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Mouvement du Nom sacré

Le mouvement du Nom sacré (Sacred Name Movement) enseigne que les noms hébreux de Dieu et de son Fils doivent être employés tels qu'ils seraient dans leur langue d'origine (le plus souvent « Yahweh » et « Yahshua », avec des variantes :…

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

En bref

Le mouvement du Nom sacré (Sacred Name Movement) enseigne que les noms hébreux de Dieu et de son Fils doivent être employés tels qu’ils seraient dans leur langue d’origine (le plus souvent « Yahweh » et « Yahshua », avec des variantes : Yahuweh, Yahusha, Yehoshua…), et que les substituts « Seigneur », « Dieu », « Jésus » ou « Christ » sont des titres impropres, voire d’origine païenne. Né aux États-Unis dans les années 1930, il est très lié à l’observation du Sabbat du septième jour et des fêtes de Lv 23. Il a produit ses propres Bibles, dites « Bibles du Nom sacré ». Il n’a pas d’organisation unique : ce sont des assemblées indépendantes aux positions variées.

Origine et généalogie

L’arrière-plan documenté.

  • Le nom divin YHWH (le tétragramme) figure près de 6 800 fois dans le Texte massorétique. Par respect, le judaïsme a cessé de le prononcer (la Mishna, Sanhédrin 10, 1, exclut du monde à venir celui qui le prononce selon ses lettres) et lit Adonaï ; les massorètes l’ont vocalisé en conséquence.
  • La Septante et le Nouveau Testament grec emploient Kyrios (Seigneur) ; la Vulgate, Dominus. Des fragments de Septante juive (papyrus Fouad 266, Ier siècle av. J.-C.) écrivent toutefois le tétragramme en lettres hébraïques au milieu du grec.
  • La forme « Jéhovah » apparaît dans le latin médiéval (Raymond Martin, Pugio fidei, 1270, à vérifier) ; Tyndale l’emploie (1530) ; la King James 1611 l’a quatre fois (Ex 6:3 ; Ps 83:18 ; Es 12:2 ; 26:4). Pierre Robert Olivétan crée en 1535 l’équivalent français « l’Éternel », repris par les Bibles protestantes.
  • La reconstruction savante « Yahweh » (Gesenius, Ewald, XIXe siècle) passe dans la Emphasized Bible de J. B. Rotherham (1902) et, en français, dans la Bible de Jérusalem (« Yahvé », 1956).

Précurseurs revendiqués. Les partisans disent restaurer l’usage de l’Ancien Testament et des premiers disciples, et citent des sources sur la prononciation (Théodoret de Cyr, Questions sur l’Exode 15 : les Samaritains disent Iabe ; Clément d’Alexandrie, Stromates V, 6). Contesté : aucun texte ancien n’atteste la forme « Yahshua » pour le nom de Jésus ; les manuscrits de Qumrân et les ossuaires du Ier siècle portent Yehoshua ou Yeshua.

Première attestation documentée du mouvement. Clarence Orvil Dodd, ancien membre de l’Église de Dieu (septième jour), commence à observer les fêtes juives vers 1928 et lance la revue The Faith en mars 1937. Il adopte les noms « Yahweh » et « Yahshua » à la fin des années 1930 ; en novembre 1941 selon certaines sources, ces noms paraissent dans le titre de la revue (date à vérifier sur les numéros originaux). Selon J. Gordon Melton, aucune force n’a autant contribué à la diffusion du mouvement que cette revue.

Diffusion.

  • Bibles : The Sacred Name New Testament (1950), d’Angelo B. Traina, avec Dodd ; The Holy Name Bible (Bible complète, 1963), révision de la King James avec les noms hébreux ; The Sacred Scriptures, Bethel Edition (1981), des Assemblies of Yahweh de Jacob O. Meyer (Bethel, Pennsylvanie) ; The Scriptures (1993), de l’Institute for Scripture Research (Afrique du Sud) ; plusieurs autres depuis.
  • Assemblées : Assembly of Yahweh (Michigan) ; Assemblies of Yahweh (Bethel, Pennsylvanie, fondées par Meyer dans les années 1960) ; nombreux groupes indépendants ; émissions de radio et sites Internet.
  • Courants voisins : mouvement des « racines hébraïques » et certaines assemblées messianiques, qui ne partagent pas toutes la doctrine du nom obligatoire.

Chronologie.

  • 1270 : Pugio fidei (forme latine Iehova, à vérifier).
  • 1535 : Olivétan, « l’Éternel ».
  • 1902 : Rotherham, « Yahweh ».
  • mars 1937 : The Faith, C. O. Dodd.
  • vers 1939-1941 : adoption de « Yahweh » et « Yahshua ».
  • 1950 : Sacred Name New Testament.
  • 1963 : Holy Name Bible.
  • 1981 : Sacred Scriptures, Bethel Edition.

