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Unitarisme

L'unitarisme désigne les courants chrétiens issus de la Réforme qui affirment que Dieu est une seule personne, le Père, et rejettent la Trinité.

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

L’unitarisme désigne les courants chrétiens issus de la Réforme qui affirment que Dieu est une seule personne, le Père, et rejettent la Trinité. Dans sa forme socinienne (XVIe-XVIIe siècle), Jésus est un homme véritable, conçu miraculeusement, sans préexistence, élevé par Dieu à une dignité divine ; d’autres unitariens, plus proches de l’Arianisme, admettent sa préexistence. Né en Italie, en Pologne et en Transylvanie, l’unitarisme a ensuite pris en Angleterre et en Amérique une forme rationaliste, puis s’est en grande partie éloigné de la référence biblique au XXe siècle. Un courant dit « unitarien biblique » se réclame aujourd’hui de la forme ancienne.

Origine et généalogie

Première attestation documentée. L’Espagnol Michel Servet publie à Haguenau en 1531 De Trinitatis erroribus libri septem, puis Christianismi restitutio (1553). Il est arrêté à Genève, condamné et brûlé le 27 octobre 1553 avec le concours de Jean Calvin. Sa doctrine, souvent dite modaliste plus qu’unitarienne, est un antitrinitarisme personnel. L’exécution provoque le De haereticis an sint persequendi (1554), publié sous le nom de Martinus Bellius et attribué à Sébastien Castellion, plaidoyer pour la tolérance (Castellion n’y professe pas l’unitarisme ; ses propres positions trinitaires sont discutées).

Précurseurs revendiqués. Les unitariens se réclament du monothéisme juif, de la prédication apostolique (Ac 2:22 : « Jésus de Nazareth, cet homme à qui Dieu a rendu témoignage »), et de chrétiens anciens tenus pour non trinitaires (ébionites, Paul de Samosate, Arius : voir Adoptianisme et Arianisme). Érasme, sans être unitarien, est invoqué pour avoir retiré la Comma johannique de ses premières éditions (1516, 1519). Contesté : les historiens rappellent que ces mouvements anciens différaient beaucoup entre eux et d’avec les sociniens.

Diffusion.

  • Italie et Suisse : antitrinitaires italiens réfugiés (Lelio Sozzini, Giorgio Biandrata, Matteo Gribaldi, Valentino Gentile, exécuté à Berne en 1566).
  • Pologne : l’« Église mineure » (Ecclesia minor) se sépare des calvinistes en 1565. Fausto Sozzini (Socin, 1539-1604) y arrive en 1579 et lui donne sa théologie. À Raków (académie fondée en 1602), le catéchisme de Racovie paraît en polonais en 1605, en latin en 1609 (dédié à Jacques Ier d’Angleterre), en anglais en 1652 (brûlé sur ordre du Parlement). L’académie est fermée en 1638 ; la Diète expulse les « ariens » en 1658 (départ en 1660).
  • Transylvanie : Ferenc Dávid convertit le prince Jean Sigismond Zápolya ; la diète de Torda (1568) proclame la liberté de prédication. Dávid meurt en prison en 1579 pour avoir refusé l’adoration du Christ. L’Église unitarienne de Transylvanie existe toujours.
  • Angleterre : John Biddle (1615-1662), « père de l’unitarisme anglais » ; Isaac Newton rédige en 1690 An Historical Account of Two Notable Corruptions of Scripture (sur 1 Jn 5:7 et 1 Tm 3:16), publié en 1754 ; Theophilus Lindsey ouvre la chapelle d’Essex Street (Londres, 1774) ; Joseph Priestley, An History of the Corruptions of Christianity (1782) ; la loi de 1813 (Doctrine of the Trinity Act) dépénalise le culte unitarien. Le Nouveau Testament dit Improved Version (1808, Thomas Belsham) est la traduction de ce milieu.
  • États-Unis : King’s Chapel (Boston) adopte une liturgie unitarienne en 1785 ; William Ellery Channing prêche Unitarian Christianity à Baltimore le 5 mai 1819 ; l’American Unitarian Association est fondée en 1825 ; fusion avec les universalistes en 1961 (voir Universalisme (apocatastase)).
  • Unitariens bibliques : christadelphiens (John Thomas, 1848), Église de Dieu (Foi abrahamique), Anthony Buzzard (The Doctrine of the Trinity: Christianity’s Self-Inflicted Wound, 1998, avec Charles Hunting).

