Ressources · Les versets disputés

Luc 17:36 : l'un pris, l'autre laissé

« Deux seront aux champs, l'un pris, l'autre laissé » : absent de la majorité des manuscrits grecs.

Fiche de recherche, sources indiquées. Les points marqués « à vérifier » ne sont pas encore confirmés par les sources.

Le texte

Dans le discours sur le jour du Fils de l’homme, Luc donne deux exemples : deux personnes dans un lit (17:34), deux femmes qui meulent (17:35). Le Textus Receptus en ajoute un troisième :

De deux hommes qui seront dans un champ, l’un sera pris et l’autre laissé. (Segond 1910)

Grec (Scrivener 1894) : duo esontai en tô agrô ; ho heis paralêphthêsetai, kai ho heteros aphethêsetai, « deux seront dans le champ ; l’un sera pris et l’autre sera laissé ».

Le verset est presque identique à Matthieu 24:40, qui, lui, n’est pas disputé.

Les témoins

Les éditions imprimées. Le verset n’est pas dans les éditions d’Érasme ni dans les trois premières de Robert Estienne, dont l’Édition de Stephanus 1550. Estienne le donne en marge de sa quatrième édition (1551) ; il entre dans le texte avec les éditions de Théodore de Bèze (1565 et suivantes), d’où il passe dans la King James 1611, les Elzevir et le Texte de Scrivener 1894. Il était déjà dans la Polyglotte d’Alcalá (Nouveau Testament imprimé en 1514), d’après des listes d’éditions du texte reçu (sources secondaires). Le Texte byzantin Robinson-Pierpont ne l’a pas ; le texte grec de l’Église orthodoxe (1904) l’a.

D’où vient l’ajout

Explication commune (critique et majoritaire) : un copiste a complété Luc avec Matthieu 24:40, pour donner au discours de Luc l’exemple des champs que Matthieu contient. La présence du verset dans le latin et le syriaque montre que l’harmonisation est ancienne (IIe-IVe siècle) et qu’elle a circulé hors du monde grec.

Explication inverse. Le verset aurait été perdu tôt en grec par saut du regard : 17:35 et 17:36 se terminent par les mêmes mots, « l’un sera pris et l’autre laissé » (homéotéleute). Metzger mentionne cette possibilité et l’écarte, parce que l’omission par accident n’aurait pas pu gagner la majorité des manuscrits grecs (à vérifier dans son texte). Les défenseurs du Textus Receptus imprimé qui gardent le verset invoquent le latin, le syriaque et la providence sur l’édition reçue.

Dans les traductions

TraductionTraitement
King James 1611dans le texte ; en marge : ce 36e verset manque dans la plupart des copies grecques
Bible de Martindans le texte
Bible d’Ostervalddans le texte
Bible Segond 1910dans le texte
Bible Darbydans le texte, entre crochets
Bible de Jérusalemabsent, en note (à vérifier)
Traduction œcuménique de la Bibleabsent, en note (à vérifier)
Segond 21dans le texte, entre crochets
Bible du Semeurdans le texte, entre crochets, avec note
Nouvelle Bible Segondnuméro entre crochets
New International Versionabsent, en note
English Standard Versionabsent, en note
Nouveau Testament de Tyndale et Bible de Genève anglaiseabsent (d’après une source secondaire, à vérifier)
Bible éthiopienne (guèze)à vérifier

Ce qu’en disent les deux camps

Défenseurs du texte traditionnel. Ils sont ici divisés. Les partisans du Texte majoritaire (Hodges-Farstad, Robinson-Pierpont, Pickering) omettent le verset, avec la masse des manuscrits grecs. Les défenseurs du Textus Receptus imprimé (dans la ligne d’Edward F. Hills, qui admettait que le texte reçu avait parfois suivi le latin sous la conduite de la providence) le gardent.

Partisans du texte critique. Bruce Metzger y voit une assimilation à Matthieu 24:40 ; l’accord des papyrus, des grands onciaux et de la majorité byzantine rend l’omission très sûre à leurs yeux.

Le témoignage des traducteurs de 1611. La note marginale de la King James montre que ses traducteurs savaient que le verset manquait dans la plupart des manuscrits grecs et ont choisi de le garder en le signalant.

Enjeu

Aucun pour le sens : l’image est dans Matthieu 24:40 dans tous les manuscrits. Le verset est souvent cité dans les débats sur l’« enlèvement » (« l’un sera pris ») ; la variante ne change rien à ce débat, puisque 17:34 et 17:35 disent déjà la même chose. Le cas est surtout instructif sur la formation du texte reçu, qui n’est pas toujours le texte majoritaire.

Voir aussi

Textus Receptus · Texte majoritaire · Texte byzantin Robinson-Pierpont · Édition de Stephanus 1550 · Édition de Bèze 1598 · Robert Estienne · Théodore de Bèze · King James 1611 · Codex Bezae · Matthieu 27-35 - le partage des vêtements · Enlèvement prétribulationnel · Versets disputés - vue d’ensemble

Sources

  • Bruce M. Metzger, A Textual Commentary on the Greek New Testament, 2e éd., 1994, sur Lc 17:36.
  • Nestle-Aland 28 et UBS5, apparats.
  • Edward F. Hills, The King James Version Defended, 1956 ; liste des différences entre éditions du texte reçu (textandtranslation.org, « Which TR? »).
  • Wieland Willker, A Textual Commentary on the Greek Gospels, vol. 3, Luke, 12e éd., Brême, 2015 (en ligne), sur ce passage.
  • Maurice A. Robinson et William G. Pierpont, Byzantine Textform, 2005 ; Hodges et Farstad, The Greek New Testament According to the Majority Text, 1982.
  • The Holy Bible, Londres, Robert Barker, 1611, note marginale sur Lc 17:36 (citée d’après des reproductions secondaires ; à vérifier sur un fac-similé).
  • Textes grecs comparés : Estienne 1550, Scrivener 1894, Robinson-Pierpont 2005, texte patriarcal 1904 (biblehub.com) ; traductions : Segond 1910, Martin, Darby, King James, Ostervald, Segond 21, Semeur, NBS, ESV, consultées en 2026.