Ressources · Les versets disputés

Actes 9:5-6 : contre les aiguillons

« Regimber contre les aiguillons » en 9:5-6 : venu du latin et des chapitres 22 et 26.

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

Le texte

Sur le chemin de Damas, Saul entend une voix. Les Actes racontent trois fois la scène : au chapitre 9 (récit de Luc), au chapitre 22 et au chapitre 26 (discours de Paul).

  • Forme du Textus Receptus (Segond 1910) : « Je suis Jésus que tu persécutes. Il te serait dur de regimber contre les aiguillons. Tremblant et saisi d’effroi, il dit : Seigneur, que veux-tu que je fasse ? Et le Seigneur lui dit : Lève-toi, entre dans la ville, et on te dira ce que tu dois faire. » Le grec ajouté : sklêron soi pros kentra laktizein. tremôn te kai thambôn eipe, Kurie, ti me theleis poiêsai ? kai ho kurios pros auton, mot à mot « dur pour toi contre des aiguillons ruer. Tremblant et effrayé il dit : Seigneur, que me veux-tu faire ? Et le Seigneur à lui ».
  • Forme des manuscrits grecs : « Je suis Jésus que tu persécutes ; mais lève-toi, entre dans la ville, et il te sera dit ce que tu dois faire. »

Les mots ajoutés se retrouvent ailleurs : « il t’est dur de regimber contre les aiguillons » en Ac 26:14, « Seigneur, que dois-je faire ? » en Ac 22:10.

Les témoins

Faits documentés :

  • Sans l’ajout : tous les manuscrits grecs connus en continu, des onciaux (Codex Sinaiticus, Codex Alexandrinus, Codex Vaticanus, Codex Ephraemi Rescriptus) aux minuscules byzantins. Metzger écrit qu’à sa connaissance aucun témoin grec ne porte ces mots à cet endroit.
  • Texte byzantin Robinson-Pierpont : sans l’ajout (vérifié). Le texte majoritaire suit ici le texte critique.
  • Avec l’ajout, en tout ou en partie : des manuscrits de la Vetus Latina et de la Vulgate (dont la Vulgate clémentine), l’Harcléenne syriaque avec astérisque, un manuscrit copte moyen-égyptien. Quelques citations latines anciennes. Le détail est complexe : certains témoins latins n’ont qu’une partie des mots.
  • Peshitta et versions coptes principales : sans l’ajout (d’après Metzger ; détail à vérifier sur l’apparat).
  • Bible éthiopienne : à vérifier.

Comment il est entré dans le texte imprimé. Érasme a traduit ces mots du latin en grec et les a placés dans son édition, comme il l’a fait pour la fin de l’Apocalypse (voir Novum Instrumentum d’Érasme). Ils sont restés chez Robert Estienne, Théodore de Bèze et dans le Textus Receptus.

D’où vient l’ajout

  • Harmonisation : des copistes latins ont complété le premier récit avec les paroles des deux autres (Ac 22:10 et 26:14), pour que les trois récits concordent. C’est un procédé connu, fréquent dans les Évangiles.
  • Rétroversion d’Érasme : l’ajout grec du texte reçu ne vient pas d’un manuscrit grec mais d’une traduction du latin en grec faite par Érasme. Les historiens du texte, des deux camps, admettent ce fait ; ils divergent sur la conclusion à en tirer.

Dans les traductions

TraductionTraitement
King James 1611texte (« it is hard for thee to kick against the pricks », puis la question de Saul)
Bible de Martintexte
Bible d’Ostervaldtexte (édition de 1811 vérifiée)
Bible Segond 1910texte, sans crochets
Bible Darbyabsent
Bible de Jérusalemà vérifier
Traduction œcuménique de la Bibleà vérifier
Segond 21absent
Bible du Semeurabsent
New International Versionabsent
English Standard Versionabsent
Bible éthiopienne (guèze)à vérifier

La Nouvelle Édition de Genève (1979) garde les mots entre crochets ; la Crampon de 1923 aussi.

Ce qu’en disent les deux camps

Défenseurs du texte reçu. Edward F. Hills (The King James Version Defended, 1956) reconnaît que ces mots viennent du latin et soutient que certaines leçons latines du texte reçu sont authentiques, conservées par la providence dans l’Église d’Occident ; il cite Ac 9:5-6 parmi elles. D’autres défenseurs font remarquer que les mots sont de toute manière des paroles authentiques du Christ, rapportées ailleurs dans les Actes, et qu’ils n’ajoutent rien d’étranger au récit. Les défenseurs du texte majoritaire (Hodges et Farstad ; Robinson et Pierpont) ne les retiennent pas.

Partisans du texte critique. Bruce Metzger (Textual Commentary) y voit une harmonisation latine passée dans le texte reçu par Érasme, sans base grecque. C’est l’un des exemples les plus cités pour montrer que le texte reçu n’est pas identique au texte byzantin.

Enjeu

Aucune doctrine n’est en jeu : les paroles existent dans le même livre, en 22:10 et 26:14. La question porte sur la méthode : peut-on garder dans le texte grec des mots qu’aucun manuscrit grec ne porte à cet endroit ? Les deux camps répondent différemment, et le texte majoritaire répond comme le texte critique.

Voir aussi

Érasme · Novum Instrumentum d’Érasme · Textus Receptus · Texte majoritaire · Texte byzantin Robinson-Pierpont · Vulgate · Vulgate clémentine · Bruce Metzger · Edward F. Hills · Apocalypse 22-19 - livre de vie ou arbre de vie · Versets disputés - vue d’ensemble

Sources

  • Bruce M. Metzger, A Textual Commentary on the Greek New Testament, 2e éd., 1994, sur Ac 9:5-6.
  • Nestle-Aland 28e éd., apparat sur Ac 9:5-6.
  • Edward F. Hills, The King James Version Defended, 1956, ch. 8.
  • Maurice A. Robinson et William G. Pierpont, The New Testament in the Original Greek: Byzantine Textform, 2018.
  • Bruce M. Metzger et Bart D. Ehrman, The Text of the New Testament, 4e éd., Oxford University Press, 2005, ch. 3 (sur les éditions d’Érasme).
  • Textes français vérifiés en ligne : Martin, Ostervald 1811, Darby, Segond 1910, Segond 21, NEG 1979, Semeur, Crampon 1923, NIV, ESV.