Ce que dit la doctrine

  • Le nom propre de Dieu est révélé et doit être invoqué ; le remplacer par un titre est une faute, et pour une partie des assemblées une condition du salut.
  • Le nom du Fils contient le nom du Père (« Yah » + « sauve ») ; « Jésus », venu du grec Iêsous par le latin, serait une déformation.
  • Certains mots (God, « Christ ») sont jugés d’origine païenne ou associés à des divinités païennes.
  • La doctrine va généralement avec le sabbat, les fêtes de Lv 23 et les lois alimentaires.

Arguments de ses partisans

  • Ex 3:15 : « C’est là mon nom pour l’éternité » ; Ex 20:7 : ne pas prendre le nom en vain.
  • Jr 23:27 : les faux prophètes font « oublier mon nom » à mon peuple ; Ml 1:11 : « mon nom est grand parmi les nations ».
  • Jn 17:6, 26 : « J’ai fait connaître ton nom aux hommes ».
  • Ac 4:12 : « il n’y a sous le ciel aucun autre nom… par lequel nous devions être sauvés ».
  • Joël 2:32 cité en Rm 10:13 : invoquer le nom pour être sauvé.
  • Le fait textuel : le tétragramme est réellement dans le texte hébreu, et son remplacement par « Seigneur » est une convention de lecture, non une traduction.

Critiques de ses opposants

  • Le Nouveau Testament lui-même a été écrit en grec avec Kyrios et Iêsous, y compris quand il cite l’Ancien Testament (Rm 10:13 citant Jl 2:32) ; les apôtres n’auraient donc pas tenu la forme hébraïque pour obligatoire.
  • La prononciation est incertaine : « Yahweh » est une reconstruction savante ; les assemblées du Nom sacré se divisent sur la bonne forme.
  • « Yahshua » n’est attesté nulle part dans l’Antiquité ; les formes documentées sont Yehoshua et Yeshua, que la Septante rend déjà par Iêsous (pour Josué).
  • Les étymologies païennes (« Jésus » venant de « Zeus », etc.) sont rejetées par les linguistes comme des étymologies populaires.
  • « Le nom » désigne souvent dans la Bible la personne et l’autorité, non une suite de sons (Mt 18:20 ; Ac 3:16).

Textes clés

Ex 3:13-15 ; 6:3 ; 20:7 ; Ps 83:18 ; Es 42:8 ; Jr 23:27 ; Jl 2:32 ; Ml 1:11 ; Mt 1:21 ; Jn 5:43 ; 17:6, 26 ; Ac 4:12 ; Rm 10:13 ; Ph 2:9-11.

Traductions qui la portent ou s’en approchent. Les Bibles du Nom sacré citées plus haut ; d’autres traductions restituent le nom divin sans adhérer au mouvement : la Bible de Jérusalem (« Yahvé », remplacé par « le Seigneur » dans des éditions récentes à la suite d’une consigne vaticane de 2008, à vérifier pour le détail), la Bible Chouraqui (« IHVH-Adonaï »), la Traduction du monde nouveau (« Jéhovah », y compris dans le Nouveau Testament, choix qui relève d’un autre mouvement). Les Bibles protestantes françaises suivent « l’Éternel » d’Olivétan (Bible d’Olivétan, Bible Segond 1910, Bible Darby).

Voir aussi

Sources

  • Mishna, Sanhédrin 10, 1 ; Théodoret de Cyr, Questions sur l’Exode 15.
  • J. Gordon Melton, Encyclopedia of American Religions, Gale (notices « Sacred Name Groups » et Clarence O. Dodd).
  • The Faith (revue de C. O. Dodd), à partir de mars 1937.
  • Angelo B. Traina, The Holy Name Bible, Scripture Research Association, 1963.
  • Jacob O. Meyer (éd.), The Sacred Scriptures, Bethel Edition, Assemblies of Yahweh, 1981.
  • Richard C. Nickels, History of the Seventh Day Church of God, 1973 (à vérifier).
  • Gérard Gertoux, Un historique du nom divin, L’Harmattan, 1999 (point de vue favorable à la prononciation du nom ; à lire avec ses présupposés).
  • Sean M. McDonough, YHWH at Patmos, Mohr Siebeck, 1999 (usage du nom divin dans le judaïsme ancien).
  • Congrégation pour le culte divin, lettre du 29 juin 2008 sur l’usage du nom divin dans la liturgie.