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Amillénarisme

L'amillénarisme enseigne que les « mille ans » d'Apocalypse 20 ne sont pas un règne terrestre futur, mais une figure de tout le temps de l'Église, entre la première et la seconde venue du Christ.

En bref

L’amillénarisme enseigne que les « mille ans » d’Apocalypse 20 ne sont pas un règne terrestre futur, mais une figure de tout le temps de l’Église, entre la première et la seconde venue du Christ. Satan est déjà « lié », les saints règnent déjà avec le Christ, et un seul retour du Christ sera suivi d’une résurrection générale et du jugement. Le nom est trompeur (« sans millénaire ») : ses défenseurs préfèrent parler de « millénaire réalisé » ou « inauguré ». C’est la position dominante, depuis Augustin, dans l’Église catholique, chez les orthodoxes, les luthériens et une grande partie des réformés.

Origine et généalogie

Première attestation documentée. Le donatiste Tyconius (actif vers 370-390) écrit un Livre des règles (Liber regularum, vers 382, conservé) et un commentaire de l’Apocalypse (perdu, reconstitué par des citations chez Primase, Bède et Beatus de Liébana). Il y lit l’Apocalypse comme une description de l’Église présente, mêlée de bons et de méchants, et non comme une suite d’événements futurs. Augustin d’Hippone reprend et systématise cette lecture dans La Cité de Dieu XX, 6-9 (livre achevé vers 426) : la première résurrection est spirituelle, les mille ans sont « le reste des années » ou un nombre de plénitude, le règne des saints est l’Église actuelle. Il dit avoir d’abord tenu le chiliasme (XX, 7).

Précurseurs revendiqués. Origène et l’école d’Alexandrie, qui spiritualisent les promesses ; Denys d’Alexandrie contre Népos (Eusèbe, H. E. VII, 24-25). Les amillénaristes citent aussi Clément de Rome, Ignace et Polycarpe, qui ne parlent pas d’un millénaire ; l’argument du silence est contesté. Charles E. Hill (Regnum Caelorum, 2001) soutient que la lecture non chiliaste existait dès le IIe siècle.

Le mot. « Amillennialism » n’apparaît pas clairement avant le XXe siècle. Il est employé par W. H. Rutgers (Premillennialism in America, 1930) et par Louis Berkhof au début des années 1930. On l’attribue parfois à Abraham Kuyper ou à Albertus Pieters ; aucune de ces attributions n’est démontrée, et le mot ne se répand en anglais qu’après 1945 (R. Scott Clark, 2021).

Diffusion.

  • Moyen Âge : la lecture augustinienne s’impose en Occident par Jérôme (qui expurge Victorin), Grégoire le Grand, Bède, Beatus. Joachim de Flore (XIIe siècle) la conteste par une attente d’un âge de l’Esprit.
  • Réforme : la Confession d’Augsbourg (1530), article 17, condamne ceux qui répandent « des opinions juives » d’un règne terrestre des saints avant la résurrection ; les Quarante-deux articles anglicans (1553), article 41, condamnent les « millénaires » ; la Seconde Confession helvétique (1566), chapitre 11, rejette les « rêves juifs » d’un âge d’or. Martin Luther et Jean Calvin (Institution III, 25, 5) rejettent le chiliasme.
  • XXe siècle : Geerhardus Vos, Louis Berkhof (Systematic Theology, 1938), William Hendriksen (More Than Conquerors, 1939), Anthony Hoekema (The Bible and the Future, 1979), Kim Riddlebarger (A Case for Amillennialism, 2003), G. K. Beale (commentaire NIGTC, 1999).

Chronologie.

  • Vers 230 : Origène, Des principes II, 11.
  • Vers 382 : Tyconius, Liber regularum ; commentaire de l’Apocalypse (perdu).
  • Vers 426 : Augustin, Cité de Dieu XX.
  • 1530 : Confession d’Augsbourg, art. 17.
  • 1553 : Quarante-deux articles, art. 41.
  • 1566 : Seconde Confession helvétique, ch. 11.
  • 1930-1938 : le mot apparaît (Rutgers, Berkhof).
  • 1979 : Hoekema, The Bible and the Future.

