trinitaire (Adversus Praxean 3). Les unicitaires modernes voient dans les premières formules (Ignace parle du « sang de Dieu », Aux Éphésiens 1, 1) une christologie proche de la leur. Contesté : les historiens lisent ces formules comme une affirmation de la divinité du Christ, non comme une négation de la distinction des personnes.

Diffusion.

  • Rome, vers 190-230 : école de Cléomène, disciple d’Épigone, lui-même disciple de Noët (Hippolyte, Réfutation IX, 7).
  • Libye et Pentapole, vers 257-260 : Denys d’Alexandrie combat des sabelliens ; ses formules, jugées trop séparatrices, lui valent des reproches de Denys de Rome.
  • IVe siècle : Marcel d’Ancyre, ardent nicéen, est accusé de sabellianisme ; son disciple Photin de Sirmium est condamné. Le concile de Constantinople (381, canon 1) anathématise les sabelliens.
  • Après l’Antiquité : Michel Servet (1531) est accusé de modalisme autant que d’antitrinitarisme (voir Unitarisme) ; Emanuel Swedenborg (XVIIIe siècle) tient une trinité de « fonctions » en la seule personne du Christ.
  • XXe siècle : Unicité pentecôtiste (à partir de 1913-1916).

Chronologie.

  • vers 180-200 : Noët à Smyrne.
  • vers 190-210 : Praxéas à Rome.
  • vers 213 : Tertullien, Contre Praxéas.
  • vers 220 : excommunication de Sabellius par Calliste.
  • vers 225-230 : Hippolyte, Réfutation IX.
  • 381 : Constantinople, canon 1.

Ce que dit la doctrine

  • Dieu est absolument un, en une seule personne.
  • Père, Fils et Esprit sont des noms, des modes ou des manifestations de cette personne unique.
  • Le Christ est pleinement Dieu : c’est le Dieu unique incarné.
  • Dans la forme ancienne (patripassianisme), c’est donc le Père qui a souffert ; les formes postérieures distinguent la divinité (le Père) et l’humanité (le Fils) du même Jésus.

Arguments de ses partisans

  • Le monothéisme : « je suis le premier et je suis le dernier, et hors moi il n’y a point de Dieu » (Es 44:6, Segond 1910) ; Dt 6:4.
  • Les paroles de Jésus : « Moi et le Père nous sommes un » (Jn 10:30) ; « celui qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14:9).
  • Es 9:5 (9:6 dans certaines Bibles) : l’enfant qui naît est appelé « Père éternel ».
  • Col 2:9 : « en lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité ».
  • La simplicité : la foi des fidèles en un Dieu unique ne devrait pas dépendre d’une métaphysique des « personnes ».

Critiques de ses opposants

  • La distinction des personnes : le Fils prie le Père (Jn 17), le Père parle du ciel au baptême du Fils (Mt 3:16-17), le Fils est envoyé par le Père (Jn 5:37 ; 8:16-18 : « deux témoins »).
  • Jn 1:1 : le Verbe était « auprès de » Dieu (pros ton theon), ce qui suppose une relation.
  • Jn 10:30 : hen est neutre (« une seule chose »), non masculin (« un seul »), argument déjà avancé par Tertullien (Adversus Praxean 22) et Hippolyte.
  • La souffrance du Père : rejetée par les Pères comme contraire à l’impassibilité divine.
  • L’histoire : condamnations romaines et conciliaires.

Textes clés

Dt 6:4 ; Es 9:5-6 ; 43:10-11 ; 44:6 ; Mt 3:16-17 ; 28:19 ; Jn 1:1 ; 5:37 ; 8:16-18 ; 10:30 ; 14:9-11 ; 17:1-5 ; Col 2:9 ; 1 Tm 3:16.

Dans les traductions

Financement et réseaux

Sans objet.

Voir aussi

Sources

  • Hippolyte, Contre Noët, éd. R. Butterworth, Londres, 1977 ; Réfutation de toutes les hérésies IX, 7-12 ; X, 27.
  • Tertullien, Adversus Praxean, éd. et trad. E. Evans, Londres, 1948.
  • Épiphane, Panarion 57 (Noët) et 62 (Sabellius).
  • Basile de Césarée, Lettres 210 et 214.
  • Concile de Constantinople (381), canon 1.
  • J. N. D. Kelly, Early Christian Doctrines, 5e éd., 1977, ch. 5.
  • Ronald E. Heine, « The Christology of Callistus », Journal of Theological Studies 49, 1998.
  • Allen Brent, Hippolytus and the Roman Church in the Third Century, Brill, 1995.