En bref
Who Is This Babylon? (« Qui est cette Babylone ? ») est un commentaire de l’Apocalypse organisé autour d’une seule question : l’identité de « Babylone la grande » (Ap 17-18). Don K. Preston y soutient que Babylone n’est ni Rome, ni l’Irak, ni les États-Unis, ni l’Église romaine, mais la Jérusalem du premier siècle, la ville de l’ancienne alliance, jugée par la guerre de 66-70. Le livre suit l’Apocalypse chapitre par chapitre, de la proximité annoncée en 1:1-3 jusqu’à la nouvelle Jérusalem, en montrant à chaque étape le lien avec Jérusalem. L’argument central est celui du sang : Jésus a annoncé que le sang de tous les justes retomberait sur Jérusalem et sur « cette génération » ; l’Apocalypse dit que ce sang a été trouvé en Babylone. Le livre, plusieurs fois réédité, est l’un des titres les plus connus de Preston. Il sert de cible aux critiques futuristes de cette identification.
Éditions
- 1re édition, 1998 : une notice de libraire (Bookscouter) donne une première édition publiée par Don K. Preston, datée du 31 décembre 1998, de 237 pages (ISBN 0-9653804-1-6). Non confirmée par un catalogue de bibliothèque.
- 2e édition, JaDon Productions, Ardmore (Oklahoma), 2006 : 337 pages, 22 cm, ISBN 978-0-938855-26-2 ; présentée comme revue, augmentée et « grandement améliorée » (Open Library ; Armageddon Books). C’est l’édition que cite Andy Woods en 2010 (« rev. ed. »). Un exemplaire est numérisé sur archive.org, en prêt contrôlé.
- Édition de 2011, JaDon Productions, 17 mai 2011 : 350 pages, ISBN 978-1-937501-02-0 ; l’éditeur la dit troisième réimpression et révision. Une édition Kindle suit, le 17 juin 2012.
- Traduction roumaine : Cine este acest Babilon? (Goodreads).
- Le sous-titre de 2006 oppose deux lectures : un ancien ennemi vaincu, ou un ennemi futur à craindre ?
Plan
D’après la table des matières de l’édition de 2006 (Armageddon Books), le livre compte une cinquantaine d’études courtes, puis quatre études spéciales :
Les titres sont traduits librement de l’anglais.
- Ouverture : Babylone et Matthieu 24, puis Ap 1:1-3 (ces choses doivent arriver bientôt) et Ap 1:7 (tout œil le verra, même ceux qui l’ont transpercé).
- Les lettres (Ap 2-3) : les faux apôtres d’Éphèse, l’Église de Smyrne existait-elle dans les années 60 ?, la manifestation des fils de Dieu (3:9), l’épreuve qui va venir (3:10).
- Sceaux, trompettes, témoins (Ap 5-11) : le livre scellé, le lion de Juda, Jean le Baptiste et Babylone, la grande tribulation et le second exode (Ap 7), les sauterelles, la fin du délai (10:6), la cité foulée (11:2), Babylone la grande cité (11:8), la résurrection d’Ap 11 rapprochée de Daniel 12.
- De la femme aux coupes (Ap 12-16) : la femme et son fils, l’Agneau sur Sion et les 144 000, la moisson, le sang qui coule (14:20), le motif de l’exode, Babylone persécutrice des prophètes (16:6), Harmaguédon, le grand tremblement de terre, la cité divisée en trois parties (16:19).
- Babylone (Ap 17-18) : Ap 17 et Ézéchiel 16, la prostituée, le sang des saints, la coupe pleine, les vêtements de la prostituée, une alliance qui tourne mal (17:10), la demeure des démons, Babylone et le sang versé sur toute la terre (18:20-24).
- De l’épouse à la restauration (Ap 19-22) : Babylone et l’épouse, le livre de vie, les nouveaux cieux et la nouvelle terre, la nouvelle Jérusalem, le nouveau tabernacle, le fleuve de vie, la restauration de toutes choses.
- Études spéciales : « Babylon’s Fall Was At Hand », « Paul and the Apocalypse », « Lamentations and Revelation », « Objections Considered » ; puis un résumé et une conclusion. Open Library mentionne aussi une étude sur le millénium et une section sur la portée de la chute de Jérusalem.
Thèse et arguments
Résumé d’après la table des matières, les présentations de l’éditeur et les passages que cite son principal critique (Andy Woods) ; le livre n’a pas été lu directement.
- Le temps. L’Apocalypse annonce des choses qui doivent arriver « bientôt » (1:1-3 ; voir Apocalypse 1.1-3) ; elle a été écrite avant 70 (voir Date de l’Apocalypse). Une Babylone future ne consolerait pas les Églises persécutées auxquelles Jean écrit : Preston y voit une atteinte au caractère « occasionnel » du livre (p. 116-117, selon Woods).
