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Le texte
Marc ouvre son Évangile par une citation en deux parties : « Voici, j’envoie mon messager devant ta face » (Malachie 3:1, avec un écho d’Exode 23:20), puis « C’est la voix de celui qui crie dans le désert » (Ésaïe 40:3).
Forme critique : kathôs gegraptai en tô Êsaïa tô prophêtê, « comme il est écrit dans Ésaïe le prophète ».
Selon ce qui est écrit dans Ésaïe, le prophète : Voici, j’envoie devant toi mon messager. (Segond 1910)
Forme du Textus Receptus et du texte majoritaire : hôs gegraptai en tois prophêtais, « comme il est écrit dans les prophètes ».
Selon qu’il est écrit dans les Prophètes : voici, j’envoie mon messager devant ta face. (Martin)
Les témoins
- « Ésaïe le prophète » : Codex Sinaiticus, Codex Vaticanus, Codex Bezae, L, Δ, Codex Koridethi, famille 1, 33, 565, 700, 892 et d’autres ; la Vetus Latina et la Vulgate ; Peshitta et marge de l’harkléenne (le palimpseste syriaque du Sinaï est lacunaire au début de Marc, et le manuscrit de Cureton n’a pas ce passage) ; Bibles coptes ; Origène. Plusieurs témoins ont « Ésaïe » sans l’article ou avec « dans le prophète Ésaïe ».
- « Les prophètes » : Codex Alexandrinus, Codex Washingtonianus, famille 13, la masse des manuscrits byzantins ; syriaque harkléenne ; une partie du bohaïrique ; quelques manuscrits de la Vulgate. Irénée de Lyon cite les deux formes : « Ésaïe » dans le grec et une fois dans la traduction latine, « les prophètes » deux fois dans le latin (d’après Willker).
- Version éthiopienne : à vérifier.
D’où vient la variante
Explication du texte critique. La leçon « Ésaïe » est la plus difficile : elle attribue à Ésaïe une citation qui commence par Malachie. Un copiste avait une bonne raison de la corriger en « les prophètes », qui est exact ; on voit mal pourquoi il aurait fait l’inverse. Le principe de la leçon la plus difficile (lectio difficilior) et l’ancienneté des témoins font retenir « Ésaïe » ; le comité UBS donne le degré {A}. Marc nommerait Ésaïe parce que la citation principale, celle qui annonce Jean-Baptiste au désert, vient de lui.
L’objection antique. Le philosophe païen Porphyre (IIIe siècle) relevait déjà cette attribution comme une erreur des évangélistes ; Jérôme de Stridon rapporte la critique et y répond. Le fait montre que la leçon « Ésaïe » circulait au IIIe siècle et qu’elle gênait.
Explication du texte traditionnel. « Les prophètes » est dans la grande majorité des manuscrits grecs ; la citation combine deux prophètes ; la forme est donc exacte et pourrait être originale, la leçon « Ésaïe » venant d’un copiste qui ne voyait que la citation d’Ésaïe en 1:3. Les défenseurs du texte majoritaire ajoutent que l’Église byzantine a lu ce texte publiquement pendant des siècles.
Dans les traductions
| Traduction | Traitement |
|---|---|
| King James 1611 | « in the prophets » |
| Bible de Martin | « dans les Prophètes » |
| Bible d’Ostervald | « dans les prophètes » |
| Bible Segond 1910 | « dans Ésaïe, le prophète » |
| Bible Darby | « dans Ésaïe le prophète » |
| Bible de Jérusalem | « Isaïe » (note à vérifier) |
| Traduction œcuménique de la Bible | « Ésaïe » (à vérifier) |
| Segond 21 | « dans les prophètes » |
| Bible du Semeur | « le prophète Ésaïe », avec note |
| Nouvelle Bible Segond | « le Prophète Ésaïe » |
| New International Version | « Isaiah the prophet » |
| English Standard Version | « Isaiah the prophet » |
| Bible éthiopienne (guèze) | à vérifier |
La Segond 21 suit ici le texte majoritaire, alors que la Segond 1910 avait adopté la leçon critique dès 1910.
Ce qu’en disent les deux camps
Défenseurs du texte traditionnel. John William Burgon défendait « les prophètes » contre la Revised Version ; certains auteurs du courant « King James seulement » présentent la leçon critique comme une erreur introduite dans la Bible. Des défenseurs plus prudents du Texte majoritaire (Robinson, Pickering) s’en tiennent à l’argument du nombre et de la diffusion des manuscrits.
Partisans du texte critique. Bruce Metzger et la plupart des commentateurs de Marc (y compris des commentateurs évangéliques) expliquent que les citations combinées étaient courantes dans le judaïsme ancien et qu’on les attribuait au prophète principal. Pour eux, « Ésaïe » n’est pas une erreur mais une convention de citation.
Enjeu
La question touche la manière dont on comprend l’exactitude des Écritures : une attribution « au prophète principal » est-elle une inexactitude ? Les uns y voient un argument pour « les prophètes », les autres une convention littéraire de l’époque. Le contenu de la citation est le même dans les deux formes.
Voir aussi
Textus Receptus · Texte majoritaire · Nestle-Aland · Codex Sinaiticus · Codex Vaticanus · Codex Alexandrinus · Jérôme de Stridon · Bruce Metzger · John William Burgon · Versets disputés - vue d’ensemble
Sources
- Bruce M. Metzger, A Textual Commentary on the Greek New Testament, 2e éd., 1994, sur Mc 1:2.
- Nestle-Aland 28 et UBS5, apparats.
- Jérôme, Tractatus in Marci Evangelium (sur la critique de Porphyre) ; à vérifier pour la référence exacte.
- Wieland Willker, A Textual Commentary on the Greek Gospels, vol. 2, Mark, 12e éd., Brême, 2015 (en ligne), sur ce passage.
- John William Burgon, The Revision Revised, 1883.
- Textes grecs comparés : Estienne 1550, Scrivener 1894, texte patriarcal 1904, Nestle 1904, Westcott-Hort 1881 (biblehub.com) ; traductions : Segond 1910, Martin, Darby, King James, Ostervald, Segond 21, Semeur, NBS, ESV, consultées en 2026.