Ce que dit la doctrine

  • Le « lien » de Satan (Ap 20:2-3) est accompli à la croix et à la résurrection : il ne peut plus empêcher l’Évangile d’atteindre les nations.
  • La « première résurrection » est la nouvelle naissance, ou l’entrée des martyrs dans la vie avec le Christ au ciel.
  • Les mille ans couvrent toute l’histoire de l’Église. À leur fin, une ultime rébellion (Ap 20:7-9), puis un seul retour, une résurrection générale des justes et des injustes, le jugement et la création nouvelle.
  • L’Apocalypse est lue par « parallélisme progressif » : ses sections reprennent plusieurs fois la même période (Hendriksen distingue sept sections).

Arguments de ses partisans

  • Une seule résurrection générale : « l’heure vient où tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront sa voix » (Jn 5:28-29) ; Mt 25:31-46 ; Ac 24:15.
  • Le fort lié : Jésus dit avoir « lié l’homme fort » (Mt 12:29) et voir Satan tomber (Lc 10:18 ; Jn 12:31).
  • Le genre apocalyptique : les chiffres de l’Apocalypse sont symboliques (sept, douze, 144 000) ; il serait incohérent de prendre seul « mille » au sens arithmétique.
  • Ap 20 est le seul texte qui parle d’un millénaire ; on ne bâtit pas une ère entière sur un passage symbolique.
  • Le Nouveau Testament place la fin du monde au retour : 2 P 3:10-13 ; 1 Co 15:23-26 ; il n’y a pas de place pour mille ans entre le retour et la création nouvelle.

Critiques de ses opposants

  • Prémillénaristes : Ap 20:4-5 emploie le même verbe ezēsan (« ils vécurent ») pour les deux résurrections ; si la seconde est corporelle, la première aussi (argument classique de Henry Alford). Un Satan « lié » qui « rôde comme un lion » (1 P 5:8) ne correspond pas à l’âge présent.
  • L’origine : l’amillénarisme ne serait pas la lecture des premiers Pères, mais une réaction alexandrine puis augustinienne, liée à une méfiance envers la matière et, après Constantin, à une Église installée dans l’Empire. Les amillénaristes répondent que l’argument d’origine ne tranche pas le sens du texte.
  • Postmillénaristes : ils partagent la lecture du lien de Satan, mais reprochent à l’amillénarisme son pessimisme sur l’avenir de l’Évangile dans l’histoire.
  • Dispensationalistes : en spiritualisant les promesses à Israël, l’amillénarisme conduirait à la Théologie du remplacement.

Textes clés

Ap 20:1-10 ; Mt 12:28-29 ; Lc 10:18 ; Jn 5:24-29 ; 12:31 ; Col 2:15 ; Ep 2:6 ; 1 Co 15:23-26 ; 2 P 3:8-13 ; Mt 13:24-43 (le bon grain et l’ivraie, croissance jusqu’à la moisson) ; Mt 25:31-46.

Voir aussi

Sources

  • Augustin, La Cité de Dieu XX, 6-9.
  • Tyconius, Liber regularum, éd. F. C. Burkitt, Cambridge, 1894 ; trad. W. S. Babcock, 1989.
  • Confession d’Augsbourg (1530), art. 17 ; Seconde Confession helvétique (1566), ch. 11.
  • Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne III, 25, 5.
  • William Hendriksen, More Than Conquerors, 1939.
  • Anthony A. Hoekema, The Bible and the Future, Eerdmans, 1979.
  • Kim Riddlebarger, A Case for Amillennialism, Baker, 2003.
  • Robert G. Clouse (dir.), The Meaning of the Millennium: Four Views, InterVarsity, 1977.
  • R. Scott Clark, « A Brief Note on the History of Amillennialism », Heidelblog, 2021 (sur l’origine du mot).
  • Paula Fredriksen, « Tyconius and Augustine on the Apocalypse », dans R. K. Emmerson et B. McGinn (dir.), The Apocalypse in the Middle Ages, Cornell, 1992.