Chronologie.

  • 1531 : Servet, De Trinitatis erroribus.
  • 1553 : exécution de Servet à Genève.
  • 1554 : De haereticis, attribué à Castellion.
  • 1565 : Église mineure de Pologne.
  • 1568 : diète de Torda.
  • 1605 : catéchisme de Racovie.
  • 1658-1660 : expulsion des sociniens de Pologne.
  • 1774 : chapelle d’Essex Street.
  • 1819 : sermon de Channing à Baltimore.
  • 1961 : Unitarian Universalist Association.

Ce que dit la doctrine

  • Le seul vrai Dieu est le Père.
  • Jésus est le Messie, Fils de Dieu par sa conception, sa mission et sa résurrection ; homme sans préexistence (sociniens) ou être préexistant créé (unitariens ariens).
  • L’Esprit saint est la puissance de Dieu, non une personne.
  • Le salut vient par l’obéissance et l’imitation du Christ (sociniens : rejet de la satisfaction pénale).

Arguments de ses partisans

  • Jn 17:3 : « qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ » (Segond 1910).
  • 1 Co 8:6 : « il n’y a qu’un seul Dieu, le Père » ; 1 Tm 2:5 : « un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme ».
  • Jn 20:17 : « mon Dieu et votre Dieu ».
  • Le Shema (Dt 6:4 ; Mc 12:29) repris par Jésus.
  • La critique textuelle : les deux versets les plus explicites (1 Jn 5:7 ; 1 Tm 3:16 « Dieu ») seraient des altérations (argument de Newton et de Priestley).
  • La raison : trois personnes en un seul Dieu serait inintelligible (Socin, Priestley, Channing).

Critiques de ses opposants

  • Les textes de divinité : Jn 1:1 ; 20:28 ; Rm 9:5 ; Ph 2:6 ; Col 2:9 ; Tt 2:13 ; He 1:8 (voir Trinité).
  • La préexistence : Jn 1:1-3 ; 8:58 ; 17:5 ; Ph 2:6-7, que les sociniens lisaient comme une préexistence « dans le dessein de Dieu ».
  • Le culte rendu au Christ (Ap 5:12-14 ; Ph 2:10), sur lequel les unitariens eux-mêmes se sont divisés (Dávid contre Socin).
  • La dérive historique : l’unitarisme anglo-saxon a glissé vers le rationalisme puis le pluralisme ; les critiques y voient la conséquence du principe, les unitariens bibliques une infidélité à leurs origines.

Textes clés

Dt 6:4 ; Mc 12:29 ; Jn 17:3 ; 20:17 ; Ac 2:22, 36 ; 1 Co 8:6 ; 15:28 ; Ép 4:6 ; 1 Tm 2:5 ; et, de l’autre côté, Jn 1:1-3, 18 ; 8:58 ; 20:28 ; Rm 9:5 ; Ph 2:6 ; Tt 2:13 ; He 1:8 ; 1 Jn 5:7.

Dans les traductions

Financement et réseaux

Documenté : protection de nobles polonais (Jan Sienieński, propriétaire de Raków) et du prince de Transylvanie ; réseaux de libraires hollandais (Bibliotheca Fratrum Polonorum, Amsterdam, 1665-1668). Allégué : rien de spécifique. Non démontré : aucun financement occulte.

Voir aussi

Sources

  • Michel Servet, De Trinitatis erroribus, Haguenau, 1531.
  • [Martinus Bellius = Sébastien Castellion], De haereticis an sint persequendi, Bâle, 1554.
  • Catechesis Ecclesiarum Polonicarum (catéchisme de Racovie), Raków, 1605 (polonais), 1609 (latin) ; trad. anglaise Thomas Rees, Londres, 1818.
  • Isaac Newton, An Historical Account of Two Notable Corruptions of Scripture (1690, publ. 1754).
  • Joseph Priestley, An History of the Corruptions of Christianity, Birmingham, 1782.
  • William Ellery Channing, Unitarian Christianity, sermon, Baltimore, 1819.
  • Earl Morse Wilbur, A History of Unitarianism, 2 vol., Harvard, 1945-1952.
  • George Huntston Williams, The Radical Reformation, 3e éd., 1992.
  • Roland H. Bainton, Hunted Heretic: The Life and Death of Michael Servetus, Boston, 1953.