Ressources · Les versets disputés

Juges 18:30 : Manassé ou Moïse

Le prêtre idolâtre de Dan, petit-fils de Moïse ou de Manassé : une lettre suspendue.

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

Le texte

Après avoir pris l’image taillée de Mica, les Danites installent leur propre sanctuaire. Le prêtre en est « Jonathan, fils de Guerschom, fils de M(n)sh ». Dans le Texte massorétique, le nom s’écrit מְנַשֶּׁה (Mᵉnaššeh, « Manassé »), mais le nun (נ) est écrit au-dessus de la ligne, en lettre suspendue. Sans lui, les consonnes donnent משה, Mōšeh, « Moïse ». Guerschom est connu comme fils de Moïse (Exode 2:22 ; 18:3 ; 1 Chroniques 23:15).

  • Segond 1910 : « Jonathan, fils de Guerschom, fils de Manassé, lui et ses fils, furent prêtres pour la tribu des Danites. »
  • Darby : « Jonathan, fils de Guershom, fils de Moïse ».
  • King James : « Jonathan, the son of Gershom, the son of Manasseh ».

Les témoins

D’où vient le changement

L’explication rabbinique. Le Talmud (Bava Batra 109b) explique que le nun a été ajouté pour épargner l’honneur de Moïse : le petit-fils d’un homme si saint ne pouvait être nommé prêtre d’une idole ; on l’a rattaché à Manassé, le roi impie de Juda (2 Rois 21), parce qu’il a agi comme lui. La lettre suspendue montre à la fois la correction et le texte d’avant. Les commentateurs juifs médiévaux (David Kimhi, Rashi) reprennent cette explication.

La lecture des critiques. La plupart des critiques y voient un cas typique de « correction des scribes » (tiqqun soferim au sens large) : le texte primitif lisait « Moïse », et une lettre a été insérée pour des raisons de respect. Les témoins grecs et latins qui ont « Moïse » conservent l’état ancien.

L’autre côté. Quelques défenseurs de la leçon « Manassé » font valoir que le nun figure dans tous les manuscrits massorétiques, que la Septante principale (Vaticanus) le lit, et que « fils » peut désigner un descendant éloigné ou un rattachement spirituel. Ils rappellent que la chronologie (Moïse au temps de l’Exode, un petit-fils actif à la fin des Juges) fait aussi difficulté pour la leçon « Moïse », sauf si l’épisode est ancien (le récit est placé en appendice, chapitres 17 à 21, sans date précise).

Dans les traductions

TraductionTraitement
King James 1611« Manasseh »
Bible de Martin« Manassé »
Bible d’OstervaldÀ vérifier
Bible Segond 1910« Manassé »
Bible Darby« Moïse »
Bible de Jérusalem« Moïse » (à vérifier dans l’édition consultée)
Traduction œcuménique de la BibleÀ vérifier
Segond 21À vérifier
Bible du SemeurÀ vérifier
New International Version« Moses », note sur l’hébreu
English Standard Version« Moses », note sur l’hébreu
American Standard Version« Moses »
Bible éthiopienne (guèze)À vérifier

Ce qu’en disent les deux camps

Pour le texte reçu. La lettre suspendue fait partie du texte transmis par les massorètes, qui l’ont gardée avec soin ; elle signale une tradition de lecture (« Manassé ») et n’efface rien, puisque l’autre leçon reste visible. Les traductions de la Réforme l’ont suivie.

Pour la reconstruction critique. C’est l’un des rares cas où le texte massorétique lui-même montre une intervention de scribe, et la tradition juive l’explique ouvertement : la leçon primitive est « Moïse ». Traduire « Manassé », c’est suivre la correction plutôt que le texte qu’elle corrige.

Enjeu

Aucune doctrine n’est touchée. L’enjeu est historique : la famille même de Moïse a-t-elle servi un culte idolâtre ? Le verset montre aussi que des copistes ont pu modifier un texte par respect, et que les massorètes ont rendu cette modification visible au lieu de la cacher.

Voir aussi

Texte massorétique · Les Massorètes de Tibériade · Codex Vaticanus · Codex Alexandrinus · Vulgate · Versets disputés - vue d’ensemble

Sources

  • Talmud de Babylone, Bava Batra 109b.
  • Biblia Hebraica Stuttgartensia, apparat de Juges 18:30.
  • Emanuel Tov, Textual Criticism of the Hebrew Bible, 3e éd., 2012 (lettres suspendues et corrections de scribes).
  • Christian D. Ginsburg, Introduction to the Massoretico-Critical Edition of the Hebrew Bible, Londres, 1897.
  • Alan E. Brooke et Norman McLean (éd.), The Old Testament in Greek, vol. I, partie IV (Josué, Juges, Ruth), Cambridge, 1917.