Ressources · Les versets disputés

Apocalypse 13:18 : 666 ou 616

Le nombre de la bête : 666 dans presque tous les manuscrits, 616 dans quelques témoins anciens.

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

Le texte

  • Forme majoritaire (Segond 1910) : « C’est ici la sagesse. Que celui qui a de l’intelligence calcule le nombre de la bête. Car c’est un nombre d’homme, et son nombre est six cent soixante-six. » Grec : kai ho arithmos autou hexakosioi hexêkonta hex, « et le nombre de lui six cents soixante six ». Certains manuscrits écrivent le nombre en lettres numérales : χξϛ (600 + 60 + 6).
  • Forme minoritaire : hexakosioi deka hex, « six cent seize » (χιϛ), ce qui fait 616.
  • Une troisième forme, 665, se trouve dans un minuscule (2344, à vérifier).

Les témoins

Faits documentés :

  • 666 : P47 (Papyrus Chester Beatty, IIIe siècle), Codex Sinaiticus, Codex Alexandrinus, le 046, P 025 et la masse des minuscules ; la Vulgate ; la plupart des versions. Irénée de Lyon (Contre les hérésies V, 30, 1, vers 180) défend 666, qu’il dit trouver « dans tous les exemplaires excellents et anciens », attestés par ceux qui avaient vu Jean.
  • 616 : P115 (Papyrus d’Oxyrhynque 4499, publié par Juan Chapa en 1999 dans The Oxyrhynchus Papyri, vol. 66 ; daté de la fin du IIIe ou du début du IVe siècle par son éditeur, plus tôt par d’autres), le Codex Ephraemi Rescriptus (Ve siècle), quelques témoins latins, dont Tyconius (IVe siècle) selon les éditeurs. Irénée mentionne lui-même des copies qui portent 616 et attribue cette leçon à une faute de copiste.
  • Texte byzantin Robinson-Pierpont : 666, écrit en toutes lettres (hexakosia hexêkonta hex, vérifié). SBLGNT : 666 (vérifié).
  • Bible éthiopienne : à vérifier.

Le nombre 616 est donc attesté par deux manuscrits grecs anciens (P115 et C) et connu dès le IIe siècle ; 666 est attesté par un papyrus aussi ancien (P47), par les grands onciaux et par Irénée.

D’où vient la différence

  • Erreur de copiste : en chiffres grecs, 666 s’écrit χξϛ et 616 χιϛ ; une seule lettre change (ξ, 60, ou ι, 10). Irénée attribue la variante à cette confusion. C’est l’explication de la plupart des éditeurs.
  • Adaptation volontaire à un calcul : selon une hypothèse proposée au XIXe siècle et souvent reprise, le nom « Néron César » écrit en lettres hébraïques donne 666 sous sa forme grecque (Nerôn Kaisar, נרון קסר) et 616 sous sa forme latine (Nero Caesar, נרו קסר). Un copiste qui connaissait ce calcul aurait ajusté le chiffre. C’est une hypothèse d’interprétation, défendue notamment par Metzger et par de nombreux commentateurs ; d’autres la rejettent ou proposent d’autres calculs (gématrie d’autres noms, symbolisme du chiffre 6, teitan et lateinos déjà proposés par Irénée). Elle dépend de la lecture du livre, et aucune source ancienne n’atteste ce calcul pour l’explication de la variante.

Dans les traductions

TraductionTraitement
King James 1611« Six hundred threescore and six »
Bible de Martin« six cent soixante-six »
Bible d’Ostervald« six cent soixante-six » (édition de 1811 vérifiée)
Bible Segond 1910« six cent soixante-six »
Bible Darby« 666 » (en chiffres)
Bible de Jérusalem666, note sur la variante 616 (à vérifier)
Traduction œcuménique de la Bible666, note sur la variante 616 (à vérifier)
Segond 21666 (à vérifier pour une note)
Bible du Semeur« six cent soixante-six » (à vérifier pour une note)
New International Version« 666 » (note à vérifier)
English Standard Version« 666 » (note à vérifier)
Bible éthiopienne (guèze)à vérifier
Traduction de Pierre Savignac (Révélation de Jésus-Christ, d’après le SBLGNT)« Ici est la sagesse : celui qui a de l’intelligence, qu’il calcule le nombre de la bête, car c’est un nombre d’homme ; et son nombre est six cent soixante-six. »

Aucune traduction courante n’adopte 616 dans le texte.

Ce qu’en disent les deux camps

Ici, les deux camps sont d’accord sur le texte : 666.

Défenseurs du texte reçu ou majoritaire. Ils suivent 666, attesté par la masse des manuscrits et par Irénée, et voient dans 616 la faute que dénonçait Irénée. Certains contestent que la découverte de P115 change quoi que ce soit, puisqu’un papyrus isolé ne fait pas la tradition.

Partisans du texte critique. Bruce Metzger (Textual Commentary) retient 666 et explique 616 par le calcul latin du nom de Néron ; les éditions critiques (Nestle-Aland, UBS, SBLGNT) impriment 666. La lecture de P115, publiée en 1999 et largement relayée par la presse en 2005, n’a pas changé le texte des éditions critiques : le papyrus est un témoin ancien d’une variante déjà connue d’Irénée.

Enjeu

Le passage ne touche pas la doctrine, mais il est au cœur des tentatives d’identifier la bête. Selon le chiffre retenu, certains calculs fonctionnent ou non (en particulier celui du nom de Néron, important pour les lectures qui datent l’Apocalypse avant 70). Ces lectures sont discutées par les écoles d’interprétation ; la fiche les signale sans les trancher.

Voir aussi

Papyrus Chester Beatty · Codex Ephraemi Rescriptus · Codex Sinaiticus · Codex Alexandrinus · Textus Receptus · Texte majoritaire · Texte byzantin Robinson-Pierpont · SBLGNT · Nestle-Aland · Bruce Metzger · Prétérisme · Futurisme · Historicisme · Versets disputés - vue d’ensemble

Sources

  • Irénée de Lyon, Contre les hérésies V, 28-30.
  • Bruce M. Metzger, A Textual Commentary on the Greek New Testament, 2e éd., 1994, sur Ap 13:18.
  • Juan Chapa, édition de P. Oxy. 4499, dans The Oxyrhynchus Papyri, vol. 66, Londres, Egypt Exploration Society, 1999, p. 11-39 (P115).
  • Herman C. Hoskier, Concerning the Text of the Apocalypse, 1929.
  • Michael W. Holmes (éd.), The Greek New Testament: SBL Edition, 2010.
  • Maurice A. Robinson et William G. Pierpont, The New Testament in the Original Greek: Byzantine Textform, 2018 (vérifié).
  • Pierre Savignac, Révélation de Jésus-Christ, Les éditions VoxVeritas, 2026 (traduction d’Ap 13:18).
  • Textes français vérifiés en ligne : Martin, Ostervald 1811, Darby, Segond 1910, Semeur, Sacy, Crampon 1923, Synodale 1921, NIV, ESV.