- Le sang des prophètes. C’est l’argument de fond. Jésus dit aux chefs de Jérusalem : « afin que retombe sur vous tout le sang innocent répandu sur la terre, depuis le sang d’Abel le juste jusqu’au sang de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez tué entre le temple et l’autel. Je vous le dis en vérité, tout cela retombera sur cette génération. Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés… » (Mt 23:35-37). L’Apocalypse conclut la chute de Babylone par la même accusation : « et en elle le sang des prophètes et des saints a été trouvé, et de tous ceux qui ont été égorgés sur la terre » (Ap 18:24, traduction de Pierre Savignac). Pour Preston, une seule ville porte ce sang dans l’Écriture : Jérusalem. Quand des prophètes sont morts ailleurs, ce sont les Juifs qui ont poussé les autorités à les tuer (p. 90, 114, selon Woods).
- La « grande cité ». La première « grande cité » de l’Apocalypse est celle « là où leur Seigneur aussi fut crucifié » (11:8, traduction de Pierre Savignac) ; le même titre désigne ensuite Babylone (16:19 ; 17:18 ; 18:10). C’est l’argument de J. Stuart Russell, que Woods discute comme argument prétériste commun ; la table des matières de Preston y consacre une étude (11:8).
- La prostituée. La table des matières rapproche Ap 17 d’Ézéchiel 16, où Jérusalem est l’épouse infidèle. L’argument commun aux partisans de cette lecture est qu’une prostituée suppose une épouse infidèle, donc le peuple de l’alliance, non une nation païenne (Wikipédia ; Woods). Le détail de ce que Preston tire des vêtements de la femme (17:4) n’est pas connu.
- L’alliance avec la bête. Dans la lecture prétériste que Woods résume, la femme assise sur la bête figure l’alliance de Jérusalem avec Rome, et la bête qui la dévore (17:16) est Rome qui détruit Jérusalem en 70. Preston intitule une étude sur 17:10 « une alliance qui tourne mal ».
- Le commerce. Pour la richesse et les navires d’Ap 18, Preston s’appuie sur Josèphe, qui décrit le port construit par Hérode à Césarée (p. 255-258, selon Woods).
- Le langage cosmique. Le tremblement de terre sans pareil (16:18) n’est pas littéral : les Oracles sibyllins disent déjà que toute la création fut ébranlée à la chute de Jérusalem (p. 98, selon Woods). Voir Langage apocalyptique et décréation.
- La conséquence prétériste complète. Puisque la chute de Babylone précède les noces de l’Agneau, le jugement et la nouvelle Jérusalem (Ap 19-22), et que Babylone est tombée en 70, tout cela est accompli aussi : c’est ce qui distingue Preston des prétéristes partiels qui partagent son identification de Babylone. La présentation du libraire appelle ce cadre « eschatologie de l’alliance ».
Réception
- Une identification ancienne et partagée. Babylone = Jérusalem n’est pas propre à Preston. Avant lui : J. Stuart Russell (The Parousia), Milton S. Terry (Biblical Apocalyptics), Philip Carrington. Parmi les prétéristes partiels : David Chilton (The Days of Vengeance), Kenneth L. Gentry (Babylone est Jérusalem « au-delà de tout doute », selon Woods), Hank Hanegraaff (The Apocalypse Code). Des exégètes comme J. Massyngberde Ford, Alan J. Beagley, Edmondo Lupieri, Bruce Malina et Iain Provan la tiennent aussi (Wikipédia, « Whore of Babylon »). Woods range le livre de Preston, avec celui de Joseph Balyeat (1991), parmi les monographies entières consacrées à cette thèse.
- La lecture majoritaire : Rome. La plupart des commentateurs voient en Babylone la Rome impériale : 1 P 5:13 emploie déjà « Babylone » pour Rome selon Eusèbe ; les sept montagnes (17:9) évoquent les sept collines ; une monnaie de Vespasien montre Rome en femme assise sur sept collines ; Babylone règne sur les rois de la terre et domine le commerce du monde. Craig Koester la résume ainsi : la prostituée est Rome, et plus que Rome (Wikipédia, « Whore of Babylon », d’après Koester, Anchor Yale, 2014). Un prétérisme plus ancien, celui de Moses Stuart (Commentary on the Apocalypse (Stuart)), lit d’abord la chute de Jérusalem, puis celle de la Rome païenne.
- La critique futuriste. Andy Woods (thèse de doctorat, Dallas Theological Seminary, 2009 ; article de 2010 ; série dans Bibliotheca Sacra 169, 2012) cite Preston de près et répond point par point. « Prophètes » et « apôtres » (18:20) ne sont pas des termes techniques limités aux prophètes de l’Ancien Testament et aux Douze : le Nouveau Testament connaît des prophètes et des envoyés chrétiens. Il n’est pas prouvé que les Juifs aient fait périr tous les prophètes. L’Apocalypse peut connaître deux « grandes cités » de profils opposés. Jérusalem n’avait pas de port, Césarée étant à quelque 600 stades, et ne pouvait être le centre du commerce mondial ni régner sur les rois de la terre. Les prétéristes, enfin, lisent littéralement certains détails (la ville, ses trois parties) et en figuré tous ceux qui gênent leur lecture, comme le tremblement de terre. D’autres futuristes, comme Charles H. Dyer (The Rise of Babylon, 1991), attendent une Babylone littérale rebâtie en Irak.
