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Apocalypse 16:5 : et qui seras

« Qui étais et qui seras » (Bèze) ou « qui étais, le Saint » (tous les manuscrits grecs connus).

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

Le texte

Après la troisième coupe, l’ange des eaux loue la justice de Dieu.

  • Forme du texte reçu depuis Bèze (Bible de Martin) : « Seigneur, QUI ES, QUI ÉTAIS, et QUI SERAS, tu es juste, parce que tu as fait un tel jugement. » Grec : dikaios, kurie, ei, ho ôn kai ho ên kai ho esomenos, mot à mot « juste, Seigneur, tu es, celui étant et celui qui était et celui qui sera ».
  • Forme des manuscrits grecs (Segond 1910) : « Tu es juste, toi qui es, et qui étais ; tu es saint, parce que tu as exercé ce jugement. » Grec : dikaios ei, ho ôn kai ho ên, ho hosios, « juste tu es, celui étant et celui qui était, le Saint » (ou kai ho hosios, « et le Saint », selon les manuscrits).

Le mot hosios désigne la sainteté comme fidélité, piété, loyauté envers l’alliance ; ailleurs dans l’Apocalypse, seulement en 15:4 (« toi seul es saint »).

Les témoins

Faits documentés :

Ce que Bèze a écrit. Dans ses Annotationes, Bèze explique son choix par le parallèle des autres passages du livre où Dieu est « celui qui est, qui était et qui vient » (1:4, 1:8, 4:8) : la formule lui paraissait incomplète. La fiche Édition de Bèze 1598 présente la leçon comme une correction d’éditeur expliquée par lui. Des défenseurs du texte reçu affirment que Bèze s’appuyait aussi sur un manuscrit ancien qu’il mentionne dans sa note ; ce manuscrit n’a pas été identifié, et le texte exact de l’annotation est à vérifier dans les éditions de 1589 ou 1598.

D’où vient la différence

  • Conjecture d’éditeur : Bèze a remplacé hosios par esomenos pour retrouver la formule triple de 1:4 et 1:8. Il a choisi le futur « qui sera » plutôt que « qui vient » (ho erchomenos), forme que Jean emploie ailleurs. C’est l’explication des éditeurs critiques et des éditeurs du texte majoritaire.
  • Ressemblance graphique : des défenseurs de la leçon de Bèze font valoir qu’en onciales, ΟΣΙΟΣ et ΕΣΟΜΕΝΟΣ peuvent se confondre dans un manuscrit abîmé, ou que l’abréviation de l’un a pu être lue comme l’autre ; selon eux, Bèze aurait restauré une leçon perdue. C’est une hypothèse que ses critiques jugent peu probable, les deux mots étant de longueurs différentes.

Dans les traductions

TraductionTraitement
King James 1611« which art, and wast, and shalt be »
Bible de Martin« QUI ES, QUI ÉTAIS, et QUI SERAS »
Bible d’Ostervald« QUI ES, et QUI ÉTAIS, et QUI SERAS saint » : forme mixte qui garde « saint » (édition de 1811 vérifiée)
Bible Segond 1910« toi qui es, et qui étais ; tu es saint »
Bible Darby« toi qui es et qui étais, le Saint »
Bible de Jérusalem« le Saint » (à vérifier pour la formulation)
Traduction œcuménique de la Bible« le Saint » (à vérifier pour la formulation)
Segond 21« toi le saint »
Bible du Semeur« toi le Saint »
New International Version« O Holy One »
English Standard Version« O Holy One »
Bible éthiopienne (guèze)à vérifier
Traduction de Pierre Savignac (Révélation de Jésus-Christ, d’après le SBLGNT)« Tu es juste, celui qui est et qui était, le Loyal, parce que tu as jugé ces choses, »

La Synodale (1921), la Crampon (1923) et la Nouvelle Édition de Genève (1979) ont « le Saint » ou « tu es saint ». La Bible de Port-Royal (Sacy) a « qui avez toujours été », d’après la Vulgate.

Ce qu’en disent les deux camps

Défenseurs du texte reçu. Ils défendent la leçon de Bèze comme une restauration juste : elle complète la formule divine du livre, elle est passée dans la King James après examen par ses traducteurs, et ils acceptent le principe selon lequel Dieu a guidé le texte imprimé reçu par l’Église. Plusieurs écrivains favorables à la King James (dont Thomas Holland, Crowned with Glory, 2000, à vérifier) ont consacré des études à ce verset. Les défenseurs du texte majoritaire (Hodges et Farstad ; Robinson et Pierpont) ne suivent pas Bèze, puisqu’aucun manuscrit byzantin n’a sa leçon.

Partisans du texte critique. Ils y voient une conjecture sans manuscrit. Frederick Henry Ambrose Scrivener, en reconstituant le grec suivi par la King James (Texte de Scrivener 1894), imprime la leçon de Bèze, que la King James suit ici (son commentaire précis sur ce passage est à vérifier). Bruce Metzger ne la discute pas comme variante, faute de témoin.

Enjeu

Le sens change peu sur la doctrine de Dieu, éternel dans les deux formes, mais la différence est remarquée par les commentateurs : dans le texte des manuscrits, la formule « qui est, qui était et qui vient » de 1:4 et 1:8 perd son troisième membre en 11:17 et en 16:5, à un moment où le livre décrit le règne de Dieu ou ses jugements comme accomplis. Plusieurs commentateurs (par exemple Richard Bauckham, The Theology of the Book of Revelation, 1993) y voient une intention : celui qui « vient » est désormais venu. La conjecture de Bèze efface ce trait en 16:5. Cette lecture est une interprétation, que la fiche signale sans la trancher.

Voir aussi

Théodore de Bèze · Édition de Bèze 1598 · Édition de Stephanus 1550 · Érasme · Textus Receptus · Texte majoritaire · Texte byzantin Robinson-Pierpont · SBLGNT · Texte de Scrivener 1894 · King James 1611 · Bible de Martin · Bible d’Ostervald · Papyrus Chester Beatty · Apocalypse 22-19 - livre de vie ou arbre de vie · Versets disputés - vue d’ensemble

Sources

  • Théodore de Bèze, Iesu Christi D. N. Novum Testamentum, Genève, 1589 et 1598, Annotationes sur Ap 16:5.
  • F. H. A. Scrivener, The New Testament in the Original Greek according to the Text Followed in the Authorised Version, Cambridge, 1894.
  • Herman C. Hoskier, Concerning the Text of the Apocalypse, 1929.
  • Michael W. Holmes (éd.), The Greek New Testament: SBL Edition, 2010 (vérifié).
  • Maurice A. Robinson et William G. Pierpont, The New Testament in the Original Greek: Byzantine Textform, 2018 (vérifié).
  • Richard Bauckham, The Theology of the Book of Revelation, Cambridge University Press, 1993.
  • Thomas Holland, Crowned with Glory: The Bible from Ancient Text to Authorized Version, 2000 (à vérifier pour le passage).
  • Pierre Savignac, Révélation de Jésus-Christ, Les éditions VoxVeritas, 2026 (traduction d’Ap 16:5).
  • Textes français vérifiés en ligne : Martin, Ostervald 1811, Darby, Segond 1910, Segond 21, NEG 1979, Semeur, Sacy, Crampon 1923, Synodale 1921, NIV, ESV.