- Du côté de l’auteur. Le site de Preston dit que le livre a reçu des avis de pairs favorables, qu’on l’a jugé novateur, et qu’il a fait l’objet d’une recension favorable dans la publication officielle de l’Académie des sciences de Russie. Cette recension n’a pas été retrouvée (recherches en anglais et en russe, notamment du côté de l’INION, l’institut d’information scientifique de l’Académie, qui publie des revues de résumés) : l’affirmation reste celle de l’auteur. Un lecteur de ThriftBooks résume le livre comme une enquête sur l’identité de Babylone.
Ce qu’on en sait et comment
Le livre n’a pas été lu. On connaît sa table des matières (édition de 2006, par Armageddon Books), ses notices (Open Library, archive.org, Amazon par la recherche) et la présentation de l’éditeur. Les arguments viennent surtout d’Andy Woods, adversaire futuriste, qui cite six passages paginés de l’édition de 2006 (p. 90, 98, 114, 116-117, 255-258) ; ils sont résumés ici d’après lui et devraient être contrôlés sur le texte. La recension « russe » n’est attestée que par le site de l’auteur.
À vérifier
- L’existence et les données de l’édition de 1998 (ISBN 0-9653804-1-6, 237 p.) : une seule notice de libraire.
- La recension « dans la publication officielle de l’Académie des sciences de Russie » : titre de la revue, année, auteur (peut-être une revue de résumés de l’INION).
- Ce que le livre dit des sept montagnes (17:9), des sept rois (17:10) et des dix cornes, et quelle bête il identifie (Néron ? l’empire ?).
- Le contenu de l’étude spéciale « Objections Considered », et s’il répond à des critiques nommés.
- Les différences entre les éditions de 2006 et de 2011.
- Une réponse de Preston à Andy Woods (non trouvée).
Voir aussi
- Don K. Preston
- Prétérisme complet
- Date de l’Apocalypse
- Apocalypse 1.1-3
- Destruction de Jérusalem (70)
- Langage apocalyptique et décréation
- The Days of Vengeance
- Before Jerusalem Fell
- The Apocalypse Code
- Revelation - Four Views
- Kenneth L. Gentry
- J. Stuart Russell
Sources
- Armageddon Books, Who Is This Babylon? (2006, 337 p., ISBN 9780938855262 ; présentation et table des matières), https://www.armageddonbooks.com/70who.html
- Open Library, édition de 2006 (JaDon Productions, Ardmore), https://openlibrary.org/books/OL25943252M/Who_is_this_Babylon
- Internet Archive, notice de l’édition de 2006, https://archive.org/details/isbn_9780938855262
- Amazon, éditions de 2011 (ISBN 9781937501020) et Kindle (2012), https://www.amazon.com/Who-This-Babylon-Don-Preston/dp/1937501027 et https://www.amazon.com/Who-This-Babylon-Preston-Div-ebook/dp/B008CFN4QM (données lues par la recherche, la page n’ayant pu être chargée)
- Bookscouter, liste des livres de Don K. Preston (édition de 1998), https://bookscouter.com/author/don-k-preston (donnée lue par la recherche seulement)
- Goodreads, Cine este acest Babilon?, https://www.goodreads.com/book/show/35478237-cine-este-acest-babilon
- Don K. Preston, page « À propos » (recension russe), https://www.eschatology.org/about
- Andy Woods, « A Futurist Response to the Preterist Interpretation of Babylon in Revelation 17–18 », © 2010 (cite Preston, éd. 2006, p. 90, 98, 114, 116-117, 255-258), http://www.spiritandtruth.org/teaching/documents/articles/56/56.pdf
- Andrew M. Woods, « Have the Prophecies in Revelation 17-18 about Babylon Been Fulfilled? Part 3 », Bibliotheca Sacra 169:675 (juillet-septembre 2012), p. 341 et suiv., https://www.galaxie.com/article/bsac169-675-07
- Wikipédia, « Whore of Babylon » (lectures Rome et Jérusalem, partisans, Koester), https://en.wikipedia.org/wiki/Whore_of_Babylon
- Bibliotheca Sacra 148:591 (1991), compte rendu de Charles H. Dyer, The Rise of Babylon (Tyndale, 1991), https://www.galaxie.com/article/bsac148-591-08
- ThriftBooks, Who Is This Babylon?, https://www.thriftbooks.com/w/who-is-this-babylon_don-k-preston/1348928/
- Versets : Mt 23:35-37, Louis Segond 1910 (vérifié dans
_outils/segond1910-wikisource.txt) ; Ap 18:24, traduction de Pierre Savignac (Traductions/Apocalypse/livre/chapitre-18-versets-01-24.md).